L’oiseau de Paradis

28 mars 2008

Certaines contrées paraissent prédestinées à recevoir de pieuses maisons : telle, dans cette partie orientale de l’Auvergne qui s’apparente déjà au Forez, la région avoisinant la petite ville d’Ambert. On y dénombre plusieurs abbayes et communautés d’hommes et de femmes. La Chaise-Dieu n’est pas loin, qui fut assurément le pus illustre monastère du pays. Mais d’autres moutiers connurent une prospérité presque aussi considérable : voici, par exemple, auprès d’Arlanc, le couvent Saint-Pierre de Chaumont.

Les bâtiments conventuels ont aujourd’hui été transformés et défigurés. Mais l’on retrouve tout de même en dépit de ces transformations, la disposition classique des abbayes médiévales : le cloître ouvre sur la cour intérieure que bordait l’église des religieux. Sur le cloître donnait la salle capitulaire, au fond le réfectoire et les cuisines ; de l’autre côté, les communs, et au-dessus, les cellules des moines. Il n’est pas difficile de reconstituer par la pensée ces bâtiments, puisque leur plan reproduisait exactement celui de leur maison-mère, l’illustre abbaye de Cluny.

Les religieux qui, dès le onzième siècle, peuplèrent l’abbaye de Saint-Pierre de Chaumont, appartenaient à la règle bénédictine ; ils étaient rattachés en effet l’ordre clunisien. Les filiales de la fameuse maison bourguignonne étaient en Auvergne particulièrement nombreuses, ce qui ne saurait surprendre, puisque Cluny avait été fondé par un prince de ce pays, Guillaume compte d’Auvergne. C’étaient des moines clunisiens qui desservaient Saint-Pierre de Chaumont.

Ces moines, dans le pays, avaient bonne renommée. Ils étaient pieux et charitables. Suivant la règle, ils partageaient leur temps entre la prière et la méditation, les travaux manuels et intellectuels. Certains d’entre eux passaient pour fort savants. La science, et la curiosité à laquelle elle pousse, mènent parfois à de dangereuses tentations. Le petit pâtre Gerbert, dont l’histoire est bien connue, en fit, dès sa jeunesse, l’amère expérience. Un religieux de Saint-Pierre de Chaumont fut pareillement sa victime, si l’on en croit l’étonnante histoire, renouvelée de la légende contée par l’évêque Maurice de Sully, qui lui arriva.

Ce religieux s’appelait le Père Anselme. Il vivait à la fin du seizième siècle. Les troubles des guerres de Religion, les discordes civiles, la Réforme protestante, toutes ces misères, tous ces bouleversements n’avaient pas entamé sa quiétude et sa bonhomie. Le Père Anselme était for apprécié en l’abbaye pour sa science d’abord, laquelle était considérable, pour sa piété ensuite, et son mysticisme, qui le poussaient à s’abîmer parfois durant des heures, dans de profondes méditations.



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