Mais mai met les plus beaux mets

Le Monde est triste mais mai met les ‘’mets’’ les plus beaux au jardin, ce sont de véritables entremets : des fleurs, des couleurs qui, à défaut d’enchanter le palais, ont les plus beaux effets sur ce que nous en voyons et comblent déjà les naseaux. Il faut dire qu’en ce printemps les premières verdures nous semblent être toutes neuves ! La température elle-même, mis à part quelques soubresauts du bonhomme hiver, sûrement jaloux de l’intérêt que nous portons au renouveau.

Le printemps, c’est une période lavée par un nouveau soleil qui fait entrer de la joie dans nos cœurs même si la vie n’est pas que roses comme on l’espère souvent.

Cette renaissance nous comble, les beaux ‘’ciels’’ reviennent, la bise au levant s’adoucira avec les premiers parfums de l’été qui embaumeront bientôt. On entend les bruits de la terre qui se réveille doucement même si Ste Lucie a fait seulement croître les jours d’un saut de puce ! Ce sont de beaux jours qui sortiront de la nuit comme une victoire. Beaucoup de choses sont appelées à renaître. Peut-être profiterons-nous de cette saison douce pour nous ouvrir un chemin nouveau en aspirant les senteurs des fleurs dans ce temps bellement renouvelé. Il n’y a pas que les rêves qui paraissent beaux ! Il nous faut viser le meilleur, pas l’impossible, c’est cela vivre ! Cet enchantement de la nature commencé il y a si longtemps dans la marche du Monde et dans l’ordre des choses devrait durer toujours. Le printemps c’est peut-être un moment d’éternité, comme observer une œuvre d’art ou écouter de la musique. Ecoutez donc la musique du printemps, soyez des ‘’lecteurs auditeurs’’ ! Ah, quelle douceur que s’enivrer longuement de la senteur des lilas, des jacinthes sauvages dans ce réveil qui nous comble. Que dire de toutes ces plantes qui semblent piaffer comme des chevaux de trompettes : sève ou sang, partout la vie : le poulain qui vient de naître ou un plant de tomate.

Nous commençons à gratter la terre, quand on met la main à la pâte il en reste toujours quelque chose sur les doigts ! Il est fini le temps où nous regardions le jardin à travers les rideaux. Nous bêchons, nous semons et nous plantons. Le plaisir du jardinier est dans ce qui ‘’va venir’’. Nous participons à grandir la nature quand nous sommes courbés vers la terre pour tenter de nous joindre à la beauté qui naît d’elle et que le soleil darde notre dos de ses rayons.

Les averses aussi sont bénéfiques, elles sont indispensables pour enrichir la terre, pour accentuer la ‘’reprise’’ des plants, l’eau s’infiltre doucement, elle voyage, contrairement à celle qui dort (qui est la pire). Une nature douce nous aide à vivre, même quand le temps est gris. Le bonheur n’est pas toujours dans un ciel éternellement bleu mais souvent dans les choses les plus simples de la vie. Puisons dans la nature (sans l’épuiser) !

Pour revenir au printemps, tous ceux qui récoltent quelque chose sont tranquilles, à l’automne dernier ils ont engrangé le blé, les vendanges sont faites, mais ce nouveau printemps tiendra-t-il ses promesses ? Nous faisons encore grandement confiance au branle des saisons, tout repartira. Pour preuve, les arbres qui perdent toutes leurs feuilles chaque automne et qui restent debout en attendant des jours meilleurs. Le printemps ne saurait nous mentir, les mensonges donnent des fleurs mais jamais de fruits, même certains vieillards reverdissent au printemps ! vivons au mieux chaque jour qui passe en attendant la suite dans un jardin qui nourrit les espoirs, sachant que ‘’c’est à la fin de la foire que l’on compte les bouses !

Mai annonce l’été, ne tournons pas le dos au soleil, nous ne verrions que notre ombre, disons le à tous, à ceux qui marchent parfois dans la tristesse, car nous savons que même les lilas les plus blancs ont une ombre ! Frottons dans nos mains des feuilles de verveine, c’est la plante de l’amitié, avant de serrer les mains de ceux qui nous entourent, c’est un signe d’entente cordiale et Dieu sait que nous avons besoin de cette entente en cette époque incertaine.

C’est sans jeter des fleurs sur le sentier des convenances, chers lecteurs, que je vous souhaite les plus beaux mets du joli mois de mai.

Jean-Paul Gouttefangeas