Les cailloux B. ne perdait pas de temps. Sitôt l’écume en-allée, il se penchait sur le nid grouillant de cailloux multicolores. Il s’était rendu compte, à la longue, qu’il fallait laisser les pierres recracher leurs dernières bulles pour mieux les dominer. Alors il se penchait et prenant son temps, faisait son tri. Pierres oblongues marbrées de rouge, de jaune ou de blanc, fausses pépites, galets poreux, scrupulus verdâtres, il leur trouvait à tous un intérêt, ne serait-ce que celui de l’aider à tuer le temps. Ce temps qui passait et qui, pourtant, dans sa fuite, le rapprochait d’elle. Car même au milieu de ces cailloux, l’esprit de B. ne pouvait se passer de la silhouette longiligne de J. Il avait encore en mémoire cette nuit sans étoiles où il cherchait désespérément son corps. Elle riait en se sauvant devant ses bras qui cherchaient à tâtons. Il brassait l’air comme aujourd’hui il soupesait les petites pierres de ce coin de plage andalouse.
Il la trouvait parfois, lorsque l’émail de ses dents perçait l’obscurité. Il savait qu’elle était là, juste derrière, à l’épier, à se cacher pour mieux savourer le moment où il allait la prendre. Ils appelaient ça le « jeu du noir ». Et lorsque B attrapait J. à plein corps, lorsque la paume de ses mains caressait sa chaire chaude et sombre, lui revenaient ces paroles sentencieuses de G.T « mon gars, sais-tu ce qui différencie une femme noire d’une femme blanche ? Non, tu ne sais rien ! Et bien sache qu’une femme noire n’est qu’un sexe, un immense sexe. Tout dans son être n’est que le pli ou le repli d’un sexe. Médite, mon garçon, médite ! »
Il n’avait rien compris lui qui aimait J. de tout son corps, de toute son âme. Mais à cet instant précis, il était là à ramasser ses cailloux ; elle, repartie si loin et sans doute allongée sur une plage à gorger sa peau d’un soleil africain.