« Copeaux, histoires courtes » : quand l’ethnologue Georges Dupré fait de ses souvenirs une littérature de l’instant

Et si une vie pouvait se raconter par petites touches, comme autant de copeaux détachés au fil du temps ?

Avec Copeaux, histoires courtes , paru en juin 2026 aux Éditions Les 3 Colonnes, Georges Dupré rassemble de courts récits qui puisent dans les souvenirs, les rencontres et les expériences d’une vie particulièrement riche. Un livre intime et sensible, qui invite à prendre le temps de regarder les petits événements autrement.

De l’archéologie à l’ethnologie

Avant de devenir ethnologue, Georges Dupré commence son parcours du côté de l’archéologie préhistorique et de la géologie. Docteur en sciences en 1964, après des travaux menés au Laboratoire de géologie de Lyon, il s’oriente ensuite vers l’ethnologie.

Son parcours de chercheur le conduit sur le terrain, en Afrique. Il travaille d’abord au Sénégal, notamment auprès des populations bassari, avant de poursuivre ses recherches au Congo et au Burkina Faso, dans le cadre de l’ORSTOM, devenu depuis l’IRD. Il devient directeur de recherche au sein de cet organisme.

Ses recherches portent notamment sur les sociétés rurales, leurs modes d’organisation, leurs activités économiques, leurs échanges et leur histoire. Il consacre une part importante de son travail aux Nzabi et aux Beembé du Congo, dont il étudie les structures sociales et les transformations au fil du temps.

Parmi ses ouvrages scientifiques figurent notamment Un ordre et sa destruction , consacré aux Nzabi du Congo, et Les naissances d’une société : espace et historicité chez les Beembé du Congo , publié par l’ORSTOM en 1985. Il publiera également, en 2019, Koto, l’égalité nécessaire , consacré aux Nzèbi du Congo et du Gabon.

Du terrain africain aux « copeaux » de mémoire

Après cette longue carrière de chercheur, Georges Dupré emprunte avec Copeaux, histoires courtes un chemin plus personnel.

Ici, plus besoin de longues démonstrations scientifiques : quelques pages suffisent pour faire surgir un souvenir, une scène, une rencontre ou une émotion. L’écriture se fait attentive aux détails et aux êtres, avec cette capacité d’observation que des années passées sur le terrain ont sans doute contribué à aiguiser.

L’éditeur présente ainsi le livre comme un ouvrage situé entre récit autobiographique, témoignage ethnographique et contemplation littéraire. Chaque histoire devient un petit fragment de vie, un « copeau » qui, détaché du grand récit d’une existence, conserve pourtant quelque chose de précieux.

Un regard de chercheur, une écriture d’homme

Ce qui rend le parcours de Georges Dupré particulièrement intéressant, c’est justement ce passage du travail scientifique à une écriture plus libre et personnelle.

Observer, écouter, comprendre les autres : le geste de l’ethnologue n’est finalement pas si éloigné de celui de l’écrivain. Dans les deux cas, il faut savoir prêter attention à ce qui pourrait sembler anodin et laisser une place aux voix, aux gestes, aux habitudes et aux petits événements qui racontent beaucoup de l’être humain.

Aujourd’hui retraité et installé dans les monts du Forez, Georges Dupré poursuit ainsi son travail de mémoire et d’écriture.

Et son parcours possède même un petit écho local : les ressources bibliographiques signalent sa participation à L’eau en Livradois-Forez, ouvrage collectif paru en 2007 et dont les textes avaient été rassemblés par Georges Dupré.

Avec Copeaux, histoires courtes , il nous propose finalement quelque chose de très simple et de très précieux : prendre le temps de regarder les fragments d’une vie et de découvrir, derrière chacun d’eux, une histoire qui peut aussi nous parler.

Copeaux, histoires courtes, Georges Dupré
Éditions Les 3 Colonnes – 80 pages – paru le 2 juin 2026 – 12 €.

Installé dans les monts du Forez, Georges Dupré puise largement dans son environnement proche. La plupart de ses chroniques font ainsi vivre des habitants du territoire, croqués avec tendresse, curiosité et un regard d’ethnologue. C’est aussi ce qui fait tout le charme de Copeaux, histoires courtes : derrière chaque anecdote se dessine un peu de l’âme de nos villages et de ceux qui les font vivre.