Le temps des vœux
En ces jours où commence une nouvelle année, rien de réellement nouveau se met en place, quoi qu’on en dise dans nos vœux. Non, on continue, ou plutôt on essaie de continuer comme si de rien n’était, comme si nous jetions des fleurs sur l’aride sentier des convenances ! Moi comme les autres.
Pourtant cette tradition n’exclut pas dans l’immense majorité des cas l’expression d’une grande sincérité des sentiments. Et puis, dès janvier, on souhaite muser dans chaque saison tout en veillant à ne pas vieillir trop rapidement. Conserver nos souvenirs, même les plus anciens. Après tout, serait-il déplorable de vieillir tout en gardant en tête des plaisirs d’enfant ? Même si, parfois, les choses sont ‘’féérisées’’ par la mémoire. D’ailleurs ce sont souvent des peccadilles, des broutilles, peu importe ! Ah quel plaisir d’entrer dans la caverne ‘’alibabesque’’ et y trouver, curieusement, un rayon de soleil capable de mettre en lumière un passé déjà bien enfoui. Il nous faut combattre l’obscurité des nuits, même si nos armes sont souvent de chétives lumières, l’important c’est d’en empêcher le déclin et d’être fiers jusque dans notre enfantine science. Tout ce dont on se souvient vit !
Pourtant, il faut bien reconnaître qu’après tant d’années, gisent en nous tant d’oublis ! C’est ce que l’on ressent lorsqu’on est vieux et que l’on a moins de temps à l’être encore ! On ressent un peu plus d’émotion, en retirons-nous moins de crainte ?
Quand le corps et l’esprit sont démeublés de leurs forces pour écouter vraiment, on sent venir le temps où les noms et les mots disparaissent de la zone claire de la mémoire. C’est un temps redoutable où la mémoire rabat des volets sur les choses du dedans (et du dehors) !
On entend dire autour de nous que passé octante années, l’absence de mémoire est naturelle mais, c’est bien connu, cela ne nous contente pas (même si l’intention est bonne). C’est là qu’il ne faut pas se laisser abattre et essayer, toujours, de goûter à la douceur de se rappeler les moments heureux, joyeux. Le moment le plus propice est peut-être celui qui précède le sommeil : l’heure du bilan. Cette heure véridique où les yeux deviennent secondaires, à la frontière entre la pensée et le rêve, quand la flamme des yeux le cède à la lumière intérieure, celle capable de nous emmener au diable vauvert. C’est cet état qui nous aide à voir le soleil se lever tous les jours, c’est ainsi peut-être que l’on peut avancer en doutant moins grâce à cette brillance qui est en nous,
qui plus ou moins nous habite, sorte de torpeur douce, tout en tenant compte que le bonheur n’est pas toujours dans un ciel éternellement bleu mais souvent dans les choses les plus simples de la vie et qui restent rivées tenacement au souvenir. Ainsi la vie suit le branle des saisons et des époques, tout en se souvenant que rendre le passé présent n’est pas vivre seulement dans ce qui était ‘’mieux avant’’. C’est à nous de ne pas nous laisser emporter par la déferlante de l’âge des temps passés. ‘’Alors laissons de côté les contrariétés et demeurons ce que nous sommes’’ (Molière). Ouvrons la ‘’cage de Faraday’’, retenons que certains vieillissent alors que d’autres murissent, même si c’est moins par goût que contrainte !
Quand janvier vomit ses brouillards, il est difficile d’imaginer ce temps où l’on donnait l’image d’un Bacchus tout au plus sorti de l’adolescence et courant dans la lumière du soleil un matin de printemps !
On assiste alors à une sorte de divorce qui s’immisce en nous et bien malgré nous entre les sensations du corps et les images de l’esprit, une sorte de mélancolie, sans grande tendresse, qui pourtant s’agrippe aux souvenirs, toujours donnés en garde à notre mémoire.
Mais une fois encore je me laisse emporter (j’adore les envolées lyriques), ça vous le saviez déjà ! Pour revenir au sujet du jour : les vœux. Contentons-nous de penser qu’aujourd’hui est le plus beau jour ! Ça aide.
Selon la formule consacrée, chers lecteurs, acceptez mes meilleurs vœux pour l’année du cheval de feu. Ce sera paraît- il flamboyant, fougueux et très actif ! Il faut bien reconnaître qu’avec un programme pareil il n’y aura rien de mou ni d’affaibli dans le sillon souvent biscornu de la vie. Cela pourrait aider à ‘’tenir’’ ceux qui ne tiennent pas.
Oui, il nous faut regarder ce qu’il y a de beau, ne pas s’arrêter à mi-chemin, jamais, essayer de guérir le cœur en gardant en lui les souvenirs heureux. Se rappeler l’étincelle de l’espérance, se fabriquer quelque chose à soi.
Alors, dans un saute marquis général, ensemble, déversons de l’eau pure dans la poussière du monde pour en faire un onguent qui pourrait guérir tous les maux et nous conduire à la source de ce qui doit naître demain.
Jean-Paul Gouttefangeas