Un poète né à Thiers : Maurice DELOTZ
‘’La gloire a ses printemps ; mais elle a son hiver’’.
Cette rubrique consacrée à Maurice Delotz débute par un vers issu d’un de ses nombreux poèmes. Pouvais-je trouver plus juste pour parler de ce Thiernois à la destinée si courte mais si lumineuse ?
Né le16 octobre 1896 dans la maison familiale de la rue Conchette dans une famille bourgeoise, deux mois après la mort d’un petit frère à l’âge de deux ans et dont les ancêtres sont notaires de père en fils. Il avait d’ailleurs par amour pour sa famille et du pays décider de succéder à son père en embrassant le notariat.
Né donc sous la Margeride en cette ville pittoresque habitée par une industrie coutelière qui vit depuis toujours dans le bruit des ateliers et les méandres de la Durolle au rire souvent enchanteur.
Très tôt, on découvrit son exceptionnelle nature : il n’était pas un jeune homme ordinaire, certes favorisé par la naissance et la fortune mais conscient et convaincu qu’on ne saurait plus sûrement rétablir la société sur ses bases qu’en restaurant les valeurs vertueuses et la dignité des êtres, habité par une noblesse d’âme et de maturité de jugement exceptionnelles. N’écrivait-il pas dans son recueil de poésies sous le titre ‘’Heures perdues’’ : ‘’Je voudrais garder pure une vertu fragile pour mon âme, ainsi que pour mon corps d’argile’’. On sentait chez Maurice Delotz un appétit hors du commun pour apprendre, doublé d’un esprit créatif, ses maîtres et ses amis trouvèrent là le terreau où s’épanouirent les premières fleurs de son précoce printemps (comme le rappelait un de ses amis de collège). Reconnaissant, il dira : ‘’de Riom, j’aime tout’’. Il nourrissait cet amour du travail bien fait. Il avait accumulé durant ces quelques années nombre d’études en tous genres, poétiques, bien sûr, mais aussi littéraires, historiques, artistiques et généalogiques. Sa soif de connaissance l’amena aussi à explorer les archives familiales, ce fut pour lui une initiation féconde. Il déclamait sans cesse des poésies à voix haute, aimant parler art et littérature, sans parler d’avoir produit une correspondance très conséquente. La poésie fut après Dieu son premier amour sans pour autant se fourvoyer sans retenue dans l’art de rimer mais en ayant bien compris qu’elle touche tout ce qu’il y a de plus intime en nous, les mouvements des sentiments et les passions. N’est-ce pas là, par essence, la manifestation de l’âme humaine ? Il ne pouvait manquer d’être poète.
Les poésies qui parlent de Thiers sont le reflet de son inspiration et de son enthousiasme pour sa cité, c’est une source vive : ‘’Comme je t’aime et t’admire mon Thiers et comme je suis fier de servir ta mémoire’’. La verdure et la campagne entourant la ville de toutes parts l’inspireront aussi : ‘’La nature est une coquette’’ écrivait-il encore. Maurice Delotz se forgea ce pays magique, cette contrée fleurie qu’est le langage poétique que seuls atteignent les poètes, passant du grave au doux, du plaisant au sévère, de la mélancolie à la joie, sachant qu’il était riche de cette faculté s’il en avait l’occasion, de rire, de s’amuser, d’esquisser, fut-ce de travers un pas de danse, de polka ou de bourrée. C’était un homme gai et enjoué, passant parfois pour très taquin. Il savait puiser dans le répertoire ancestral pour chanter dans le patois local, attiré par le charme désuet de ces usages en se rapprochant des innocents écarts de sa fantaisie dans le souvenir des réminiscences des vieux âges. Nos pères y trouvaient aussi un plaisir honnête. C’était un jeune homme sans cesse à la recherche de ces moments où l’âme se montre telle qu’elle est en ses mille replis et où l’homme intérieur en analyse dans le silence les mouvements les plus divers.
Le poète bientôt allait être foudroyé, les ailes de son talent dans ce domaine allaient se replier à jamais, l’âge sûrement eut accru sa valeur dans de nombreuses disciplines. La guerre y a mis fin. Le temps lui a manqué pour que ce talent qui l’avait habité jusqu’alors se développe encore. Dorénavant, une nouvelle vie allait habiter Maurice Delotz.
En amant passionné du devoir, lui qui jusqu’alors avait vécu sous une auréole de paix a rejoint l’enfer des tranchées. Je place ici quelques paroles d’un de ses oncles, le général Delotz : ‘’ la guerre est une belle chose mais on dit cela quand on en est revenu’’. Pour lui et tant d’autres l’heure est toute au devoir qui est exemple, cet homme s’est revêtu de cette force.
Son comportement au front le fait apparaître plus beau encore, comme habité de toutes les vertus privées et militaires, dans son commandement à ses hommes, sa bouche c’est son cœur. Lui, que l’on a connu si doux dans les méandres harmonieux de sa vie, voilà qu’on le découvre combatif sous l’armure.
De l’amour de sa petite patrie, il est passé à l’amour de la Patrie. De notaire, poète, érudit, il devint soldat, aspirant et enfin sous lieutenant. Il dira : ‘’faire son devoir et pour cela faire plus que son devoir’’. Ce court temps où il fut à la guerre, il la fit dans le tonnerre de la mitraille, lui doté des qualités mondaines et sociales mais habitué à ne jamais plier sous le faix savait vivre et converser avec les hommes de sa section et montrer l’exemple au front en se lançant à
l’assaut hors de la tranchée. Cette noble façon de vivre et de durer dans la bravoure de l’action implique la science de bien mourir. Il n’était pas ordinaire de voir ce jeune homme de 22 ans sourire au lendemain dans la fougue de la jeunesse et se jeter héroïquement vers la mort pour la patrie. On retiendra qu’il avait écrit : ‘’la mort est la semence d’où germe l’immortalité’’.
Il est toujours bon, voire sacré, de rappeler les vertus de ceux qui tombèrent au champ d’honneur, ces comportements héroïques venus des origines lointaines qui éteignirent trop tôt l’élan de toute une jeunesse française.
Maurice Delotz s’éteignit sur un lit d’ambulance le 9 novembre 1915 à Somme-Suipes en Champagne (où il repose) asphyxié par les gaz mortels libérés par un obus tombé tout près de lui le 30 octobre. Les quelques jours qui le conduisirent à la mort ne l’empêchèrent pas de montrer sa bravoure auprès de ses hommes, animé d’une énergie ultime et sublime, épuisé mais debout, dans un corps meurtri et vacillant. Il écrit à ses parents des lettres bouleversantes : ‘’j’ai la grande satisfaction d’avoir fait tout mon devoir ’’et en reçoit de tout aussi pathétiques qui le touchèrent beaucoup. Celle de son domestique, lui aussi mobilisé : ‘’ Après tout nous n’avons qu’une mort à faire et qu’une âme à sauver’’.
Il ne devait plus revoir sa chère ville sur laquelle il avait participé à mette un peu d’onguent par sa rêverie poétique en chantant en vers les lieux de sa naissance. Il a passé sa jeunesse comme passe une étoile filante faite de pureté, de talent et de bravoure, il laisse une trace lumineuse, enveloppé de l’auréole du martyre et du devoir, illuminé des clartés de l’éternelle Beauté de ceux qui ‘’portent les lampes’’.
L’âme de Maurice Delotz habite les sommets, il est monté au Ciel une palme à la main, épanoui dans un pur rayon de lumière.
Jean-Paul Gouttefangeas
Biographie : ‘’Maurice Delotz’’ Edouard Everat 1918. A Thiers imprimerie Favyé.