Le merle et la blanchisseuse

Le lundi en bord de rivière, c’est la journée des lavandières
Groupées, serrées dans le lavoir -les mauvaises langues disent le parloir
Tellement les rumeurs de la ville sont l’essentiel de leurs babils-

Parmi elles, il en était une au visage rond comme la lune ;
Elle était simple, pas très coquette, d’aucuns même la pensaient muette
Tant son manque de conversation la mettait en situation
Inconfortable, car au lavoir, ne pas parler porte déboires…

Dame ! C’est qu’il faut alimenter en ragots frais la société
Des braves gens du centre-ville, tous ceux qui ont la langue agile
Et l’oreille bien accueillante pour les histoires les plus méchantes…

Notre simplette se lamentait « si je n’ai rien à raconter
Comment se faire des amies mêmes si elles ne sont pas polies
Ni bien jolies, ni bien finaudes ? » La douce en était tout’ penaude.
Alors en silence, elle lavait, tordait, tapait et essorait
Son linge ; dès son travail fini, elle repartait sans faire de bruit.

Un jour passant comme les autres, elles étaient douze, comme les apôtres
Un beau merle vint à sautiller sur la margelle, juste à côté
De la mutique lavandière : il remua son p’tit derrière
Et, comme si il lui parlait, le merle commença à flûter ;

Toutes les semaines, il vint chanter ses plus belles trilles et triolets ,
Evidemment il agaçait les cancanières très courroucées.
La douce ne s’expliquait pas ce que le merle venait faire là ;
Jusqu’au soir où elle dut rester seule pour finir son panier.

L’oiseau vint se poser près d’elle et entama sa ritournelle…
Mais cette fois ci, ils étaient seuls, le chant se mua en parole !
Et ainsi toute la soirée le merle, dans une logorrhée
Sans fin, alimenta la belle en rumeurs et autres nouvelles !

C’est ainsi que le lundi vint ; elle arriva d’un air badin
Et commença à raconter les derniers ragots du quartier
Il fallait voir les lavandières posées en rond sur leur derrière
Qui ne pouvaient en placer une car la femme au visage de lune
Monopolisa l’attention jusqu’à la nouvelle saison !

À suivre :

La princesse polisseuse