J’ai vu
J’ai vu un arc en ciel c’est très beau, ça donne une idée (lointaine) de ce que peut être une aurore boréale, on fait avec ce que l’on a. j’ai vu dimanche dernier un beau matin se lever mais doucement il a glissé pour finalement virer au gris, c’est triste. J’ai vu cette nuit dans la ruelle de mon lit des serpents enroulés, c’était effrayant, cette vision m’a (heureusement) réveillé. Pour être honnête la veille au soir je m’étais sûrement un peu ‘’altéré’’ nous avions fêté un anniversaire et je pense que les deux sont liés ! Me revient à cet instant ce proverbe très Auvergnat (je me demande pourquoi !) : ‘’à vaincre sans baril on triomphe sans boire’’ (à voir). J’ai vu des gens bien intentionnés à qui j’ai conté ce cauchemar, certains m’on dit qu’à un certain âge il fallait lever le pied pour ce qui était des libations tardives. C’est toujours pareil, c’est quand la carriole est cassée que les beaux parleurs disent où il ne fallait pas passer ! mais je me permets d’ajouter que l’alcool n’est pas la réponse à la question existentielle (et j’y crois) mais, parfois, il permet de la faire oublier !
J’ai vu ce matin (et entendu) en allant faire mes courses une altercation entre deux hommes, l’un était à pied et l’autre au volant de sa voiture, aux noms d’oiseaux qui volaient, je me suis souvenu que plus les galets sont roulés par les vagues, plus ils sont polis, pour certains automobilistes, c’est le contraire. Sur le siège arrière de la voiture, un enfant pleurait, son nez coulait, ce qui m’a consolé, c’est l’idée qu’il vaut mieux un enfant morveux qu’un enfant sans nez ! Malgré tout, pris d’un peu de pitié devant la scène et attendri par le petit, je suis arrivé à ramener le conducteur comme on ramène un cheval emballé, l’homme se rassit sur son siège et tout redevint calme. Comme quoi, il n’est pas toujours utile d’user d’un remède de cheval pour aller à la selle !
J’ai vu dans mon rétroviseur (de la vie) des tas de choses toutes mélangées, pêle-mêle, trop souvent horribles, sans ordre : des enfants assassins et d’autres assassinés. J’ai vu sur les écrans des nouvelles fausses et puis des vraies où l’on ne parle que de milliards d’euros, de milliers de morts, de guerres et de catastrophes, de porte-avions, de missiles, de bombes atomiques etc. Sur mon portable ma banque me prévient que mon compte va être débité d’un chèque de 16000 euros (je ne les ai pas), pour plus de sûreté je dois appeler le numéro que l’on m’indique : tentative d’arnaque encore. J’ai vu arriver une équipe qui venait isoler mon grenier sous toiture, je n’avais rien demandé ! Un ami connu était (paraît-il) piégé à l’étranger, on lui avait volé
tous ses papiers et son téléphone, il me réclamait de l’argent que je devais lui faire parvenir uniquement par des cartes vendues dans les bureaux de tabac ! Tout est faux.
J’ai vu autour de moi des gens excédés, une proche voisine qui me parle sans cesse du bienfait de ses bas de ‘’conclusion’’ et qui, en plus, doit se faire opérer bientôt d’un ‘’Christ aux yeux verts’’ comme elle dit ! A côté de ça, je l’aime bien. Pourtant elle est anxieuse mais c’est vrai que, si elle avait la santé, il lui serait moins grave d’être malade ! J’ai vu aussi cet homme désemparé qui cherchait une clef pour se remonter le moral, ce serait souvent utile, il ne comprenait pas pourquoi la mendicité n’était interdite qu’aux pauvres ! J’ai tenté en vain de lui expliquer que l’argent ne fait pas le bonheur pour ceux qui n’en ont pas. J’ai vu de l’inquiétude dans ses yeux, moi qui suis pour une augmentation du goût de la vie ! cette vie qui est faite de 70, 80 sapins de Noël (remarquez quelque fois il suffit d’un platane !)
J’ai vu aux abords de la ferme pas très loin de chez moi avant le moment vespéral , un ‘’géronte’’ (que j’ai souvent rencontré) penché sur la jambe de son cheval qui, visiblement tentait de lui soigner un éparvin. Dans l’enclos broutaient plusieurs vieux chevaux, destinés à finir leurs jours chez cet homme. Il faut dire qu’il y a bien des années, ce dernier avait fait partie de la grenaille, du temps où les équidés participaient encore à la ‘’manœuvre’’. C’est de cette époque sûrement que lui venait cet amour des animaux. Il leur consacrait maintenant son temps.
J’ai vu cet homme bon soigner des bêtes, pas des bêtes comestibles, non, des bêtes que l’on peut aimer, que l’on aide à vivre et à vieillir heureuses.
J’ai vu en entrant en ville un groupe d’enfants qui se tenaient à croupetons sur les marches d’un escalier. Ils parlaient à la mitraille, ils avaient tous un téléphone collé à leur oreille, apparemment, rien du monde qui les entourait ne semblait les intéresser. C’était comme si un impedimentum, une entrave autrement dit, les empêchait de communiquer avec les plus proches : dérive ! J’ai vu aussi un rassemblement d’adolescents discutant, groupés autour de leurs motos et là, surprise, alors que je passais près d’eux, l’un deux me dit bonsoir, je répondis en souriant et plusieurs enchaînèrent à leur tour un salut : si nous sommes chançards, rien n’est perdu, il existe aussi (même dans celle qui semble égarée) une belle jeunesse, issue d’une école normale mais supérieure ! c’est elle qui nous épargnera des embauchoirs supplémentaires pour garder une forme à notre humanité.
J’ai vu un autre groupe de jeunes gens qui semblaient se lancer des défis sur leurs planches à roulettes. A celui qui saurait le mieux glisser (en travers) sur la rampe d’escalier en fer en évitant la boule qui la terminait. L’inévitable se produisit, la boule ne fut pas évitée pour l’un des compétiteurs ! Il ne faut jamais jouer à saute mouton avec une licorne, ni oublier que tous les sauts sont périlleux !
J’ai vu venir le moment de mettre un terme à cette chronique qui n’a rien d’une églogue car j’ai vu aussi cet autre ami qui est un ami vrai, pas un qui s’use quand on s’en sert et qui me connaît bien, il m’a dit qu’il fallait y ajouter avant de la terminer (la chronique) que l’on ne devait pas croire tout ce que j’écrivais mais qu’on pouvait le raconter.
L’humour n’est-il pas le plus court chemin pour aller d’une personne à une autre ? Moi, je suis sûr dune chose, je ne retomberai jamais en enfance, j’y suis toujours, même si j’ai parfois de la fuite dans mes idées !
J’ai vu tout cela peut-être sans le voir.
Jean-Paul Gouttefangeas
Crédit photo Jean-Luc Gironde, vue nocturne de Thiers.