Henri Chabrol dit Burette, mémoire de Thiers

Pendant longtemps il a tenu le café de La Poste en plein centre-ville juste au-dessus de l’imprimerie Bringuier. Quelques marches d’un court escalier, quelques tables simples, un tout petit bar et derrière, Henri Chabrol dit Burette né en 1914*, le cheveu blanc élégamment tiré en arrière. Avant de disparaître, il avait enregistré en langue thiernoise, de nombreuses cassettes où il racontait les histoires d’un Thiers qui n’existe plus mais qu’il avait tant aimé. Il y a un long temps, Burette m’en avait conté quelques-unes. A défaut de l’écouter, on peut toujours le lire. Il fait revivre Cocard, le Chef, Villeneuve et tant d’autres. Souvenir…

« Ah les Garniers, c’était toute une époque ! En 50 ans, ce village est passé du stade primitif au stade résidences secondaires ! Dans les années 30, il existait un drôle d’attelage formé de Cocard, du Chef, de deux retraités du P.L.M, du père Villeneuve retraité des Ponts et Chaussées, 1,67 m, 128Kg et du père Joanic à la fois paysan, viticulteur et monteur de couteaux. Ces lascars s’entendaient à merveille et étaient en permanence l’attraction du village, mis à part le dimanche où la population locale allait voir le train des pêcheurs lequel patinait sur une centaine de mètres, faute de pouvoir gravir la pente qui s’élève de Jambost au tunnel des Garniers. On faisait descendre les voyageurs sur 150 ou 200 mètres et le plus difficile était fait. Les gens remontaient tranquillement dans le train. En 1926, le Chef eut l’idée d’acheter une automobile. Son choix se porta sur une B.12 Citroën et lorsqu’elle fit son apparition aux Garniers, tout le monde regarda avec envie ce magnifique engin que Cocard ramenait... Les gaillards décidèrent donc un jour d’essayer la voiture… Étant donné que depuis 5 ou 6 ans qu’il avait le permis, Le Chef n’avait été capable de conduire un véhicule, n’en ayant encore jamais possédé. Villeneuve proposa d’aller faire Quatre Heures aux Pins, chez Rochias. Et c’est ainsi qu’un samedi après-midi, vers 4 heures, nos oiseaux se rendirent à ladite auberge où ils commandèrent du jambon, du saucisson, une omelette et quelques bonnes chopines. Vers 10 heures du soir, tout le monde reprit la voiture. Tout se passa bien jusqu’au lieu-dit « La Croix-Rouge ». A cet endroit, le fossé avait été curé et après une fausse manœuvre, le chauffeur couchait la voiture. Plus de peur que de mal. Les trois premiers sortirent sans encombre, seul le père Villeneuve avec ses 128 kg et une portière froissée ne risquait pas de s’extirper de son siège. Ses copains lui dirent : « Te casso pas lo têto, on va aller chercher une paire de bœufs chez le père Joanic pour te sortir de là ». Et les voilà partis. Arrivés chez le père Joanic, ils tirèrent un pichet, puis deux, enfin un troisième et, tranquillement, allèrent se coucher ! Vers 4/5 heures du matin, Henri Rodier, propriétaire du café de la Croix Rouge entendit crier au secours. Évidemment, c’était Villeneuve qui depuis la veille attendait en vain qu’on vienne l’aider. Il fallut aller chercher une paire de vaches chez Barnérias à Pinon pour le sortir de là. De ce fait, les relations furent tendues et ils restèrent près de six mois sans se parler. Un jour, les habitants des Garniers décidèrent de les raccommoder. Ce n’était pas bien difficile, ils en avaient tous envie. Alors, pour fêter ces retrouvailles, Villeneuve eut une idée de génie : « Et si on allait à la pêche ? » Et le Chef dans un élan de générosité dit : « Écoutez, je paie le restaurant, je t’ai laissé 5 heures dans une voiture toute la nuit ». A 7 heures du matin, nos larrons s’engouffrent dans la B.12 et partent pour Courty. Malheureusement, ils arrivèrent après le premier train et toutes les berges de la Dore étaient envahies. Alors, nos zèbres partent à Dorat. A cette époque, au lieu-dit Le Bois du Géal, la rivière était la réserve de la société de pêche. Mais nos bitords ignorant tout des lois et des règlements s’installèrent, braquèrent les gaules, sortirent les boussets et attendirent la suite des événements qui ne tardèrent pas à se manifester. Les gendarmes à cheval arrivèrent. L’un deux, un costaud, s’appelait Cervier. Il connaissait bien les bonhommes et s’approchant d’eux leur dit :
-  Mais qu’est-ce que vous êtes en train de faire ici ?
- Ah c’est vous M. Cervier lui dit le Chef, je suis content de vous voir. Figurez-vous que l’on n’a vu personne de connaissance ce matin. Vous êtes le premier, vous boirez bien un canon ?
Cervier un peu gêné lui répondit : « Non, je ne bois pas pendant le service. Mais qu’est-ce que vous faites là ?
- Nous autres, on est à la pêche mais ça ne mord pas. Enfin, on est à l’ombre, on est bien tranquille, on va aller manger à Dorat.
- Mais vous savez que c’est interdit de pêcher, que vous êtes dans la réserve ! »
Et Villeneuve innocent qui n’allait à la gendarmerie que pour ses fascicules militaires de répondre : « Oh là, non, non, je ne suis pas dans la réserve M. Cervier, Je suis dans la territoriale !!!!
 »

*Burette est aujourd’hui décédé.