De la feuille à la plume
J’ai franchi le portail qui mène au parc public (merci la République), d’emblée j’ai vu la grandeur de la nature domestiquée, il est vrai qu’elle est plus facile à entretenir quand on a des domestiques qu’on appelle jardiniers et horticulteurs dans ce domaine, surtout spécialisés en botanique. Ce jour là, il n’y avait pas de moustiques, sinon j’aurais pris mes cliques et mes claques pour leur faire la nique. La puanteur du seringat me laissa baba ! (dixit Romain Bouteille). Sur les branches hautes d’un cerisier se balançaient encore des cerises qui me firent saliver des babines (ne pas confondre avec les baïnes qui sont de dangereux trous d’eau) libérant ainsi mes narines de l’odeur récente, très éloignée de celle de la brise marine. Allais-je monter, au risque de me rompre le coccyx ? Je réprimais mon envie et comme un niais pataud, bouche bée, je fis le gros dos à cette idée qui n’était, toute proportion gardée, pas trop ancrée à cette envie que maintenant je sentais venue trop tôt parce que juteuse et sucrée. Frustré mais pas désespéré d’être inspiré par une autre lubie, j’ai continué dubitatif vers la volière des gallinacés pour y rencontrer galliformes et autres gélinottes, même si les 305 espèces existantes n’étaient pas réunies là. C’est le dindon rond qui m’accueillit, redingote sombre, tête écarlate car très courroucée et aux glouglous prononcés ! je fis un pas de côté histoire d’éviter l’algarade pour tomber nez à nez avec une oie blanche, un peu bécasse (bien que la bécasse soit fine) mais sans grâce, donc pas ‘’joliasse’’ je sentis, là aussi venir, sous jacent le conflit d’oie. Une fois encore, j’esquivais l’embûche.
Une mère poule suivie de sa ’’poussinée’’ me coupa la route, respectueux de cette nichée-famille, je marquai un temps d’arrêt pour être dans les clous. C’est alors, qu’impromptue, une guêpe qui semblait en crise (elles le sont toujours) entra dans la danse : semblant m’ignorer dans un premier temps (de la valse) encore ‘’miellée’’ aux pattes, elle jeta son dévolu sur une prune mûre à point tombée au sol pour y pomper hystériquement et ingurgiter sucre et nectar à grands coups de reins ! dérangée sans doute par mon arrivée, elle abandonna son festin pour prendre son vol apparemment sans boussole et capricieux, dans un bruit de friture surchauffée autour de ma tête, ce qui n’augurait rien de bon entre nous ! Attention, qui s’y frotte s’y pique. Elle ne sait peut-être pas que la moindre attaque de sa part lui sera fatale, elle, c’est sûr, en mourra, soit d’une tape tragique, soit ‘’dédardée’’. Finalement nous sortîmes tous deux vivants d’un affrontement qui n’eut pas lieu.
Passant sous un arbuste tendre et caressant, je fus enveloppé d’un genre de fumée végétale qui n’est pas sans rappeler le derrière des autruches ! c’est le cotinus ‘’Royal purple’’. Je fus ombragé de la tête aux pieds, le chef un peu chatouillé mais sans excès, ce qui est un succès quand on a le cheveu rare.
C’est dans ce havre providentiel que j’entendis des appels déchirants à un être que je n’avais pas l’honneur de connaître, qui répond à un papal prénom : Léon ! il est apparu éblouissant mais pas nu (comme dans la chanson) , brichet saillant, pompeux, panache en avant, orgueilleux : c’est le paon. Ne se faisant pas prier pour faire le beau, il en rajouta devant moi, ‘’glorioleux’’ dans la démesure. Sa gent féminine, à coup sûr ne doit pas pouvoir résister à cet étalement plumeux tant ‘’ocelleux’’ dressé jusqu’aux barbules. En ce qui me concerne, je me suis demandé s’il n’y avait pas méprise de sa part ! à moins d’avoir été pris pour le Seigneur Krishna ?
Pour autant, sans encombre, je me dirigeais vers l’orangerie (là où les orangers rient tout l’hiver). Des potées fragiles étaient alignées contre le mur extérieur, pas toujours graciles certes, mais réconciliées grâce aux températures de l’été. Effleurant l’une d’elles au passage, elle sembla se renfrogner dans un ‘’mimus’’ (mimant) éloquent, proche d’une grimace ! c’était une ‘’mimeuse’’, de celles qui se rétractent vivement quand on les touche. Etrangeté de la nature qui en comporte beaucoup (et pas seulement chez les plantes) !
J’ai vu là aussi un oiseau, ‘’c’était un échassier bizarre’’ (encore une chanson, de Julien Clerc cette fois), un floricane du Bengale (je venais de lire ce nom sur la grille de la volière) ah ! la culture c’est comme la confiture…. Vous connaissez la suite. Celui-ci était en compagnie d’un héron cendré au cou désarticulé, sur hautes pattes perché, bec effilé, aigrette renversée, d’où une certaine allure aristocratique (parfois politique) !
Les orangers aussi avaient mis le nez dehors, ravis que le soleil darde sur eux ses rayons bienfaiteurs. Merci à ce roi qui, à Versailles, avait mis au goût du jour cette pratique de cultiver en pots ces arbustes. L’exotisme par ce biais pénétrait dans le royaume !
Exotisme encore, c’est à ce moment précis que se fit entendre un des chants les plus mélodieux qui soient, celui du loriot qui immigre l’hiver dans les pays lointains et chauds d’Afrique. Quelle grâce que ces trémolos cristallins. Sa description ne serait pas complète si je ne parlais que du ramage, en effet le plumage n’est pas en reste : d’un jaune canari étincelant serti de noir pour les ailes, c’est un véritable ‘’golden oriole’’ comme on l’appelle outre marche. Le compositeur amoureux de la nature Olivier Messiaen lui consacra une pièce pour piano du même nom. Quel bel oiseau !
À propos d’oiseau justement, quel petit mot curieux : oiseau, il contient toutes les voyelles de notre alphabet plus le ‘’s’’ incongru qui est consonne et sonne comme cloche fêlée au milieu ! De plus aucune des lettres n’est prononcée. On aurait pu inventer un autre mot comprenant uniquement les six voyelles comme ‘’auoyïe’’ en ajoutant un tréma et le tour était joué ! (un peu tiré par les cheveux peut-être) ?
Ces considérations passées, narines’’ bées’’ j’ai continué, j’ai déambulé, j’ai écouté, j’ai observé, tous sens éveillés etc…
La nuit étant sur le point de tomber, de tout mon corps montait une sorte de nonchaloir dans l’ombre qui se mélangeait au jour. Envahi par l’intensité d’un phénomène de bien-être dont la nature a le secret. J’étais entré dans le parc avec le désir d’une rencontre paisible, je ne fus pas déçu, (à part la guêpe) ! inconsciemment ma recherche était plus où moins incertaine mais le but était devenu clair au hasard de mes pas car si nous ne savons pas toujours où aller, nous devons apprendre comment y parvenir.
Jean Paul Gouttefangeas