Tant bien que mal
Tant bien que mal et cahin caha, c’est-à-dire péniblement, on continue, on n’a pas le choix, on fait avec ! Nous savons tous que la vie est un tour de manège, tout en sachant aussi où ça s’arrête ! Alors advienne que pourra ! Ces derniers temps j’étais en mal d’inspiration pour ma chronique habituelle, j’en ai parlé aux amis autour de moi et j’ai eu des réponses, ce qui ne m’étonne pas d’eux. On m’a soufflé plusieurs idées, diverses et variées telles que : les réseaux sociaux, le cortège des fake news, le bonheur d’être aimé, avoir encore 6 ans, février, le printemps n’est pas loin, la presse traditionnelle (papier), l’internet, l’IA, etc.
Quel choix ! Maintenant je ne sais plus que retenir. Je ne suis pas journaliste, même si beaucoup sans aucune règle s’improvisent spécialistes, il n’est qu’à regarder certaines émissions dites d’information ! Même dans la presse écrite qui blablate sous couvert parfois d’anonymat.
Je n’ai pas envie de refourrer mes bottes dans le bourbier, de geindre (enfin pas aujourd’hui) sur la marche du Monde, je devrais dire l’incertitude des moments que vit le Monde. Que voulez-vous l’eau que trouble notre époque il faut aussi la boire ! On n’est effectivement pas très loin du printemps, la renaissance, le renouveau de la nature même si l’on ne sait pas encore s’il tiendra ses promesses. Il ne faut pas nous laisser recouvrir par le ‘’choc des incultures’’, les nuages sombres créés par les incendies de nos espérances mises à mal, il ne faut en voir que la lumière. Il y eu la chandeleur, je veux croire que l’hiver ne reprendra pas vigueur ! Pour ce qui est de l’avenir disait (déjà) St. Exupéry ‘’ il ne s’agit pas de le prévoir mais de le rendre possible’’.
Malgré tout, je préfère écrire (c’est, paraît-il, le dernier des métiers manuels !) plutôt que resté enfermé dans un silence qui chez moi a toujours envie d’être bavard. Le besoin d’agir est indispensable, dit-on, pour la ‘’croissance du Monde’’ (un bien grand mot !) car à dormir et à coucher avec les chiens, on se lèvera avec des puces et c’est bien connu, ça aussi, comme on fait son lit, on se couche !
J’ai toujours envie de dire que la vie est une chose merveilleuse (même pour une méduse) et pour reprendre une citation de Voltaire qui peut donner à réfléchir : ’’ un jour tout sera bien, voilà notre espérance, tout est bien aujourd’hui, voilà l’illusion’’. Alors je ne m’enfuis pas mais avec beaucoup d’autres, je veux bien tenter de réparer ce qui peut l’être car je crois que chaque action individuelle, si petite soit-elle, compte dans la marche de ce fameux Monde. Essayons au moins de réunir ce qui peut être uni pour aller vers un âge plus lumineux auquel (quand même) l’espérance nous fait croire. Même si une seconde chance ne veut rien dire, si on n’a rien compris à la première erreur. Restons fidèles à des causes, même si elles ne triomphent pas, laissons le vent faire son nid dans les voiles de notre propre navire en croyant le ver luisant qui nous annonce la venue de la belle aube ‘’ demain à l’aube je partirai’’. En confiance, attendons la lueur prometteuse. La pire défaite serait le découragement, alors marchons en avant et faisons le dans la mesure du possible sans hésiter. Cette musique est comme un chant de l’âme.
Nous rencontrons parfois dans notre vie des invités de passage, des êtres qui dans la nuit rallument la Lumière. L’autre jour un homme a frappé à la porte, chez moi, j’ai ouvert, il m’a dit qu’il cherchait de la fraternité, je me suis mis à chercher avec lui, j’ai passé une longue soirée inoubliable. C’était comme si un coq avait chanté toute la nuit (comme aurait dit W. Shakespeare ) aucun esprit mauvais n’osa intervenir durant cette rencontre, la nuit fut sereine, rien ne troubla nos pensées. Il n’était pas comme un ‘’bénitier’’, vous savez ceux qui sont près de la porte et loin du cœur, non, il me parla d’amitié et aussi du ‘’chaudron des douleurs’’ où chacun porte son écuelle, il avait pour sa part souvent fait le chemin même s’il avait gardé de son enfance le souvenir de la joie et de l’innocence. Ayant retenu au cours des années que regretter le passé c’était courir après le vent et qu’on devait plutôt l’utiliser comme un trampoline et non comme un lit de repos. Il me redit plusieurs fois les bons moments de sa vie, il avait raison car il est bon de répéter deux ou trois fois les belles choses, surtout dans une sereine simplicité. Il savait trouver dans les coins de sa mémoire des refuges de sa nostalgie qui, parfois, peuvent provoquer des joies sans mélange, des endroits où l’on sent en soi un flot de lumière, comme une brillance lactée qui, la nuit, descend des étoiles. On aborda longuement la fraternité entre les êtres, onguent indispensable et universel fait de partage et d‘amour.
Dans l’aube naissante, belle et fraîche come une jatte de lait, il sut repartir dans ses frusques disparates, je le vis à regret s’éloigner celui avec qui j’avais partagé un regard sur le monde qui nous entoure, lui qui était suffisamment fort pour suivre seul sa route et sûrement éclairer ceux qui ne la sont pas assez en faisant fi de l’épais matérialisme qui nous menace chaque jour davantage.
Mon visiteur m’avait semblé ‘’coiffé d’or vivant’’, capable d’être émerveillé par le cours des astres et mêmement de savoir être attentif à l’éclosion d’une fleur des champs, percevant dans les deux la beauté d’une source jaillissante. Se nourrir de tout ce que porte la terre est une des plus belles reconnaissances que l’on puisse lui porter. Ce compagnon inattendu était assurément un poète, un de ceux qui savent faire vibrer la vie, même après la mort, de cette race qui, ne pouvant changer les choses, change les mots en les faisant chanter.
Je me suis dit encore que le bonheur c’est faire ce que l’on aime avec ceux que l’on aime tout en pensant aussi que la douleur d’un départ est si difficile à combler parce que l’harmonie est le préambule nécessaire à la joie de l’existence. Prévert disait : ‘’ j’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en partant ’’.
Ce matin là, il y avait beaucoup de choses dans ma tête, pour tenter d’y voir plus clair j’ai fermé les yeux, c’est très efficace ! Puis je suis sorti dans le jardin pour respirer le parfum des fleurs et encore une fois redire la beauté de la nature, ça m’a aidé tant bien que mal, pensant que j’étais privilégié de pouvoir la contempler et que la cécité (pour certains) n’est qu’un point de vue !
Jean-Paul Gouttefangeas