Sons et vibrations
Assis sur mon tapis volant ! j’observais le Monde. Vous me direz qu’il n’est pas besoin de se hisser bien haut pour voir qu’il ne va pas tout à fait bien ! Ce que j’entends, les sons donc ne me disent rien qui vaille. Je dirai même que les vibrations qui m’animent pourraient sous peu se transformer en convulsions. Ca ne clignote pas vraiment dans la bonne couleur. C’est même une réalité en politique, cependant, d’emblée je redis une fois de plus qu’elle est indispensable à la bonne marche d’une nation et c’est le peuple (souverain) qui élit les élites, aussi je n’aborderai pas ce sujet bien trop vaste et souvent sensible après que j’aurai dit : allons démocratiquement voter tant que nous le pouvons.
L’idée de me procurer une trottinette électrique m’a effleuré je trouve ce moyen de locomotion plutôt pratique, facile à garer (même en double file) même si c’est parfois dangereux et surtout c’est silencieux et ça c’est important. A ce propos, les motos (pas toutes) sont un danger pour les oreilles (même si les bikeurs peuvent être sympas). C’est certain, la densité des décibels (chez certains) doit être un moyen de s’affirmer, comme d’ailleurs le volume du son (vitres ouvertes) chez des automobilistes également en mal d’identité. Pour revenir à la trottinette, mon entourage m’a dissuadé de pratiquer ce sport étant donné mon âge ! Je suis dépité et influençable, j’ai renoncé à mon envie (mais je ne suis pas pour autant courroucé), je me suis procuré un tapis Persan, c’est très passe-partout, je m’assois dessus en tailleur pour voyager, comme figuré sur les images car je n’en ai jamais vu. Encore une énigme pour moi quand je vois tous ces gens (dans certains pays d’Asie) assis à ‘’plat-cul’’ les jambes croisées. Je pense que l’arthrose n’est pas distribuée de la même façon selon qu’on habite à Kyoto ou à Arconsat ! il y a belle lurette que cette position, sûrement très sage, ne m’est plus permise (en dehors de mon tatami volant). Je me permets d’insister sur cette remarque quand je vois des vieillards au pays du Soleil Levant assis sur leurs talons à boire le saké quand tout est posé au ras du sol, puis prendre le repas, le tout réglé à la baguette sans gêne apparente, ni pour descendre ni pour remonter ! Si par un hasard extraordinaire j’étais invité à cette cérémonie rituelle, vu mon état, je rirais jaune !
Comme d’habitude, les digressions m’entraînent loin de mon sujet initial. Les sons, disais-je, qui nous envahissent que l’on appelle aussi les nouvelles produisent une cacophonie d’informations (vraies et trop souvent fausses ou dénaturées) souvent alarmantes. C’est à se demander si certains grands de ce monde, politique en particulier, ne sont pas attablés devant l’échiquier des décisions, jouant une partie de ‘’je te tiens par la barbichette’’, le premier qui appuiera sur le bouton fatal aura gagné le ‘’déclanchement général’’ et c’est nous qui prendrons la gifle car on ne pourra pas parler de tapette tant ça fera mal. J’entends comme tout le monde (même depuis mon petit nuage) des mots répétitifs tels que : crise, dépendance, manque d’eau, effondrement, augmentation et des phrases alarmantes : la fuite des valeurs, le signal d’alarme, les réseaux sociaux, les écoliers ont du mal à lire, sans parler de tous ces malheureux migrants qui prennent le trimard après avoir brûlé le dur, etc. Une consolation quand même, les douaniers ont saisi en une seule prise 29 tonnes de protoxyde d’azote, preuve que les pâtissiers de notre pays ont l’espoir de nous fournir encore longtemps en bouteilles de crème chantilly ! trêve de plaisanterie, ce ‘’croissant show’’ devient de plus en plus indigeste et nous prenons tous les jours comme un coup de noroît en pleine figure et les douleurs qui en découlent nous font regarder les ‘’vérités en farces’’ et provoquent des vibrations !
Quand j’apprends que la population de la planète est passée de deux milliards à huit en 75 ans, j’ai d’emblée les cheveux crespelés ! cette surpopulation, c’est certain, contribue à une pollution sans limite, un état de catastrophe permanent, comme avancerait un monstre pattu et goulu, écrasant, dévorant goulûment les contrées destinées initialement à certaines espèces, des espaces qui se réduisent de plus en plus à une peau de chagrin. Finalement la terre est trop petite. On le constate tous les jours quand on voit l’aire d’attraction démesurée des villes, des mégapoles qui poussent dans la plupart des pays, c’est aussi une forme de pollution sans limite. Malheureusement ce n’est pas non plus trouver un ailleurs plus agréable pour les demandeurs de toutes ces migrations. Il existe aussi des tyrannies sans tyrans.
Autre constat qui se vérifie chaque jour : plus de place chez les médecins, dans les hôpitaux, chez les dentistes, plus de place dans les chenils, plus de place dans les prisons, comme les outrances du wokisme quand il s’impose comme dogme moral et mille autres choses qui, en déshumanisant l’être humain le transforment au point d’en faire un nouveau barbare.
Notre époque semble souffrir d’une incessante décomposition, sorte de débilitante mollesse qui finit par faire un bruit angoissant qui n’est pas sans rappeler le bruit répétitif de cliquetis que font les pistons mal huilés, voire usés ou le bruit de l’eau qui sautille de pierres en pierres quand en pleine sècheresse elle vient à manquer dans la rivière.
Heureusement, quand tout paraît désespéré il reste le courage et la pire défaite serait le découragement. On a déjà entendu parler de civilisations qui devaient durer des millénaires il faut reconnaître que certaines ont bien résisté, d’autres beaucoup moins. Est-ce que le mystère de l’existence peut s’expliquer ? non, c’est beaucoup trop complexe, alors, plutôt que de persévérer dans cette écoute du bruit de la civilisation qui s’enrhume, de la terre qui s’endort en s’effritant rapidement, réveillons-nous, notre lot n’est pas de rester assis et de pleurer. Tout n’était sûrement pas mieux avant. Nous savons que les adversités sont piquantes comme les vertus d’un ‘’chardon ardent’’, raison de plus pour projeter quelque lumière qui pourrait dissiper ce brouillard, face à cette nuit qui s’avance et déverser un peu d’eau pure, comme un onguent sur la poussière du monde. C’est l’affaire de chacun, même si certains semblent s’en ficher comme de colin tampon. Il nous faut aussi écouter le silence des silencieux comme entendre les discours de ceux qui se taisent (ils sont nombreux).
Est-ce vraiment trop demander que de souhaiter un monde sans bombes, sans chars, sans engins volants meurtriers et sans misère ? Est-il vraiment nécessaire de se mettre sur le nez des lunettes de ‘’réalité augmentée’’ où le numérique se superpose à tout ? Nous savons que ce qui existe peut être perfectionné mais sans pour autant prendre le progrès pour un Dieu. Ne faisons pas de l’intelligence humaine le parent pauvre d’une autre qui doit rester artificielle, tout en sachant bénéficier des aides de cette dernière.
Lassé de survoler, j’ai eu une envie soudaine d’atterrir, de poser mon tapis frangé (à ne pas confondre avec le sordide tapis-franc) pour aller avec tant d’autres boire aux fontaines, pour ne pas tomber dans la solastalgie, cette souffrance qui nous envahit lorsque l’on assiste à la disparition des lieux aimés, ces villages où il n’y a plus de boulangerie, plus de poste, plus de café, où il arrive même que la rivière qui y passe n’ait plus d’eau !
Je suis, je crois, né un peu humaniste, un tantinet niais, envahi de cette bonne humeur optimiste qui me laisse espérer malgré tout un sage progrès du Monde, même si je le décris sans méthode, confus, éparpillé, même si je m’égare en me laissant emporter en bavardages que j’essaie de rendre drôles, en essayant de le faire en musardant avec la prestance de l’orvet qui se love pour surmonter les ennuis.
Pourtant, je doute de tout mais sans me méfier de personne ! Je suis sur le tapis roulant des choses de la vie depuis bien longtemps, au point que je sens venir le moment où le gâteau ne sera plus assez grand pour planter toutes les bougies, qu’est-ce que c’est bien !
Jean-Paul Gouttefangeas