Le beau va-t-il revenir ?
Mais de quel beau vais-je parler ? Du beau temps, du printemps ? Des jours de plus en plus longs, de la nature qui va se réveiller pour devenir plus belle encore et nous pousser à sortir de chez nous ? Nous avons aussi, c’est certain, trouver une beauté dans ces mois d’hiver que nous quittons mais, dit-on, la vie est peut être plus facile au soleil, sans aller pour cela au bout de la terre ! Même chez nous, à Thiers, où le froid n’a pas pincé trop fort, il y a tant à voir et à manger, ne serait-ce que par la présence nombreuse de ses auberges de lard tant dans ses murs que dans les contrées alentour. La ‘’bistronomie’’ bien que se raréfiant est toujours présente et c’est heureux, elle entretient un certain lien social. Et puis cette riante nature vivante. de la terre si proche, où nous suivons le branle des saisons, ces bois aux essences variées en plaine, même si les résineux semblent prendre le pas sur tout le reste dans la basse (et plus haute montagne), là où le vent transforme parfois des arbres en bois de contorsion ! nous avons encore ce privilège d’aller entre ces arbres. Je pense néanmoins que nous bénéficions d’un traitement de saveurs, nous avons à voir et à manger (même loin du seigle des Lumières !)et là le compte est rond dans une nature en Thiers, même si parfois nous rêvons d’être où nous ne sommes pas ! Heureusement il arrive parfois que les vagues de l’esprit se calment, alors des formes plus cohérentes se dessinent et nous revenons sur le chemin des réalités du Monde. C’est justement sur ces chemins que nous découvrons tous les jours des choses que nous avions oubliées, des restes organiques d’un monde antique, comme c’est le cas avec la découverte des vestiges de la fondation de la ville, je veux parler du site des Millières dans la montagne Thiernoise, éparpillés dans les limbes de l’obscurité de l’histoire.
Thiers, sa muse c’est la coutellerie nous n’en doutons pas mais c’est aussi une cité qui a une âme, même si elle est parfois rebelle, un filet jaune peut parfois mettre une couleur de revendication dans le déroulé des choses qui peuvent être sombres. La couleur c’est la vie ! Le patrimoine, le tissu associatif actif, tant culturel que sportif, les institutions et autres événements apportent un élan supplémentaire, un plaisir, une joie, un réconfort, sentiments bénéfiques pour un grand nombre des habitants.
Le beau, titre de cette chronique est si varié que je n’en ferai pas le tour. Un beau jour ou un beau matin (ça se dit aussi) j’ai décidé de parler de l’avenir du beau. À mon âge, c’est un peu risqué ! là on touche à parler du beau du temps de la jeunesse : avoir vingt ans, ça n’arrive qu’une fois seulement comme dit la chanson, les temps heureux de la vie, les mariages à ne pas confondre avec les mirages d’amour (où d’humour), la naissance des enfants, les réussites à certains niveaux, réussir sa vie etc. Le beau est multiple dans les aléas de notre existence, au milieu de tout le reste.
Il me faut maintenant en arriver au sujet qui fâche. Le beau va-t-il revenir ? Il me semble que notre Monde se soit enrhumé en ce début de siècle, il tousse ! Je ne voudrais pas jouer le dandy de grand chemin de la morale ni m’ériger en apôtre du jugement mais force est de constater qu’il me semble voir devant moi, et ce, tous les jours, le trésor des temps pillé ! Le mal dominant qu’est cette absence de logique, de réflexion, de désir de concorde, de paix et pour tout dire de bon sens prend le dessus dans la marche du Monde.
Notre civilisation non seulement marque le pas mais semble régresser. Il n’est pas difficile de s’en convaincre, il n’est qu’à voir la déliquescence grandissante des valeurs qui devraient être le fer de lance de notre conduite, la fuite des engagements, la valeur de la vie bafouée, les fausses images et les fausses informations qui envahissent notre quotidien, la banalité des méfaits en tout genre, l’absence de toute spiritualité de quelque nature qu’elle fût, le tout dans un désaccord de principe et une recherche croissante de l’assouvissement immédiat des désirs qui s’installe aussi quelque fois à bas bruit car nous sommes tous plus où moins conditionnés dans un moule d’uniformité, une médiocrité galopante. On essaie de danser encore mais c’est difficile quand on est au bord du cratère d’un volcan et de voir le monde en farces ! tel qu’il est, tout en restant, malgré tout, ancré dans une réalité du Monde en marche en restant droit au milieu des contraires c’est ce comportement qui nous rend ‘’humains’’. Pourtant certains de ces ‘’grands’’s’en accommodent (des farces), avec un air de matoiserie et de fierté parce qu’ils sont jus et chemise avec cette liquide mélasse ! Pour dire plus, ces derniers quand ils sont puissants (voire super puissants), peuvent intensifier leur volonté. Ils devraient savoir, c’est connu depuis longtemps que ‘’l’homme de la démesure finalement perd tout’’ (Hésiode, 8ème av. J.C.) .Contre ceux-là, peut-on quelque chose ? ils sont des obstacles à notre désir mais c’est cela aussi qui intensifie notre propre volonté en nous confrontant toujours plus à ces nocifs obstacles. Nous avons appris que les mensonges peuvent donner des fleurs mais jamais des fruits.
Le beau peut revenir, la source pure de ce qui doit naître se trouve en nous, c’est à nous d’être toujours vigilants et de tout faire pour qu’elle ne devienne jamais impure. C’est une vigilance permanente qui donne un sens à chaque choix et à chaque action, comme un droit d’honneur. On ne s’épuise pas, non, on puise ce qu’il y a de bon (il en reste sûrement) dans ce ‘’temps du Monde fini qui commence’’ comme a écrit Paul Valéry.
Avouez quand même que c’est une époque curieuse où l’on pourra bientôt acheter en grande surface (comme on dit) des bananes épluchées pour gagner du temps ! Qu’elle est forte la tentation de la sauvagerie !
Le beau émotionnel est un travail de l’esprit, il est temps de lever les yeux vers le Monde qui vient, sans jamais oublier que ‘’la finalité de la vie c’est l’admiration du beau’’ ! (Platon).
Jean-Paul Gouttefangeas