Les amours d’Aline de Bocestor et d’Etienne de Thiers

Histoire vraie ? Légende ? Sans doute un peu des deux ! L’incroyable destin que partagèrent au 13ème siècle Aline de Bocestor et Etienne de Thiers reste bien peu connu du grand public. Et pourtant quel drame antique, shakespearien même ! L’histoire de nos jours peut paraître incroyable : deux jeunes gens s’aiment mais leur différence de rang les empêche de vivre pleinement leur amour. Beau scénario pour un roman à l’eau de Rose ou un téléfilm de série B. Seulement voilà, nous sommes en 1250 et en ce temps là, on ne plaisante pas : on se marie d’abord, on aime –éventuellement- ensuite. Aline et Etienne n’auraient pas du échapper à la règle Ce récit retrouvé par Alexandre BIGAY il y a …très, très longtemps , enrichi des travaux de Jacques YTOURNEL et de Joseph GAUVIN s’appuie sur des faits réels. Les personnages ont réellement existé, leur aventure fit un tel scandale à l’époque qu’elle déboucha sur un procès dont les pièces furent méticuleusement reconstituées pour offrir le récit qui va suivre.

Préface Jean-Luc Gironde

Tout d’abord, il faut savoir que parmi les célébrités dont l’histoire de Thiers est riche, deux Etienne sont passés à la postérité. Etienne de Grammont, plus connu sous le nom d’Etienne de Muret, fils d’une riche famille thiernoise, homme pieux et charitable qui, avant d’embrasser la carrière ecclésiastique fit don aux pauvres de tous ses biens. C’est lui qui fonda l’ordre des Grammontins. Dans le square des GramMonts le bien nommé subsistent quelques vestiges du couvent qu’il créa en ce lieu. Mais c’est l’autre Etienne- fils du seigneur de Thiers- qui nous intéresse plus particulièrement.
Etienne beau chevalier, de belle allure et de haute lignée tomba amoureux d’une femme d’une beauté si belle que les archives retrouvées le mentionnent. Elle s’appelait Aline de Bocestor, un joli nom aujourd’hui disparu. Elle aussi aimait Etienne passionnément, éperdument, elle se serait damnée pour lui. Mais cet amour partagé était impossible. Depuis son plus jeune âge, le père d’Etienne avait arrangé son mariage avec Blanche de Vollore fille du seigneur de ce lieu. Mariage d’alliance, mariage de raison mais sûrement pas un mariage d’amour. Seuls comptaient pour les familles à la base de ces tractations leurs intérêts et bien qu’Etienne eut confié à son père l’amour qu’il portait à Aline, celui-ci ne voulut rien entendre. Il n’était pas question d’une mésalliance : la promise irait au promis. Et ainsi fut fait. La mort dans l’âme, Etienne se plia aux injonctions paternelles. Le mariage d’Etienne et de Blanche fut célébré en grande pompe, les cloches de Vollore volèrent à toute volée. Etienne fut ce jour impassible et le mariage ne fut pas consommé.

Etienne ne pouvait chasser de son esprit la belle et douce Aline. Dès le lendemain, il prit la campagne, forçant le cerf, chassant le loup et le sanglier, chevauchant à s’en exténuer, prenant part à tous les tournois. Blanche humiliée ne quitta plus sa demeure où son mari ne venait guère.
De son côté, Aline désespérée chercha l’oubli et la piété et finit par aller frapper à la porte des Bénédictines de Courpière. Avec foi, elle s’aliéna dans la prière, la pénitence et la mortification mais malgré cela le beau et doux visage d’Etienne revenait. Entre elle et dieu, il y avait un homme. A cela, elle ne pouvait rien. Elle s’astreignait aux travaux les plus ingrats, se montrait exemplaire dans l’exercice de la règle. Tout cela en vain : Etienne malgré le monde, au-delà des usages et de la raison, Etienne était en elle. Lui, brisé, conscient de la peine qu’il infligeait à Blanche mais obsédé par le souvenir d’Aline ne songeait qu’à la revoir.
Il décida la revoir ! Un geste qu’il savait fou mais qu’il comptait réaliser grâce à une complicité qu’il avait dans le couvent où Aline s’était réfugiée. C’est par ce biais qu’il arriva à lui faire parvenir un billet. En cachette et toute tremblante, Aline lut la belle lettre d’Etienne. Elle n’ y répondit pas. Etienne s’entêta il multiplia les envois plus enflammés les uns que les autres. Il alla jusqu’à lui proposer de l’enlever ! Aline refusa. Il en fallait plus qu’Etienne se résigne ! Il revint à la charge. Aline bouleversée ne savait plus que faire : d’un côte son devoir de future religieuse, de l’autre cet amour immense qu’elle ne pouvait chasser. Ce combat interne fut terrible d’autant qu’elle ne pouvait se confier à personne. Petit à petit, telle une douce drogue l’idée de l’enlèvement fit son chemin et elle finit par la faire sienne.
Une nuit sans lune, le beau chevalier pénétra dans le couvent des Bénédictines et enleva celle qui habitait son âme.





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