Les plantes de l’Estive

Ils sont une poignée en Auvergne, dans les Alpes et dans les Pyrénées, à exercer le métier de cueilleur de plantes de montagne. Amélie Laborde en fait partie. C’est à 1 100 m d’altitude dans le Livradois, près de Saint-Eloi-la-Glacière, au milieu des forêts d’épicéas, des fleurs et des plantes d’altitude, qu’Amélie récolte, de fin avril à mi-octobre, fleurs, herbes aromatiques et fruits sauvages pour en faire principalement des sirops, des confitures et des confiseries.
Après avoir passé quatorze années, ponctuées de nombreux voyages, dans une entreprise de la région parisienne, Amélie et son mari Davi n’avaient qu’un souhait : se mettre au calme. En amoureux de l’Auvergne, ils ont alors sillonné le Livradois-Forez et ont eu le coup de foudre pour cette ancienne ferme où, jadis, les vaches montaient en estime. La jaseriez, entièrement restaurée par leurs soins, a conservé son âme d’autrefois. C’est en explorant les 9 hectares de terrain qu’Amélie a redécouvert les plantes qu’elle connaissait déjà depuis bien longtemps... À l’âge de quinze ans, elle avait réalisé un herbier de trois mille plantes comestibles ! Les trésors naturels étaient à portée de main et lui ont donné l’envie de s’installer comme cueilleuse de plantes.

Les pensées sauvages lancent la saison dès mi-avril. Puis viennent l’ortie, la sauge des bois, le fenouil des Alpes, la menthe, les bourgeons de pain et les pousses d’épicéa. Dès l’été, c’est la récolte des frais des bois fin juin, des myrtilles, des baies de sureau rouge et de Reines de prés en juillet, puis les framboises et le serpolet en août, et enfin les mûres et le sureau noir en septembre. Amélie cueille aussi pour sa consommation personnelle : la grande berce, comestible à tous les stades, qu’elle prépare en fricassée, mais aussi les crosses de fougères, bouilles ou poêlées, ainsi que la montie des fontaines, le plantain, les fleurs de mauve ou de Véronique pour ses salades printanières.
À partir de 800 mètres d’altitude, la végétation est dite de montagne, donc pas de noyers ni de châtaigniers encore moins d’arbres fruitiers : on ne les trouve, l’automne, que dans la vallée. En hiver, la nature se met en sommeil et la neige recouvre ces grandes étendues d’un manteau blanc pour trois semaines.

Les spécialités d’Amélie sont les sirops, les cuirs de fruits et les coeurs de cuirs. Sirops de fruits rouge bien sûr : framboises, mûres, myrtilles et d’autres, les insolites : sirops de Reine des prés, de bourgeons de pin, de pousses d’épicéa, de pensées et de menthe sauvage, de sureau noir ou rouge. Ses cuirs de fruits ont vu le jour un peu par hasard. Pour faire les sirops, les fruits rouges passent à l’extracteur de jus mais il reste la pulpe. Et Amélie n’aime pas jeter ! Elle a donc redressé le tout, faisant ressortir, cette fois-ci, uniquement la pulpe. La pâte obtenue, sans sucre ajouté, sans gélifiant, est passée au séchoir et dévoile alors toute la saveur du fruit. Aux cuirs de fruits à la pêche ou à l’abricot, issus de fruits qui n’ont subi aucun traitement et qu’on lui donne, Amélie ajoute toujours des fruits ou des plantes récoltés chez elle. Les coeurs de cuirs, tout aussi délicieux, sont tout simplement - encore fallait-il y penser - des cuirs de fruits enrobés de chocolat noir.

Au Redondet, certes, les vaches ne montent plus en estive, mais l’activité d’Amélie s’apparente à celle des femmes d’autrefois. N’hésitez-pas à monter découvrir tous les trésors de cette végétation aux mille vertus en participant à ses cours de cueillette sur demande.

Amélie Laborde - Les Pierres Davélie
Produits issus de cueillette locale & Chambre d’hôte

Le Redondet
63890 St-Eloy-la-Glacière
Tel 06 33 69 91 61
Amelie@lespierresdavelie.fr

Article paru dans CentralParc juillet/août 2017. Texte et photos Sophie Pavlic.