Est-ce vraiment le moment ?

En ce temps de Toussaint, est-ce-vraiment le moment de parler des fleurs ? Je sais, une certaine variété est à l’honneur : les chrysanthèmes, ils sont partout et comme ils sont jolis, je ne m’en plains pas, ils apportent un peu de couleur dans une monde qui en a grandement besoin et je ne parle pas seulement de celui des cimetières !

Y a-t-il un temps pour parler de la nature ? je ne le pense pas. J’ai cette envie brusque d’en parler, autant en faire profiter les lecteurs de mes chroniques.

Si j’avais été jardinier, je vous aurais parlé de la manière de cultiver les plantes mais je ne suis qu’amateur de jardin, or c’est un métier.

Si j’avais été peintre, c’est de l’art, je vous aurais parlé des couleurs de mon jardin, mais la saison des fleurs se termine, il nous reste les asters d’automne, quelques courageux cyclamens, ce sont les derniers feux là aussi. Le temps des exubérantes floraisons est bien passé, celui des fragrances de l’été comme celui des contrastes des jaunes et des rouges-rouille parfois si beaux, propres à cette fin de saison, est bien installé. Déjà, nos pensées vont vers l’espérance d’une renaissance printanière, même si nous savons que l’espérance n’est souvent qu’un charlatan qui nous trompe souvent, les bouleversements climatiques sont là pour nous le rappeler, au moins en matière de jardin.

Tenace pourtant, voire obstiné, par quelques mots, je vais tenter de vous faire part de ma perception des jardins, refuges salutaires tant il est vrai que ces enclos sont des sanctuaires isolés d’un monde extérieur où sévissent souvent le bruit et la fureur. C’est dans ces lieux privilégiés faits de travail et de beauté régénératrice qu’il nous est permis de cultiver (même le beau) grâce à une certaine harmonie que nous savons y créer. Par cet amour que nous portons aux jardins, ils deviennent la réalité d’un monde à la fois naturel et domestiqué que nous organisons et disposons à notre gré, pour le plaisir des sens et aussi de l’esprit. Ainsi, le jardin idéal existe en chacun de nous. Il nous mène, par une sorte de rêverie bénéfique qui, par un ailleurs, peut parfois, pour certains, atteindre le sacré, propre à nous faire oublier un instant la barbarie du temps.

Continuons longtemps de succomber au sortilège des jardins, en allant les visiter et pourquoi pas y faire des rencontres privilégiées qui existent entre les amateurs de jardins, les jardiniers et les aménagements plus ou moins inattendus que nous pouvons y découvrir.

Aimer, choyer les plantes peut-être une source permanente d’inspiration et de bien-être qui mène à l’harmonie des êtres, nous devenons, nous agissons alors en magiciens des jardins et de de la nature. En plantant notre jardin, nous écrivons aussi une ligne de notre propre vie, le soir et le matin en le parcourant nous faisons le plein de bien-vivre et quand l’adversité de la vie nous accable, nous pouvons y trouver un réconfort, parce que comme l’écrivait si bien Alexandre Vialatte : ‘’ tout commence dans un jardin ‘’ !

‘’ J’ai descendu dans mon jardin pour y cueillir du romarin ‘’. C’est fou ce que les jardins, les fleurs, les arbres et la nature en général ont pu inspirer les poètes et ce, de tous temps. Ils sont toujours un refuge, une source où trouver des mots empreints de douceur, de rime, des mots qui chantent et donnent envie de chanter, ne serait-ce que par le nom des plantes.

On copie, on recrée des jardins d’autrefois, quand on ne les réinvente pas, ils sont classiques, japonais, à l’anglaise, à la française, ‘’de curé’’, on trouve même dans notre région des jardins inspirés de l’Antiquité ! un forestier et jardinier passionné (pléonasme) à 20 kilomètres d’ici a planté, il y a quelques années un arboretum qu’il entretient et bichonne avec amour sur un terrain très accidenté où les rhododendrons, les cytises et autres azalées s’épanouissent en une féérie de variétés et de couleurs. À tout cela il faut ajouter les jardins contemporains, souvent prodigieuses réalisations propices à l’évasion et à la détente. Nous en sommes aujourd’hui aux jardins verticaux dans les villes, ceux-ci grimpent le long des façades pour arriver parfois à recouvrir les terrasses et les toits des immeubles, tant le besoin de nature est pressant et mêmement vital pour les citadins. Dans certaines régions, on voit des jardins collectifs et même ceux dits ‘’ouvriers’’ où des habitants recréent avec moult cabanes, de petits enclos rappelant la campagne où il fait bon venir en famille, goûter aux joies du jardin, prendre un repas, passer un moment où l’on parle à ses voisins, jardiniers ou pas.

N’est-ce pas un espace de LIBERTE ? Y-a-t-il un moment pour cela ?

À la Toussaint ou à la St glin-glin ça n’est jamais une poudre de perlimpinpin les jardins, c’est un baume qui fait du bien, même après y avoir bêché, sarclé, taillé, planté toute la journée avec une certaine EGALITE dans la volonté de faire pousser. Quand vient la fin du jour, la satisfaction du travail accompli atténue la fatigue, peut-être plus celle de l’esprit je vous l’accorde, que celle des courbatures du dos (entre autres !)

En conclusion, je décèle dans tout cela une FRATERNITE, j’affirme que c’est toujours vraiment le moment de parler des fleurs et de tout ce qui va avec !

Jean-Paul Gouttefangeas