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Pink Floyd en France

Pink Floyd doit beaucoup à la France !

C’est ce que le batteur Nick Mason a confié au magazine Muziq, et la citation complète figure à la première page du livre que je consacre à l’histoire du groupe dans l’hexagone. En ce qui me concerne, la passion débute en 1980 avec le mythique double album The Wall. Un comble : scander « Hey teacher, leave us kids alone » alors qu’on a eu des parents profs ! Ce disque, c’est un camarade classe qui me l’a offert. En fait, il l’a glissé sous anorak, après l’avoir subtilisé au supermarché « Prisunic » de Thiers, qui se trouvait l’époque à côté de ce qui n’était pas encore la mairie.

Le groupe a bercé mon adolescence – avec la plupart des groupes des années 70-80 – et j‘ai régulièrement acheté les magazines qui parlaient des sorties d’albums, des tournées. Près de 40 ans plus tard, par un bel été normand, je feuillette un exemplaire du fameux mensuel Rock & Folk daté de 1974 avec le bassiste et chanteur Roger Waters en couverture. C’est à ce moment que l’idée a confusément germé : faire « quelque chose » autour de Pink Floyd. Le projet a mûri petit à petit. J’ai commencé par accumuler de la documentation (près de 400 magazines et livres) et le plan s’est construit au gré de nombreux échanges avec des passionnés, des collectionneurs, des musiciens. Car il existe une communauté très active de fans en France.

Une approche originale

Une pléthore de livres ont été publiés sur Pink Floyd. Beaucoup, notamment ceux en langue anglaise, traitent de l’aspect visuel, indissociable du succès du groupe. Il existe aussi beaucoup d’ouvrages historiques ou analytiques. Par contre, aucun ne traite du sujet floydien par le prisme de la presse rock et des fans. Ayant intégré le groupe Facebook « Tu sais que tu es fan de Pink Floyd quand... » fondé par Julien Richard, j’ai eu l’occasion de recueillir près d’une centaine de témoignages de fans qui ont accepté de partager leur passion avec moi dans le cadre encore un peu flou de mon projet de livre. Par ailleurs, j’ai aussi recueilli les témoignages de personnes ayant assisté aux concerts du groupe, de 1968 à 1994. Celui-ci a cessé d’exister à l’issue de la tournée Pulse. Les musiciens ont ensuite mené une carrière en solo, notamment Gilmour et Waters, les deux têtes pensantes, le second ayant quitté le navire en 1985, deux ans après la parution de l’album The Final Cut.

Un bootleg, c’est quoi ?

Je n’ai jamais eu la chance de voir le groupe en « live ». Les stades de 50.000 places, étant agoraphobe, très peu pour moi ! Je possède bien sûr tous les disques en 33 tours et CD, ainsi que tous les DVD sortis dans le commerce, sans parler des nombreux livres. Et, un jour, j’ai découvert les bootlegs, c’est-à-dire des enregistrements pirates captés par des fans et qui circulent sous le manteau. Ils constituent des témoignages à part entière de l’histoire « live » du groupe. J’ai demandé à des aficionados d’en commenter le contenu, afin de (re)vivre l’ambiance très spéciale de shows pharaoniques, comme celui de Versailles en 1988, que raconte avec effusion Jacques-Denis Bertharion, alors âgé de 20 ans.

Les « tribute bands » perpétuent le patrimoine musical floydien

Je connaissais l’existence de groupes qui rejouaient à l’identique les performances de groupes mythiques, The Musical Box pour Genesis étant la référence en la matière. J’ai découvert ainsi The Australian Pink Floyd Show, extraordinaire, qui s’est approprié le répertoire floydien à la note près. Internet m’a ensuite permis de découvrir un large vivier de « tributes », de musiciens français qui eux aussi reprennent des morceaux parfois peu connus du groupe anglais. Amateurs, semi-professionnels ou intermittents du spectacle, ils essaient tous à leur manière de rendre hommage (d’où le terme de « tribute »). Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que quasiment chaque région française avait un tribute. Best of Floyd en Savoie, Back To The Floyd en Hauts de France, Feel of Floyd en Rhône-Alpes, les Brain Damage en Terre de Caux pour la Normandie, Echoes And More en région parisienne et tant d’autres.

La presse rock française a été une prescriptrice puissante

Dans les années 60 et 70, point d’internet. Le émissions de télé et de radio étaient rares et les ados de l’époque se renseignaient sur les sorties de disques grâce à des publications telles que Rock et Folk, créé en 1966 et qui existe toujours, mais aussi Best et d’autres moins connues comme Extra ou Pop Music Hebdo. Des journalistes intrépides se rendaient à la Mecque musicale londonienne pour rapporter des informations exclusives. Il existait une ferveur très spéciale liée à l’époque, à la culture, à la société. Une certaine innocence qui s’est ensuite perdue dans les mornes années 90. De nombreux fans ont découvert Pink Floyd grâce à Philippe Koechlin, Jean-Noël Coghe, Philippe Paringaux, Paul Alessandrini ou encore Jean-Marie Leduc qui a écrit le premier livre au monde sur Pink Floyd en 1973. J’ai retrouvé la trace de ce dernier qui a gentiment accepté de préfacer Pink Floyd en France et de partager ses souvenirs de ces années-là.

Trois ans de travail pour un livre hors du commun

Une fois le texte rédigé (plus de 400 pages, plusieurs centaines d’entrées), trois options s’offraient à moi : autopublier l’ouvrage sur une plateforme en ligne. Cela aurait été la solution la plus rapide et la plus simple. Le financement participatif aurait sans doute apporté plus de possibilités, mais aurait nécessité un long travail d’analyse et de communication. Cependant, trouver un « porte-voix » pour faire connaître l’œuvre devient indispensable et l’éditeur est la clé de cette démarche. Or, le marché de l’édition de livres musicaux est très restreint en France. À peine une poignée de maisons d’édition ont pignon sur rue et font appel à des plumes confirmées, des journalistes spécialisés, des musicologues, parfois des musiciens. Ne faisant partie d’aucun cénacle, mais fortement encouragé par ma compagne, je lance une bouteille à la mer sous forme d‘un post sur le forum des fans « Tu sais que tu es fan de Pink Floyd quand... » en décembre 2020. Boris Tessier découvre mon message le même jour et m’invite à contacter l’éditrice Lilly Roussel puis tout s’enchaîne en quelques jours. Désireuse de diversifier son catalogue – elle est spécialisée dans les livres pour la jeunesse – Lilly me persuade de lui confier le manuscrit pourtant conséquent ! Un an plus tard, le miracle se produit : le livre est publié aux éditions Éclipse créées pour l’occasion. J’ai vécu une expérience autant rédactionnelle qu’humaine.

Éditer, c’est faire des choix

L’auteur est sans doute le moins bien placé pour jauger son travail. Des contraintes surgissent comme tenir compte du maquettage qui doit mettre en valeur un chapitrage, une structuration, guider le lecteur. Des choix éditoriaux se sont imposés. Impossible d’intégrer tous les témoignages (près de 100 !). Il fallait malgré tout rendre hommage à tous ces fans en conservant un fil narratif cohérent. « Le livre aurait fait 800 pages ! » m’a confié Boris, en charge de la logistique technique du projet. L’iconographie, très riche aussi, s’est focalisée sur les documents les plus marquants (photos de concerts, memorabilia, tickets, couvertures de magazines...). Chaque source a été identifiée, dûment référencée et contactée. Un patient et minutieux travail de relecture factuelle, orthotypographique et stylistique a été effectué.

Pink Floyd, un flamant rose ?

Peu de gens le savaient, mais le nom de groupe vient de deux bluesmen, Pink Anderson et Floyd Council. Or, une légende urbaine a longtemps perduré – et c’est encore parfois le cas plus de 50 ans plus tard ! – selon laquelle Pink Floyd serait un terme d’argot signifiant « flamant rose ». Jean-Marie Leduc s’en explique avec humour dans le livre. Cela fait bien rire les Anglo-saxons, un brin moqueurs. Qu’importe. C’est pour cette raison que la couverture du livre arbore de superbes flamants roses. Un hommage au designer Storm Thorgerson, concepteur de la plupart des jaquettes des disques et grand admirateur de Magritte. Il était hors de question de mettre le prisme de Dark Side Of The Moon, certes facilement identifiable, mais vu et revu. « Rien ne sortira si cela ne nous plaît pas à toi ou à moi ! », les mots de Lilly Roussel résonnent encore dans mes oreilles. La transparence et une confiance mutuelle entre la maison d’édition et l’auteur ont permis un cheminement serein du projet, en dépit d’un léger retard d’impression – confinement oblige - et d’une hausse du prix du papier de 30% !

Pink Floyd est mort, vive Pink Floyd !

Bien que le groupe ait cessé toute activité, sa musique et son histoire restent encore bien présentes dans l’imaginaire collectif français. Dans l’émission Quotidien (TMC), des artistes, des comédien(ne)s, animateurs(trices) citent souvent des morceaux de Pink Floyd dans leur playlist. Le visuel du prisme apparaît dans « La Brigade », la chronique culturelle de Ambre Chalumeau. Les t-shirts arborant le fameux prisme multicolore continuent de se vendre en grandes surfaces, sans parler des nombreux « goodies » et autres mugs. Le morceau « Eclipse/ Brain Damage » a été revisité par le compositeur dans une bande-annonce du film Dune de Denis Villeneuve. La musique floydienne est véritablement entrée dans le patrimoine musical de millions de Français. C’est aussi pour cette raison que j’ai souhaité écouter les souvenirs de fans, des plus assidus aux plus novices. Parce que leur histoire raconte aussi celle du groupe. Shine, crazy diamonds !

Patrick Ducher

Patrick Ducher, originaire de Thiers, est journaliste d’entreprise et conseil en Stratégie de Contenus B2B.
Un live Facebook avec l’auteur aura lieu samedi 22 janvier à 19 h.
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