Le rideau

Rideau ! non, ne circulez pas, il y a beaucoup à voir avec ce mot rideau. En ‘’lever de rideau’’ comme on dit pour parler de la vedette qui passe en première partie d’un spectacle ou d’une rencontre sportive, on pourrait aussi évoquer le fait de ‘’grimper aux rideaux’’ mais sans s’étendre trop sur cette expression ! ou parler du riz avec lequel on fait le rizotto qui, au départ, est toujours riz d’eau ! ou parler d’un mur d’eau qui est alors un ‘’rideau d’eau’’ ! Il y a aussi le lac du Ry-Jaune en Belgique, il se trouve parmi les lacs de l’Eau d’Heure ! (aucun rapport avec rideau (mais je voulais vous informer). Bon allez, assez ri, je continue avant d’aller au dodo après avoir tant ri d’eau et d’autres sujets !

Pour tout dire cette idée de parler du rideau m’est venue en sortant de la douche, quand je l’ai tiré. Cette expression : tirer le rideau qui, par certains côtés, veut aussi dire baisser le rideau ne s’applique pas à la sortie de douche, vous imaginez dire (et faire)à ce moment là : baisser le rideau ! sans compter qu’en tirant trop fort sur le dit rideau on peut tout casser : la barre transversale, les deux supports etc. voire plus si la barre vous tombe sur la tête sans compter que si elle tombe aussi sur le robinet elle peut provoquer le fameux rideau d’eau (déjà cité). Il peut donc tomber définitivement (le rideau) s’il n’y a plus personne (dans le pire des cas) pour un nouveau lever de rideau. Si c’est à un comédien que l’accident fatal arrive, on lira dans les chroniques funèbres et autres avis de décès : ‘’a tiré définitivement le rideau’’.

Au théâtre aussi, tous les soirs à la fin de la pièce le rideau se ferme indiquant la fin du spectacle, avec toujours l’espoir que demain encore le rideau se lève. Si la pièce est mauvaise on tire un rideau dessus pour la mettre dans l’oubli ou en arrière plan pour quelques temps. C’est plus doux alors que de dire : le couperet est tombé, comme une lame au tranchant sec est net qui s’abat sans aucune possibilité de reprise. On ne tirera plus le rideau.

Tirer, baisser le rideau, est-ce vraiment la même chose ?

La fin de la saison, des soldes, du championnat, de la période, entre autres, mais c’est temporaire, tout reprendra à la saison prochaine, on tire momentanément le rideau. On peut aussi tirer le rideau sur une affaire pénible et fâcheuse, une querelle, on n’en parlera plus, on signe la paix. Le rideau, plus gravement, peut se baisser définitivement sur une faillite, une enseigne, une époque, une carrière, une aventure, une vie.

Marchant dans la campagne, il nous est souvent arrivé de nous trouver face à un rideau d’arbres, sorte de rideau opaque cachant l’horizon à nos yeux. Pour rester dans les arbres, il existe une technique de taille dite aussi en ‘’rideau’’, c’est un élagage géométrique qui aplatit leur végétation de manière rectiligne (tilleuls, platanes etc.) En matière de construction, la courtine s’appelle également rideau, c’est-à-dire un rempart, (quelque chose qui protège en séparant). Pour rester dans le sens de la défense, il faut aussi citer le Rideau de Fer, frontière politique et idéologique entre l’Est et l’Ouest durant la guerre froide.

Plus drôle est le rideau ‘’bonne femme’’, il laisse passer la lumière et permet d’observer la rue parce qu’il est fait d’un tissu léger, un voile, sans que pour autant on puisse reconnaître l’observateur, il remplit son rôle de rideau pour la discrétion des protagonistes !

Le mot rideau trouve essentiellement tout son sens dans la salle de théâtre : le rideau de scène omniprésent, parfois très lourd, écarlate ou noir pompeux et savamment tendu. Rideau de façade appelé aussi manteau d’Arlequin, ce dernier permettant d’ajuster l’ouverture verticale de l’espace. La fonction première est de séparer la scène de la salle, tout en cachant les coulisses, les changements de décor. On peut même citer deux autres rideaux : le rideau de fond qui fait souvent partie du décor et derrière celui-ci (dans les grands théâtres) un rideau de sécurité en fer qui isole la salle en cas d’incendie, un rideau d’eau (encore !) déferlant en trombe des cintres.

J’aurais pu encore vous parler d’autres rideaux comme : rideaux d’isolation phonique (contre le bruit de l’extérieur) ou thermique ou d’autel (liturgiques) ou de ces vagues meurtrières en mer, ces phénomènes appelés murs d’eau, masses liquides verticales, véritables rideaux d’eau (encore) se déversant en trombes.

Par les temps qui courent, dans nos régions, ce n’est pas l’eau qui nous gêne, loin de là, alors avant de vous lasser avec mes histoires de rideaux et juste avant de passer sous mon rideau de lit, je vais tirer le rideau sur cette chronique sans le faire tomber définitivement car j’espère bien vous en soumettre d’autres. Je me tiens derrière le rideau, prêt pour de nouvelles aventures d’écriture. J’arrête pour ce soir de faire défiler ce rideau d’images qui flottent animées par un vent d’humour que je souhaite communicatif.

Une chose encore, en cas de gosse chaleur, si l’on a trop chaud et que l’on transpire abondamment on peut toujours ouvrir la fenêtre, ce qui évite d’avoir ‘’les rideaux qui collent aux fenêtres’’ expression que vous trouverez dans le Littré. A ce propos, du temps que vous êtes dans l’ouvrage de référence, vous chercherez aussi une autre expression approchante un peu triviale que la décence m’interdit de développer ici, il y est question de bonbons, de colle et de papier : c’est très explicite.

Rideau.

Jean-Paul Gouttefangeas