Le Chauche Vieilles ou le Dit de Vitale

René Gaqiuère a reconstitué en une chronique saisissante la vie d’un village d’Auvergne au XVIIe siècle : "Le Chauche Vieilles ou le Dit de Vitale", paru en 2002 aux Editions Créer. Il publie des nouvelles dans diverses revues : Brèves, Sol’Air, Les hésitations d’une mouche.

Mai 1693. Dans ce petit village de montagne, la vie roule ses jours. Des jours, à vrai dire, ni meilleurs ni pires qu’ailleurs ou même qu’hier, n’en déplaise aux anciens. Vitale, une humble paysanne, observe avec tendresse et malice ce qui se passe autour d’elle.
Chroniqueuse analphabète, elle rend compte à sa manière des menus plaisirs de la communauté villageoise aussi bien que des désagréments ordinaires.
Cependant le malheur rôde, de plus en plus palpable à mesure qu’on approche de l’hiver.
Du reste, la belle-mère Marguerite, qui sent les choses comme la baguette de coudrier devine l’eau, n’a-t-elle pas murmuré :
"Pourvu maintenant que le malheur ne soit point sur nous !… "

La plume est alerte, le souci du détail constant. "Le chauche vieille ou le Dit de Vitale" se penche sur la vie d’une famille sous la période noire de la disette, pendant la guerre de trente ans menée par Louis le XIVème. Jacques Malouet, sa femme et quelques autres personnages vivant à Tire-vache, lieu-dit de Chambon-sur-Dolore, sont prisonniers d’une dîme hors de proportion par rapport à leur revenu de la terre pour financer la guerre. S’en suit une paupérisation des populations que raconte l’auteur au fil des quelques 270 pages que compte son roman.

À travers ce récit, conçu à partir des archives de l’époque, et donc véridique autant que faire se peut, René Gaquière nous restitue, avec un réalisme étonnant, le XVIIème siècle de nos campagnes.
Humour et émotion nourrissent cette chronique, mi-douce, mi-amère, d’une époque vraie où nos "grands", sans le savoir, traçaient nos chemins.
Aucun nom n’a été changé.

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Extrait

"J’avais nom Vitale Manet. J’étais la femme à Jacques Malouet et voici bien des ans, hélas, que le vent de nos montagnes a dispersé jusqu’à la poussière de nos os.
Du temps que je vous parle, je n’étais qu’une bougresse comme tant d’autres par ici, ne sachant la lecture ni l’écriture, ni surtout ces choses merveilleuses qui vous viennent comme un don du Bon Dieu pour peu qu’un jour la plume veuille bien vous tenir dans la main. C’était ainsi chez nous en ce temps-là et nul jamais ne songea à s’en plaindre, pas plus moi que les autres, moi qui ne sut jamais marquer sur les livres de notre bon curé mon propre nom, celui de mon père Martial, de tous mes anciens et des autres avant eux. Paix à leur âme !

Aussi comprenez bien, qui que vous soyez, que je n’ai de ma vie, tracé la moindre ligne. L’aurais-je pu d’ailleurs que je m’en serais sûrement abstenue. Mais c’est là une autre histoire.
Or, malgré tout, par delà cette page, coulent des mots, quantité de mots dont le mouvement, pareil à l’onde de notre chère Dolore, me semble ne jamais devoir s’arrêter. Des mots auxquels je n’entends goutte, bien qu’ils soient miens autant que les enfants issus de mon ventre. Car, en vérité, ces mots-là ne disent rien d’autre que mon histoire et celle des miens. Du moins veux-je le croire.
Faut-il, me direz-vous, une grande magie dans tout cela, pour que le frêle murmure d’outre-tombe d’une vieille âme ignorante se retrouve ainsi transmué en ces mots écrits, pour elle si mystérieux et pareillement menaçants.
Magie ? Hélas, je crains que vous n’ayez point tout à fait tort. Mais laissez-moi plutôt vous conter l’affaire.
Comme chacun sait, il arrive aux âmes mortes, quand l’envie les prend, de venir folâtrer sur les lieux qu’elles connurent jadis, même que vous nous y surprenez parfois, chétives flammèches dansant aux abords des cimetières. Nous autres, nous les appelions feux follets. Eh bien figurez-vous que c’est précisément ce que je faisais ce jour-là. C’était le printemps et je me sentais d’humeur badine malgré les souvenirs qui ne pouvaient manquer de m’assaillir en cet endroit. Bref, tout allait plutôt bien jusqu’à ce que je visse apparaître au bout de l’unique chemin de notre hameau une drôle de voiture avec de drôles de gens dedans."
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La suite...

" Le "Chauche-Vieilles" nous transportait dans un petit village du Livradois, à la fin du XVIIè siècle, en proie à la misère, à l’obscurantisme et à la terreur des superstitions.

Avec "La Robe de l’Egyptienne" nous retrouvons le même village, Saint Pierre de Chambon (actuellement Chambon sur Dolore), mais quelques decennies plus tard. Les générations se sont succédées, bien sûr, mais nous sommes toujours dans la famille Malouet, pratiquement dévastée à la sortie de l’hiver 1693 dans "Le Chauche-Vieilles". Au pays, le temps s’écoule doucement, comme autrefois, si doucement même qu’on croirait toutes choses immuables à jamais comme la fontaine de Coisse. Ainsi en va-t-il des antiques croyances païennes et de la malédiction dont le village se croit la victime depuis qu’une gitane, un jour, a feint de leur jeter un sort en agitant bizarement sa robe.

Nous sommes pourtant au Siècle des Lumières mais il faut croire que ces Lumières-là n’entraient guère dans les clairières du Livradois car la malédiction de jadis continue de hanter les esprits et de ronger le village à la façon d’une gangrène. Jusqu’au malheur irrémédiable.

Le récit s’achève peu après 1750. D’autres événements se préparent, un autre cauchemar.

Tout comme le Chauche-Vieilles, ce livre a été conçu à partir des archives de l’époques. Ni les noms, ni les dates n’ont été changés.


Voir en ligne : L’ouvrage aux Editions Créer


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