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	<title>Escout Moi Voir ! webzine du Livradois Forez</title>
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	<description>Web magazine local ind&#233;pendant, pour pour pour faire d&#233;couvrir et partager la richesse du Livradois-Forez et de ses abords : bonnes adresses, randonn&#233;es, spectacles et animations, gastronomie.</description>
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		<title>Il est l'or</title>
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		<dc:creator>L&#233;o Gironde</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il y a parfois des journ&#233;es heureuses. Des journ&#233;es heureuses qui ont le go&#251;t de la paresse, du l&#226;cher prise, de l'oisivet&#233; la plus totale. Une journ&#233;e o&#249; par exemple, chacun se sent la plus grande libert&#233; pour se laisser aller &#224; de petits p&#233;ch&#233;s v&#233;niels. Mon plaisir coupable, c'est l'espionnage. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est lors d'une de ces journ&#233;es si particuli&#232;res que, fl&#226;nant dans les rues parisiennes, je rep&#233;rai un couple d'amis, attabl&#233; &#224; une terrasse, en discussion profonde, l'un de ces personnages, en plein monologue, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://escoutoux.net/-Histoires-d-eux-" rel="directory"&gt;Histoires d'eux..&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://escoutoux.net/local/cache-vignettes/L150xH60/arton7765-99d5e.jpg?1784972598' width='150' height='60' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a parfois des journ&#233;es heureuses. Des journ&#233;es heureuses qui ont le go&#251;t de la paresse, du l&#226;cher prise, de l'oisivet&#233; la plus totale. Une journ&#233;e o&#249; par exemple, chacun se sent la plus grande libert&#233; pour se laisser aller &#224; de petits p&#233;ch&#233;s v&#233;niels. Mon plaisir coupable, c'est l'espionnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est lors d'une de ces journ&#233;es si particuli&#232;res que, fl&#226;nant dans les rues parisiennes, je rep&#233;rai un couple d'amis, attabl&#233; &#224; une terrasse, en discussion profonde, l'un de ces personnages, en plein monologue, &#233;tant visiblement en besoin de se livrer fr&#233;n&#233;tiquement &#224; l'autre. Je d&#233;cidai donc imm&#233;diatement d'en faire la victime de ma curiosit&#233;, et d'aller piocher dans ces destins quelques le&#231;ons, ou quelques joyeuses p&#233;rip&#233;ties. Je me pr&#233;cipitai donc &#224; c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; premi&#232;re vue, on discutait d'un homme. Je penchais l'oreille et vous livre ce qu'elle cueillit de ce monologue : Un homme beau, un homme monolithique et fort, robuste, charmant, iridescent. Un homme avec qui le courant passe tout de suite, aux d&#233;licieuses commissures des l&#232;vres, intelligent et &#224; la bouche dessin&#233;e et ce regard flamboyant, les cheveux aux reflets solaires. L&#224;, visiblement &#224; court d'&#233;pith&#232;tes, mon espionn&#233; commen&#231;a &#224; bafouiller, &#224; chercher d'autres tournures et, n'arriva, dans ses balbutiements, qu'&#224; prononcer la phrase suivante : &#171; cet homme, crois - moi, c'est l'or incarn&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, d&#233;rang&#233; dans mon voyeurisme auditif, offusqu&#233; d'abord d'entendre des propos que je trouvais d'un banal affligeant, je commen&#231;ai rapidement &#224; &#234;tre horrifi&#233; de comprendre que je devais, &#224; c&#244;t&#233; de toutes les belles propri&#233;t&#233;s de cet homme aurique, n'&#234;tre visiblement qu'un homme de plomb voire un homme de rien du tout. Je suis rentr&#233; chez moi les yeux perdus, le c&#339;ur battant et la t&#234;te chaude, avec une profonde envie de silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout jaloux et agac&#233; que j'&#233;tais, je ne pouvais m'emp&#234;cher de sentir de la piti&#233; pour cette jeune personne et sur ses propos sur son &#171; homme d'or &#187;. &#192; bien y repenser, je la voyais moins en amoureuse qu'en damn&#233;e, condamn&#233;e, dans des &#233;bats d'&#233;motion &#224; c&#233;l&#233;brer les qualit&#233;s de son nouveau tr&#233;sor. Une nouvelle personne s'&#233;tait pr&#233;cipit&#233;e dans la consolation de l'or, et j'en &#233;tais finalement triste pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'en v&#233;rit&#233;, la ru&#233;e vers l'or m&#234;me sous forme d'homme, n'a toujours &#233;t&#233; que source d'illusion et d'incommensurable regret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car nous sommes tous tromp&#233;s. Tromp&#233;s par cette inclination naturelle &#224; vouloir beaucoup, aimer beaucoup et s'&#233;tonner de n'avoir rien en retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il faut bien avouer que cette propension se retrouve dans l'inclination naturelle &#224; se sentir attir&#233; par l'or, par l'imm&#233;diat du naturel et du mat&#233;riel. Quand Mo&#239;se &#233;tait sur le mont Sina&#239;, &#224; discuter avec je ne sais qui, moi j'aurais &#233;t&#233; en bas, dans la farandole des idol&#226;tres &#224; adorer le veau d'or. Parce que l'or c'est beau ! Parce que l'or c'est joli ! parce que ce jaune fait bien sur une gourmette ou en boucle d'oreille ! Parce que moi aussi, j'aimerais bien qu'on parle de moi en ces termes, en me disant d'or massif !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces hommes monolithiques, inoxydables, lumineux et chatoyants, d'un superbe sans salissure, nous fascinent, nous invitent &#224; les consommer sans mod&#233;ration, &#224; se goinfrer d'or jusqu'&#224; l'asphyxie, pour satisfaire sa folie des grandeurs et se perdre comme un Midas. Dans le cas de notre homme d'or, il s'agit simplement de le regarder pour mieux le d&#233;vorer, d'&#234;tre pr&#233;cipit&#233;, dans sa contemplation, dans un d&#233;licieux vertige et de se baigner dans de tendres illusions de beaut&#233;. Le retour au r&#233;el est particuli&#232;rement difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Songez &#224; tous les aventuriers et autres orpailleurs, fous et en faillite apr&#232;s avoir perdu leur derni&#232;re chaussure en qu&#234;te de l'or des fous, ces fausses p&#233;pites qui ont ruin&#233; leurs destins. Songez &#224; l'odeur des chairs calcin&#233;es des Nains, br&#251;l&#233;es par les Dragons attir&#233;s par leur avidit&#233; et leur tas d'or. Songez &#224; toutes les princesses malheureuses, abandonn&#233;es par leur prince tout arm&#233; d'or et d'azur, que l'esprit chevaleresque pousse &#224; aller conqu&#233;rir d'autres c&#339;urs. Songez aux noy&#233;s, le cadavre souriant et les oreilles emplies du chant d'or des sir&#232;nes. Ces tristes figures n'ont pas eu de chance, mais quand m&#234;me, c'est un peu leur faute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car d'une gueule d'or, on ressort b&#233;at, et on attend monts et merveilles. On se condamne &#224; &#234;tre tromp&#233;, &#224; &#234;tre d&#233;&#231;u. Nous voici pris au pi&#232;ge, tomb&#233;s dans l'embuscade de la beaut&#233;, prisonniers de ces esp&#232;ces de Toutankhamon qui nous fascinent, qui nous obnubilent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple, nous avons tous un jour eu avec soi le portrait d'une de ses personnes aux traits d'or, dont nous avons, secr&#232;tement, d&#233;vor&#233;s les contours et admir&#233; l'auguste magnificence. Une petite photo, un petit poster qu'on a gard&#233; pr&#233;cieusement, &#224; qui l'on disait au revoir avant d'aller dormir, en ayant l'audace d'attendre une r&#233;ponse et que parfois, quand personne ne regardait, on gratifiait d'un faux baiser. Souvenons-nous, mis&#233;rable, les tristes polichinelles que nous &#233;tions, et &#224; quel point nous avons &#233;t&#233; les esclaves conscients d'une magnifique complexion d'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224;, une fois que nous sommes pris, il est trop tard. Nous sommes tromp&#233;s parce qu'en v&#233;rit&#233;, l'homme d'or se nourrit et se repose sur notre admiration, sur le vertige qu'il inflige. Parce que je suis s&#251;r que cet Apollon dont nous parlait la pauvre &#226;me en terrasse, comme tous les autres, ne sait pas comment faire autrement. En fait, je suis assez s&#251;r qu'il ne sait pas faire grand-chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'homme aurique, l'homme iridescent, n'a jamais eu besoin de rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, de quoi a-t-on besoin quand on ass&#232;ne sa beaut&#233; &#233;clatante aux autres ? Quel effort reste-t-il &#224; faire ? Avec tout le monde &#224; vos pieds et les autres jaloux, quel souci reste-t-il encore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'emprise que vous avez sur les esprits vous suffit &#224; tout r&#233;ussir, tout pouvoir entreprendre. Nul combat &#224; mener quand un sourire facile &#233;crabouille la concurrence. C'est bien connu, dans le monde du travail, il est quand m&#234;me de bon aloi d'&#234;tre homme d'or, de foudroyer d'&#233;clat. On vous embauchera mieux, on sera plus content de vous avoir et de vous voir. C'est comme si vous aviez les lignes de c&#339;ur, de vie et de CV qu'il faut d&#232;s la naissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est bien cela que s'est content&#233; de faire le h&#233;ros olympien mentionn&#233; par notre triste personnage, comme les nobliaux d'antan, il s'est content&#233; de na&#238;tre et puis c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passivement, sans volont&#233;, la vie lui a tendu les bras, c'&#233;tait une partie gagn&#233;e d'avance alors que pour certains, l'un des inconv&#233;nients d'exister, c'est qu'il faut bien &#234;tre quelque part avec la t&#234;te qu'on a sur les &#233;paules. Je ne dis pas que chaque destin ne subit pas les vicissitudes de l'existence, mais bon, on ne m'enl&#232;vera pas l'id&#233;e qu'il est quand m&#234;me mieux d'&#234;tre beau que de ne l'&#234;tre pas, d'&#234;tre d'or que de plomb.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, notre homme d'or n'a jamais cherch&#233; &#224; apprendre puisqu'il n'a jamais eu besoin. Il n'aura que rarement raval&#233; ou laiss&#233; &#233;cumer le go&#251;t amer d'un &#233;chec sur sa belle bouche, au demeurant inoxydable. Les emb&#251;ches et autres p&#233;rip&#233;ties tragiques de la vie auront pris soin de l'&#233;viter, comme si, elles aussi, elles &#233;taient intimid&#233;es par son aura.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, cet homme-l&#224; n'a pas souffert, il n'a pas buch&#233;, il n'a pas rat&#233;. La vie a &#233;t&#233; une succession d'adoration, un long fleuve tranquille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, c'est simple, cet homme-l&#224;, il n'a pas beaucoup v&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t qu'heureusement il est toujours trop tard, notamment pour apprendre &#224; vivre. C'est probablement vrai, quoique sujet &#224; d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquez tout de m&#234;me que sur cette course ingagnable avec le temps, nos amis les hommes de plomb, ou d'une quelconque mati&#232;re oxydable, sont en t&#234;te de course, car ils se sont &#233;prouv&#233;s et frott&#233;s &#224; plus d'asp&#233;rit&#233;s. Le laideron a souvent plus &#224; dire qu'une belle gueule. Peut-&#234;tre parce qu'il a eu besoin de plus de verbes dans sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'or sous forme humaine est comme l'or sous forme m&#233;tallique. Il manque de densit&#233;, il est ductile et se plie. Il est donc assez inconsistant. Cette inconsistance de fond semble m&#234;me, salutairement, corrompre jusqu'&#224; sa forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh oui, parce que les aur&#233;oles de lumi&#232;re divine hein, la flamboyance des &#233;clats dor&#233;s, tout &#231;a, patati et patata, c'est du d&#233;j&#224; vu, &#231;a n'impressionne plus. C'est un peu trop facile. Il suffit d'&#234;tre d'or pour que tout soit beau et bien, pour que chacun se gargarise et d&#233;vore des yeux ces Jupiter de lumi&#232;re ? Je ne le crois pas, ou en tout cas, je ne le crois plus car comme le disait Oscar Wilde, le beau sujet n'inspire rien &#224; l'artiste. Il lui manque un &#233;l&#233;ment fondamental, un &#233;l&#233;ment cardinal, c'est l'imperfection. Or si les imparfaits sont nombreux, ce sont leurs imperfections qui sont rares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui n'a jamais &#233;t&#233; surpris, boulevers&#233; longtemps, par l'imperfection d'un affreux visage ? Qui n'a jamais gard&#233; en son souvenir une peau, une jambe, une posture atroce, qui a &#233;t&#233; remarquable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'en fait, la v&#233;ritable raret&#233;, la v&#233;ritable richesse, est celle des gens que l'or a en horreur, elle se trouve dans les corps dont les saillances sont souvent d&#233;goutantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en r&#233;alit&#233;, je voudrais dire &#224; la foule des fr&#232;res et s&#339;urs biscornus, que ce sont bien eux les seuls extraordinaires. &#192; la rhapsodie des tristes figures, &#224; tous les pots v&#233;ritablement pourris des accident&#233;s de la forme, des teints terreux et ferreux, aux bourlingueurs de la laideur et autres imperm&#233;ables de la beaut&#233;, envoyons un message d'espoir. Personne, personne ne sera jamais comme vous, vous &#234;tes, unique et votre laideur laissera une marque ind&#233;l&#233;bile. C'est d'eux que nous devrions chanter les louanges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nez d'une telle grosseur Monsieur, quelle aubaine. C'est que, comme Cyrano, vous avez du flair ! Et Votre nez &#224; vous, Monsieur, il n'est pas &#233;pat&#233;, il est &#233;patant ! Ce subtil m&#233;lange de rugosit&#233; capitonn&#233;e et de d&#233;licieux rouge carmin ne se retrouve que sur les premi&#232;res m&#251;res de l'&#233;t&#233;. En fait, vous n'avez pas un nez d'ivrogne, vous avez un nez de vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nez d'Apollon, tout fin qu'il est, doit laisser passer assez peu d'oxyg&#232;ne. Il &#233;voque le marbre et le froid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; vous, Madame, la dissym&#233;trie de votre visage fait seule figure de r&#233;futation de toute logique physique. Vous &#234;tes l'art moderne faite face, l'abstraction faite chair, vous &#234;tes en perspective sur une surface plane. Il para&#238;t que la Nature, disait Galil&#233;e, est &#233;crite en langage math&#233;matique. Je suis heureux de vous dire, Madame, que vous &#234;tes une &#233;nigme de la nature. Vous &#234;tes le Prix Nobel que l'on n'a pas encore trouv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bel Adonis, lui, ne sera jamais une &#233;nigme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, peut-&#234;tre, les propos que j'aurais d&#251; tenir &#224; notre amie en terrasse, visiblement hypnotis&#233;e par l'un de ces escrocs sans &#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre qu'en l'affligeant d'une trogne d'anti-Phoebus, d'une trogne de rouille, j'aurais pu l'aider et lever son ensorcellement. Moi aussi j'&#233;tais abattu et d&#233;peupl&#233; de courage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma foi, peut-&#234;tre que j'essayerai demain. Je vous en parlerai la prochaine fois.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;L&#233;o Gironde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Heureusement, il est toujours trop tard.</title>
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&lt;p&gt;Voil&#224; qui est tout de m&#234;me curieux. S'il y a bien une mesure avec laquelle on ne joue pas, on ne transige pas, c'est bien celle du temps, la ressource finie par excellence. Laisser tra&#238;ner, faire l'apathique, gaspiller son temps, voil&#224; bien des comportements ha&#239;s du sens commun, syst&#233;matiquement fustig&#233;s, dans la mesure o&#249; nous avons une sainte horreur de l'impuissance &#224; faire les choses dans leur temps imparti. Qu'on songe &#224; nos nombreux proverbes en la mati&#232;re (Il n'est jamais trop tard pour bien (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://escoutoux.net/local/cache-vignettes/L150xH60/arton7818-587b5.jpg?1784972598' width='150' height='60' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224; qui est tout de m&#234;me curieux. S'il y a bien une mesure avec laquelle on ne joue pas, on ne transige pas, c'est bien celle du temps, la ressource finie par excellence. Laisser tra&#238;ner, faire l'apathique, gaspiller son temps, voil&#224; bien des comportements ha&#239;s du sens commun, syst&#233;matiquement fustig&#233;s, dans la mesure o&#249; nous avons une sainte horreur de l'impuissance &#224; faire les choses dans leur temps imparti. Qu'on songe &#224; nos nombreux proverbes en la mati&#232;re (Il n'est jamais trop tard pour bien faire, demain il sera trop tard, mieux vaut tard que jamais, ne remets pas &#224; demain ce que tu peux faire aujourd'hui). Une &#233;thique reprise de mani&#232;re assez constante par de nombreux moralistes ou politiques : souvenez-vous que l'avenir appartient &#224; ceux qui se l&#232;vent t&#244;t, que vouloir trop tard, c'est ne pas vouloir (S&#233;n&#232;que).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, de la plus vieille maxime moraliste &#224; la plus r&#233;cente br&#232;ve de comptoir, il semble qu'il n'y a rien d'acceptable, encore moins d'heureux, &#224; ce qu'il soit trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, pourtant que peut-on faire contre la fatalit&#233; du temps qui passe ? Doit-on vouer aux g&#233;monies les victimes pass&#233;es &#224; c&#244;t&#233;s des moments rat&#233;s ? N'y a-t-il rien &#224; savourer dans un &#233;ternel trop tard ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et bien si. Le retard avec un moment d&#233;cisif, l'impuissance &#224; le modifier s'av&#232;rent &#234;tre des profonds ressorts de cr&#233;ation, et nous placent dans une posture tr&#232;s singuli&#232;re. Cette mise &#224; l'abri des &#233;v&#233;nements est une source intarissable de connaissance, d'&#233;motion, et, peut-&#234;tre pour certains, de bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il est trop tard, tout est r&#233;volu, in&#233;luctable, inexorable tout est accompli, tout est termin&#233;. Il ne reste rien seulement que les s&#233;quelles d'un pass&#233; r&#233;volu, intransigeant pour lequel nous n'avons, par d&#233;finition, pas &#233;t&#233; d&#233;cisif. La saveur de ces &#233;v&#233;nements persiste et se mue en go&#251;t tant&#244;t amer, tant&#244;t acide, parfois heureux. Ainsi, s'il n'y a plus d'agir possible, tout reste encore &#224; r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette prise de distance avec le temps, ce retard in&#233;vitable avec les choses de la vie nous place dans la position de contemplateur. En effet, c'est parce qu'il est trop tard que l'on regarde les &#233;v&#233;nements dans ce qu'ils ont de plus pur, de plus entier. Quand tout est bien fait, rien n'est &#224; changer. L&#224;, dans cet espace, se trouve le for de la v&#233;ritable angoisse, du v&#233;ritable &#233;merveillement, ces postures qui nous exfiltrent de la turpitude des &#233;v&#233;nements et nous forcent &#224; contempler la trivialit&#233; des p&#233;rip&#233;ties. Cette disposition est en fait heureuse, car elle nous donne les conditions de la d&#233;couverte et de l'exploration. Nous voici transform&#233;s en d&#233;chiffreurs de causes, de raisons et autres lignes de force ayant pr&#233;sid&#233; &#224; la survenance d'un moment particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar de l'auteur de cette phrase, dont le nom &#233;voque un nez court et plat, l'&#339;uvre est un vertige litt&#233;raire, il ne peut y avoir de vraie connaissance de sa culpabilit&#233; sans avoir contempl&#233; son crime inexorable. Dans l'&#339;uvre en question, la Chute, le narrateur ne peut avoir de v&#233;ritable acuit&#233; du sentiment coupable sans en souffrir l'entier poids, dont seul le temps arrive &#224; rendre la densit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de culpabilit&#233;, qui mieux que notre profession (l'avocature) s'enorgueillit de pouvoir s'alimenter du toujours trop tard ? S'il est mieux de pr&#233;venir que gu&#233;rir, et que mieux vaut tard que jamais, il faut tout de m&#234;me reconna&#238;tre que c'est l'inexorabilit&#233; du pass&#233; que nous traitons. C'est au pass&#233; que nous donnons sa qualification, son sens, en fin analyste des faits r&#233;volus. Heureusement pour nous qu'il est trop tard, c'est dans ce cadre que toute notre connaissance juridique se d&#233;ploie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette richesse du posteriori semble m&#234;me &#234;tre la base de toute d&#233;couverte intellectuelle. Reprenons la citation (compr&#233;hensible pour une fois) d'Hegel, qui laconiquement, nous &#233;crit que &#171; la chouette de Minerve s'envole &#224; la tomb&#233;e de la nuit &#187;. Et oui, l'on ne r&#233;fl&#233;chit et l'on ne comprend que trop tard. Il nous est impossible de dessiner &#224; l'avance les contours du monde du futur. On ne sp&#233;cule pas sur les lendemains. Dans la turbulence et l'effervescence des &#233;v&#233;nements, la pens&#233;e est trop rapide et le plus souvent inf&#233;conde. Seule, la recollection des &#233;v&#233;nements permet leur red&#233;couverte. En fait, il n'y a que des le&#231;ons apprises trop tard, que des explications tardives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; des connaissances, il existe un v&#233;ritable bonheur &#224; ce que tout arrive trop tard. Nous nous retrouvons investis d'une nouvelle force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple : Imaginez (nul doute que cela ne vous soit jamais arriv&#233;) que vous vous trouvez un soir devant un ami/un ennemi/un inconnu. Vous discutez d'abord aimablement, puis le discours s'emballe. Votre interlocuteur se rend d&#233;testable, vous ha&#239;ssez ses id&#233;es et entreprenez de lui d&#233;montrer son n&#233;ant intellectuel. Mais, stup&#233;faction : vous &#234;tes pris &#224; d&#233;faut, et la parole vous &#233;chappe. Votre belle posture se liqu&#233;fie. Vous vouliez r&#233;pondre, fustiger, d&#233;montrer, triompher et vous vous &#234;tes couvert de ridicule, vous &#234;tes la honte incarn&#233;e. Penaud, vous rentrez chez vous, le regard triste, les yeux perdus et la t&#234;te en feu. Il est trop tard, comme toujours, vous &#234;tes vaincu, d&#233;fait, d&#233;poss&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le lendemain, la triste figure encore empreinte de votre d&#233;convenue de la veille, la mine rembrunie et les oreilles encore chaudes, vous allez sous la douche. Alors l&#224;, merveille in&#233;galable : vous devenez le plus grand des jouteurs verbaux de la cr&#233;ation. Quel sentiment de puissance alors &#224; &#234;tre tout dispos&#233;, tout incarn&#233;, tout propre, &#224; r&#233;pondre &#224; haute voix contre votre pauvre pommeau sans r&#233;plique aux arguments de la discussion de la veille ! Quel orgueil infini &#224; triompher d'un ennemi imaginaire, de cette odieuse n&#233;m&#233;sis de la veille. Quelle joie de lui ass&#233;ner fr&#233;n&#233;tiquement tous les coups manqu&#233;s d'hier. Qui ne s'est jamais senti fier, et substantiellement majestueux, justement &#224; prendre sa revanche sur le temps rat&#233; ? L'esprit est fort &#224; se m&#233;nager une sauvegarde, &#224; refaire les &#233;v&#233;nements et &#224; sublimer son pass&#233;. Vous voyez, vous valez mieux que &#231;a ! Il est vrai qu'il sera toujours trop tard, mais la prochaine fois, heureusement, on ne vous y prendra plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend bien alors le bonheur du tardif, de la contemplation d'un pass&#233; pond&#233;rable dont le sens se r&#233;v&#232;le &#224; sa fin. Nous ne sommes pas les petites victimes de l'in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignons toutefois qu'il arrive que notre prise de distance avec les &#233;v&#233;nements soit la source d'une grande tristesse. Elle n'en est pas moins forte de signification et source insondable de richesse &#233;motionnelle. Pensons par exemple &#224; tous les regrets, tous les mots d'amour que nous n'avons jamais dits &#224; temps, &#224; tous les gestes de tendresse qui ne pourront plus &#234;tre faits. Le mot qu'on n'a pas dit est-il aussi fort, aussi plein et total que celui qu'on a dit &#224; temps ? R&#233;v&#232;le-t-il la m&#234;me &#233;motion ? Doit-on rechercher le temps perdu, si en fait, on n'en manque pas ? On n'aime jamais plus que quand il est trop tard. Alors fatalit&#233; peut-&#234;tre, mais quelle profondeur d'&#226;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre m&#234;me en arriverons-nous un jour &#224; &#234;tre lib&#233;r&#233; des affres du temps qui passe. Peut-&#234;tre arriverons nous &#224; vivre un jour sans mesure et en v&#233;rit&#233;, quelle belle disposition cela serait, et surtout quel bel art de perdre sa course, d'&#234;tre, en pleine conscience, l'&#233;ternel retardataire, l'oisif, l'indolent ! Quelle douceur &#224; &#234;tre celui qui agit trop tard sans jamais s'en soucier, qui ne subit plus les affres des d&#233;lais et des ponctualit&#233;s. Quelle beaut&#233; &#224; &#234;tre en dehors des corv&#233;es du temps, &#224; ne pas &#234;tre un homme press&#233; ! Il est trop tard pour faire telle chose, tr&#232;s bien, tant pis, au revoir ! C'est la fin de la course fr&#233;n&#233;tique, la fin de la peur de la peur des cons&#233;quences. Il n'y a pas moins probl&#233;matique que le d&#233;lai expir&#233;, il n'y a plus de peur de ne pas le respecter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;. Il est toujours trop tard, tr&#232;s bien ! La contrepartie est que jamais plus, jamais plus il n'y aura d'angoisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;jouissons-nous, il n'y a plus rien &#224; craindre.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;L&#233;o Gironde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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