L’automne vient d’arriver

Doucement, sans remous particulier il est arrivé. C’était le 22 septembre à l’équinoxe de 21 heure 21 et 3 secondes, précis comme une Rollex, réglé comme une mécanique céleste parce que c’est ainsi que les saisons se succèdent, il existe une séparation entre ces fameux équinoxes de mars et de septembre et les solstices de juin et celui du dernier mois de l’année. Le 21 décembre sera vite là et le départ d’une autre nouvelle saison sera donné. Le frais avant le froid commence à se faire sentir. Il n’est pas si loin le temps où les températures descendront avec l’inclinaison de l’axe nord sud de notre terre. Ainsi, ces rayons bénéfiques que nous devions aux rayons du soleil alors au zénith nous parviendront à l’oblique et la concentration de chaleur s’étendant sur des surfaces plus grandes sera moindre.

Les pluies vont s’intensifier, des feuilles jaunes, d’autres rouges vont, après d’ultimes vols planés recouvrir le sol des jardins et des rues. L’été va s’assoupir, les raisins, les noix sur l’arbre, tout a une fin et l’hiver va venir. Les couleurs des forêts seront vives, voire excessives mais variées et si belles, la nature toute entière va changer sa garde robe. Les écureuils, jusque là plutôt discrets, entrent dans une période d’activité débordante, ils descendent, ils grimpent, courent, traversent les allées et les routes chargés d’un butin qu’ils emmagasinent en prévoyance de temps plus durs, enhardis parfois jusqu’à l’imprudence par cet esprit naturel de survie. Leurs greniers nous sont difficiles à voir malgré leurs incessants allers-retours, dissimulés qu’ils sont parmi les feuilles rousses des arbres que les premiers vents emporteront en commençant par les plus colorées, aussi belles soient elles, aucune n’est éternelle.

Tout nous y prépare et pourtant toujours l’automne étonne. C’est le temps des marrons, des bonnes pommes et le soleil, si tôt tombé, si vite couché, et la lune si vite arrivée nous font rallumer les feux. C’est ce temps qui nous ramène dans les ambiances chaudes de la maison, qui augmente le rythme des petits repas entre amis. Nous sortirons les pulls des armoires et les bottes des placards. Les vins chauds pointeront leur nez dans les doux moments où, calés dans les coussins du canapé, nous quitterons notre bouquin pour le thé de cinq heures (enfin pour les retraités !). Le chat et le chien, conscients sûrement de cette douceur de vivre auprès de leurs maîtres enfin plus attentifs, redeviendront nos copains.

Il y aura peut-être encore un changement d’heure, savons nous si l’hiver sera froid ? Mais qu’importe, faisons comme s’il allait être polaire, profitons encore des températures clémentes car voilà que reviennent ces odeurs de soupes de potiron et de bourguignon. Nous irons dans les bois pour la cueillette des champignons qui, en plus de la joie de les ramasser, nous en donne une autre, celle, inégalable, de les manger.

Au diable les ronchons qui se lamentent sur la fuite de l’été et des jours sans fin. Ce sont les mêmes qui se désolent de l’arrivée des bourrasques : « Et je m’en vais au vent mauvais qui m’emporte de ça de là pareil à la feuille morte » (Verlaine). Au diable la nostalgie des brumes, notre cœur ne se laissera pas envahir, déjà se profile le temps des raclettes, nous créerons des occasions joyeuses pour parer au manque de lumière, nous la saisirons pour l’enfermer en nous, nous ressortirons les jeux de table du Noël dernier (quand la télé. sera en panne !). (Nos enfants ou ceux des autres) en automne nous raconteront leurs vacances d’été, c’est toujours varié, leur liberté à la campagne, les bains de mer, les escalades dans la montagne. Ceux qui sont restés en ville ont peut-être des souvenirs de glissades formidables sur leur planche à roulettes, de tours de vélo (pour ne parler que de ceux là !) d’autres ont appris à nager sur les plans d’eau de la région. Et puis, il y a ceux qui ont changé de classe (ou d’école). Nouvelle maîtresse ou maître, des professeurs inconnus porteurs de programmes tout aussi nouveaux : un grand pas dans l’inconnu ! Il y a l’Ecole de musique aussi, certains découvriront qu’avant de jouer de la clarinette ou du piano, il faut passer par la case solfège, ce qui occasionnera souvent quelques soupirs « Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone » ! (Verlaine).

Allez, courage affrontons cette saison, c’est heureux qu’elles existent, imaginez un monde uniforme dans ce domaine, même temps, mêmes températures, etc. Quel ennui ! Pas de changement, que des certitudes bien huilées, la routine, où serait la surprise ? Il faut nous convaincre que même en automne il n’y a pas de place pour l’ennui.

Pourtant, force est de constater que moi comme les autres, quand l’été s’en va, je n’ai qu’une envie, c’est de le voir revenir, même si notre cœur n’est pas forcément dans l’ombre, nous attendons malgré tout la lumière car nous avons besoin de cette fameuse sérotonine qui nous permet d’être joyeux.

Bientôt la grise Toussaint (heureusement elle est fleurie), puis ce sera le temps de Noël, (une joie déjà) en attendant Pâques où tout recommencera et nous mènera à la Saint Jean d’été.

Tout cela pour rappeler que l’automne vient d’arriver.

Jean Paul Gouttefangeas

Merci à François-Noël Masson pour le cliché qui illustre cette chronique.