Le pied

Avant que quelqu’un ne me coupe l’herbe sous le pied et plutôt que de rester mes deux pieds dans le même sabot, les doigts de pied en éventail (comme il est souvent dit), je préfère faire un croche-pied à la morosité à l’approche de l’hiver et au risque de paraître un peu casse-pied, comme je chante comme un pied, j’ai décidé de vous parler (ou plutôt d’écrire) dans l’espoir de vous distraire sans traîner des pieds, tant que j’ai encore (à peu près) bon pied bon oeil. Encore faut-il avoir quelque chose à dire ! Cela dit, il faut tenir compte du fait qu’il ne me vient pas une idée chaque fois que je remue un pied ! Donc j’entre de plain-pied dans le sujet. Et si je vous entretenais de la joie de vivre ? Là je vais y aller sur la pointe des pieds car dans ce domaine, ça n’est pas gagné par les temps qui courent ! C’est même risqué mais je suis prêt à le tenter avant que nous ne perdions pied. Dans ce grand bazar que nous vivons depuis près de deux ans : la pandémie, les contraintes en tous genres et pour finir l’augmentation des prix d’un peu tous les « indispensables » de notre vie au quotidien, par exemple habiller un enfant de pied en cap pour aller à l’école devient financièrement plus difficile, sans parler du gaz, des fruits et des légumes, des champignons dont les pieds de mouton, une chose est sûre, pour « l’essence, ce sera l’an pire ! » J’ai, comme tout bon Français, les pieds et poings liés, ayant un pied dans la place (de la consommation) car nous sommes (en principe) tous sur un pied d’égalité !

Ce monde dans lequel nous vivons a toujours été plus ou moins difficile, mais c’est certain, il y a du beau en lui malgré la souffrance que l’on peut y trouver avant d’en partir, les pieds devant. Notre vie se déroule avec les autres, au milieu des autres et c’est une des clefs du bonheur, pour mettre les pieds dans le plat justement, le bonheur c’est les autres. Quand à certains moments dans notre vie ça n’est pas vraiment le pied, il est bon d’avoir autour de soi la main de l’ami ou du parent pour simplement nous ôter une épine du pied, en nous aidant à nous remettre sur pied, ou mieux, comme l’on dit, nous mettre le pied à l’étrier, sans pour autant nous rouler à ses pieds. C’est au milieu de nos nuits parfois que l’angoisse nous étreint, alors que l’on ne croit plus à grand-chose, au pied du mur, une question nous fait ruminer : qu’est-ce que je fais là ? Je ne vais pas aborder la question existentielle, mais notre incroyable présence ici-bas (depuis longtemps) nous pousse à un questionnement qui est toujours resté sans réponse. Il faut avouer que dans ce domaine aussi, nous faisons le pied de grue !

Surtout, bannissons de nos idées que c’était mieux avant. Non c’était différent, pour autant ça n’était sûrement pas toujours le pied. Souvent, nous avons dû faire des pieds et des mains, attendant de gestes secourables, un appel du pied, pour nous extirper de situations plus ou moins compliquées, en sautant même à pieds joints sur des occasions souvent hasardeuses, ne sachant pas toujours sur quel pied danser, je pense notamment aux gens mis à pied, heureusement, un sentiment primordial peut nous venir en aide : l’espérance (une vraie vertu !), elle nous fait aller de l’avant, elle nous conforte dans l’idée que nous nous aimons encore, que vivre ensemble peut-être un bonheur de la vie. Admirons tous ceux-là qui, d’arrache-pied, croient à l’avenir, pleins de bonne volonté (on en parle moins que de ceux qui s’égarent sur des chemins d’intolérance et de violence), qu’aiment-ils ? Leur conjoint, leur famille, la nature avec ses arbres et ses animaux, la neige, la musique, le vin, Dieu, le soleil et tant de choses encore, en trois mots ils sont sur le pied de guerre pour combattre le malheur, sachant qu’ il n’est pas obligatoire de vivre sur un grand pied pour atteindre la joie de vivre, le pied à terre à Monaco ou celui donnant sur Central Parc ne sont peut- être pas des critères majeurs dans ce domaine. Ayons de l’admiration pour cette espèce qui habite cette planète et qui a les pieds dessus et qui, de plus, est capable de penser et d’agir car il serait malheureux de rater le marchepied du train de la vie. Merci à la providence (là on peut mettre un autre terme) de nous permettre de rire, merci pour les roses, pour les pieds en or qui marquent les plus beaux buts, merci pour les délicats pieds d’alouette de nos jardins tout ça contribue aussi à nous faire repartir bon pied bon œil. Essayons d’oublier les « pieds nickelés » de la défaite, donnons un coup de pied dans la fourmilière en foulant aux pieds ceux qui tendraient à nous marcher sur les pieds dans notre volonté de joie de vivre. Pieds au plancher, restons à pied d’œuvre pour conserver et garder intacts les sentiments de fraternité qui nous animent parce que c’est dans les gènes de l’homo sapiens (quoi qu’on en dise) de vivre ensemble sans trop traîner les pieds. Alors, « Hardi petits », pieds au plancher, tous, même ceux qui pourraient avoir les pieds plats (ce qui n’empêche pas de marcher !) car la vie vaut le coup, ne prenons pas au pied de la lettre cette « Vallée de larmes » dont nous entendons parler, accrochons-nous à quelque chose ou, mieux, à quelqu’un pour progresser, pour grandir, pour exister. C’est dans cet esprit que nous attendrons de pied ferme une suite que nous nous efforcerons de rendre plus belle en faisant un pied de nez aux brumes de la mélancolie.

C’est le moment de la conclusion, je dois avouer que c’est la première fois que je tente de mettre sur pied une affaire de mots identiques répétés dans un texte. J’espère qu’au moins pour une seule réflexion de cette chronique vous aurez trouvé chaussure à votre pied, pour ma part, j’y ai pris mon pied, mais avouez que ça vaut bien un coup de pied (même bien placé !)

Jean Paul Gouttefangeas