Aubusson comme une kermesse Flamande
C’est bien au lac d’Aubusson en Auvergne que nous avions été conviés un après-midi de mai par notre association et non dans une plaine des Pays-Bas. Moment convivial s’il en fut, je devrais même dire extraordinaire dans un lieu de détente et de beauté bucolique et si séduisant. On comprend mieux sur place qu’il soit question de catiche (terrier de loutre) tant on s’y sent bien, protégé comme dans un terrier des agressions extérieures des cités, là, l’écho des villes semble broyé, si loin des soucis et des affaires.
Alentour rien de commercial ce ne sont que scènes de genres fourmillantes comme on les connaît par les tableaux Flamands des peintres du 17ème : on
joue, on mange, on se baigne, on festoie et surtout on s’amuse. Partout des rassemblements autour de tables de fortune, garnies de plats, de saladiers garnis et d’assiettes. On sent d’emblée un grand nombre de communautés rassemblées pour une journée de jeux et de fêtes, prétexte à des réjouissances multiples, une vraie fête populaire qui entraîne au bonheur, une kermesse donc, un temps de réjouissances collectives qui participent à réduire l’anxiété.
On ressent bien dans ces moments l’importance du repas pris en commun quand il s’agit de fêter quelqu’un ou quelque chose bien que ce soit limité dans le temps, tout au plus une journée, pour s’amuser et profiter.
Chaque groupe possède un brasero ou un grill ou tout autre moyen pour faire cuire plus ou moins vite sa viande. Toutes ces installations génèrent beaucoup de fumée que l’air transporte alentour, ainsi il règne, venue de ces cuisines improvisées, une odeur de viande grillée très mêlée qui est loin d’être désagréable.
Ce jour où nous profitions de cet après midi dans ce lieu enchanteur se trouvait être le jour de la Fête des Mères, peut-être est-ce à cela que nous devions la présence de nombreux enfants et de leur famille. Toujours est-il que la joie ‘’s’entendait’’ partout. Ce que l’on vendait ici à grands cris c’est la vie ! petits et grands se défiaient au speedball et autres jeux dans des activités ludiques. Sur le pré très plat le jeu de ballon était roi, tous s’en donnaient à cœur-joie dans les cris et les exclamations. À l’ombre des arbres, sous les frênes et les vergnes, le farniente était à l’honneur.
Dans le petit ruisseau (le Couzon) où nous avions établi notre point de chute des enfants baignaient en poussant de petits cris de surprise à cause de la fraîcheur de l’eau et du plaisir. Ces enfants qui, parfois, en d’autres lieux, criaillent semblaient ici murmurer en concassant les bruits méchants. C’était drôle de les voir marcher les bras écartés servant de balancier, dans leur progression sur les rochers glissants. Une photographe sûrement séduite parc cette scène charmante prenait des clichés. Il faut dire que l’endroit se prêtait à une certaine admiration, le ruisseau dévalant assez lentement, le cours tortueux à souhait, les rochers épars, petits et gros, le tout dans le gazouillis de l’eau.
Ça et là quelques petits ponts de fortune faits de souches et de petits arbres couchés en travers, plus loin un petit pont de bois japonisant. La-bas un pêcheur à la ligne, quelle drôle d’idée ! à moins que dans ce petit paradis les poissons soient sourds et insensibles au brouhaha ?
Sur l’autre rive, à quelques mètre de là deux ou trois tentes plantées pour une nuit (ou plusieurs) à bonne distance l’une de l’autre et devant, quelques rares habitants, l’un couché dans l’herbe lisant, un autre écrivant sur une table dite de camping et un troisième ne faisant rien.
On peut, je crois, parler de joyeuseté, de détente et d’enthousiasme communicatif en liberté : liberté de ne rien faire si ce n’est des choses plaisantes et sans contraintes. Humer cette atmosphère de l’été tout proche, sublimée par cette nature si douce et si accueillante procure de la joie. La kermesse qui se déroule à la frange entre moments que l’on pourrait qualifier de mystiques et laïcs est un moment unique. E n Flandre l’origine du mot kermesse veut dire ‘’messe d’église’’, quoi qu’il en soit la magie du plein air opère et elle est propice aux réjouissances, au partage et à la convivialité.
On ne le dira jamais assez, la kermesse est une rencontre, elle est aimée par les enfants et les adultes, tous étaient satisfaits parce que tous aiment la kermesse !
Jean-Paul Gouttefangeas

Illustration : Pieter BRUEGEL le Jeune - La Kermesse villageoise avec un théâtre et une procession.
Le thème du tableau de la kermesse est dû au peintre Pieter Balten (Anvers 1527-1584), une des nombreuses versions a été reprise plus tard par Breughel le jeune.
Source Wikimedia