Thiers, en remontant la rue Conchette

Quel joli mot que celui de conchette, petite fontaine pas prétentieuse pour deux sous, joliment dit, une conche, un point d’eau, un lieu de rencontre et de bavardages et si utile. Elle eut son heure de gloire, de tout le quartier on venait y puiser son eau au bas de la rue Marchedit, c’est ainsi qu’on l’appelait alors au Moyen-Âge avant de la nommer ‘’de la Porte Neuve’’ dans sa partie haute. Tout ça c’était autrefois, c’est le progrès qui a eu raison de l’ existence de la fontaine à cet endroit. Songez, l’eau dite courante arrivait partout (ou presque) on supprima les fontaines, que voulez-vous, pour obliger les habitants à raccorder leur logis au réseau, il fallut bien prendre des mesures ! Certains de ces si plaisants édicules changèrent de destination et furent, dans le meilleur des cas, transformés en jardinières alors que la plupart du temps ils furent brisés sur place avant de finir en remblais. Heureusement, certaines de ces fontaines furent récupérées, elles ornent maintenant nombre de jardins privés.

Notre Conchette, elle, connut un sort heureux, elle occupe maintenant la place d’honneur devant la chapelle du village des Garniers. Les habitants y sont très attachés, c’est maintenant leur fontaine.

Mais il faut remonter la rue depuis son début, depuis le ‘’globe’’ indiquant la place que tient la coutellerie Thiernoise dans le monde. Une coutellerie à gauche, à droite on vendait des chaussures (jadis), c’est maintenant le point d’accueil de la ‘’Cité des couteliers’’ c’est vrai que pour ce qui est des couteaux, à Thiers, on est fourni ! La terrasse d’un établissement des plus sympathiques déborde sur la chaussée où l’on peut goûter aux spécialités du
coin sous le regard de nounours en tissu qui naissent en face. Pour le café du matin, pas de doute c’est ici. L’irremplaçable cinéma affiche sur sa façade les programmes, suscitant l’arrêt fréquent des passants. Dans les parages des maisons gothiques résistent aux transformations radicales du temps. Dans le léger tournant, ça tourne chez le tourneur sur bois, on peut même parfois jouer à de petits jeux sur le pavé grâce aux palets que fabrique l’artiste. Une galerie d’art : à grands efforts de ténacité des galeristes présentent des œuvres venues de tous les horizons. Un bel immeuble fait l’angle avec la rue Denis Papin, comme tous ceux situés de ce côté-ci, il bénéficie de surprenants jardins avec sortie dans la ruelle ‘’Traversière’’. À côté on peut se faire coiffer au rez-de-chaussée. Toutes les maisons sont anciennes. Juste à côté, la belle façade de la maison de ville de la Marquise des Roys de la Seigneurie de Palladuc dont le tombeau existe toujours en ces lieux champêtres. C’est encore une belle façade classique au numéro suivant dont les échoppes donnant sur la rue sont occupées par un architecte d’intérieur venu de la Capitale, comme quoi Thiers intéresse aussi les Parisiens ! Sur le trottoir d’en face un café dit solidaire, rendez-vous de ceux qui pensent aux autres pour des moments conviviaux. Sur ce bord encore deux où trois maisons dont une datée du 17ème siècle, qui fut habitée un temps (lointain) par le Père Belin, ancien curé de Sermentizon. C’est une ambiance exotique qui succède, comme une cuisine sentant la rose des sables, alors qu’en face c’est plutôt thé et gourmandises. Jouxtant cet établissement, un atelier-boutique on peut déposer son portable pour une révision en cas de défaillance.

Pour accéder à la fin de cette montée plutôt ardue, se dresse une maison d’angle avec tourelle à toit pointu et en vis-à-vis la grosse Maison Conchette où peuvent dormir des hôtes venus de tous horizons, accueillis par des propriétaires dévoués, venus, eux, du Royaume de Belgique.

Il serait injuste de ne pas mentionner que c’est justement dans cette maison qu’est né un grand poète mort lors de la première guerre mondiale à 22 ans, trop oublié de nos jours : Maurice Delotz.

Lui qui aimait aussi la nature serait sûrement heureux de voir que les fleurs et les arbustes ont envahi sa rue en changeant complètement son aspect.

La verdure dans les rues de nos villes est une idée bien dans l’air du temps. Cette prise en compte des grands changements climatiques passe par une place plus grande que nous devons faire à la nature, même dans la rue Conchette, une initiative qu’il faudra renouveler !

Jean-Paul Gouttefangeas

© crédit photo Jean-Luc Gironde, juin 2026.