Valentin l’éternel

Le roman de Daniel Tiple relève du merveilleux, cet espace de rêve qui gomme l’impossible. Ce merveilleux coule d’une plume vive, limpide, soutenue par une intrigue haletante de rebondissements en suspens. L’histoire se passe près de Thiers...

À force d’explorer le passé, c’est un souvenir bien présent qui va se révéler à Pierre Montjotin, savant passionné d’histoire. Une grande découverte fait parfois parler d’elle. Ce sera le cas dans cet ouvrage, tant le rêve de l’éternelle jeunesse est cher aux cœurs des hommes depuis leur apparition sur la planète bleue. Évidemment, ce que va faire l’humanité de cette révélation peut paraître surprenant. Et pourtant… combien de merveilleux secrets, d’œuvres d’art sublimes, de connaissances inestimables se sont évanouis avec la perte de ceux qui en étaient les dépositaires ? Souhaitons seulement que le travail de Pierre Montjotin ne disparaisse pas, lui aussi à son tour, dans le tourbillon de l’Histoire, la vraie.

Extrait
Pierre était à la poursuite d’un de ses ancêtres. Brusquement, il comprit que sa prospection s’arrêterait d’elle-même. Les recherches concernant l’ascendance de son lointain aïeul n’iraient pas plus loin. Valentin Bonnet était un enfant trouvé, de père et de mère inconnus, abandonné, un petit matin de printemps, devant l’église du village. Pierre rapporta songeur à la secrétaire de mairie les précieux registres.
- Ce Valentin aura été une profonde déception pour moi, aujourd’hui, confia-t-il en prenant congé de l’employée communale.
- Vous connaissez Valentin Tardieu ? se hasarda à répondre son interlocutrice.
- Il ne s’agit pas du même. Le mien est né en 1771. Que fait donc le vôtre ?
- Tardieu vit misérablement, au-dessus du hameau de Tocade, au milieu de ses moutons, sur le domaine des Fougères. C’est un vrai sauvage, un idiot de village, un « bredin » selon l’expression d’ici. Il garde sa vieille mère, ajouta sa vis-à-vis, avec un éclair dans les yeux. On ne le voit jamais, sauf au bal du quatorze juillet, quand il y en a encore un. Il se croit alors obligé de faire le coq de village, à cette occasion.
- Il est d’ici ? répondit Pierre qui avait appris, depuis longtemps, à ne plus croire au hasard.
- D’où voulez-vous qu’il soit ? Personne ne vient plus s’installer chez nous, depuis belle lurette. On reçoit de temps à autre des familles hollandaises ou anglaises mais, après un hiver passé au pays, elles repartent pour des cieux plus cléments. On les comprend.
- Cela vous protège des grandes invasions, la consola Pierre.

Après avoir pris congé, il se dirigea vers la petite église du village. Il pesta contre la pluie et les rafales de vent qui, même pendant la belle saison, étaient présentes, avant de pousser la vieille porte du cimetière qui jouxtait l’édifice religieux. Le champ des morts peut réserver à un généalogiste quelques bonnes surprises. Il parcourut lentement les allées de la petite nécropole silencieuse et paisible, comme il plaisait à des défunts convenables. À son grand étonnement, il découvrit une tombe, où étaient ensevelis des membres de la famille Bonnet. La concession était bien délabrée, la mairie ne tarderait pas à reprendre l’emplacement, vu l’état d’abandon de la sépulture. Pourtant, c’était bien de lointains ancêtres de Pierre qui reposaient là. Rapidement, il calcula ce qu’il allait lui en coûter, pour rendre cette dernière demeure décente, au meilleur prix. Après un court instant de recueillement, plus formel que sincère, il se dirigea vers la sortie.

En s’éloignant, son regard accrocha une autre sépulture, au nom de Tardieu. Ils devaient bien être une dizaine là-dedans, qui dormaient de leur ultime sommeil. Pierre se prit à calculer les âges de ceux qui gisaient là. Décidement, l’air vivifiant de la montagne n’en avait pas tous fait des centenaires. Il s’en voulut, un court instant, de son indiscrétion.


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