Les Cucurbitacées de l’ours...

Une chronique de Jean-luc Gironde.

L’ours - et plus précisément celui du Livradois Forez - aime bien les cucurbitacées. C’est de saison disent les marchands qui croient que l’ours est un animal semblable à eux. Or si l’ours est un humain qui s’ignore, son penchant pour ces légumes d’un autre âge n’est qu’une forme sublime de nostalgie. C’est comme les marrons qu’il ramassait encore nichés dans leur bogue. A cette époque il était très petit, c’était du temps où il y avait encore des arbres, il en porte toujours les traces discrètes à la paume de ses pattes. A chacun ses madeleines et celles de l’ours ont un goût de marron. Il n’en parle pas, il le sait et cela lui suffit.

Certes, il y a le potimarron. C’est une variété de l’espèce Cucurbita maxima, dont le fruit a une forme de poire ou de toupie, de couleur rouge brique ou même rose, bronze ou verte par mutation. L’ours aime sa chair jaune et farineuse qui a la saveur de la purée de châtaignes. On l’appelle aussi courge de Chine preuve que les Chionis sont partout !

Au Pérou, dans l’écorce de la Chiclayos, cette grosse courge pâle dont le coeur a la douceur des fraises, on y taille des écuelles. C’est pratique quand on manque de gobelets.

Chez les Indiens Cherokees -qui ne roulent pas en Jeep- la citrouille et autres courges d’hiver avaient dans leurs entrailles des pépins précieux qui, infusés, permettaient de guérir les coliques, de diminuer les pierres aux reins, de calmer la fièvre et les problèmes urinaires, de réduire l’oedème, etc. Une poignée de pépins broyés, infusés dans 1/2 litre d’eau bouillante à couvert pendant 20 min. sur feu doux et 30 min. de repos hors du feu faisaient des merveilles. Montaigne souffrait de la maladie de la pierre mais il ne connaissait pas les indiens Cherokees.

Mais surtout, les tranches de citrouille faisaient un malheur : posé sur la tête d’un malade atteint d’une crise de délire, cette cucurbitacée avait la propriété de créer un choc psychique. Étonné, sidéré de se retrouver coiffé d’une citrouille, le malade –même celui dont l’esprit était bien dérangé – se remettait d’aplomb. Il est certain qu’un tel commerce ferait recette aujourd’hui. Suffit de planter les citrouilles, les fous n’étant pas une espèce en voie de disparition.

Et l’ours ne s’y trompe pas. C’est avant tout le légume qu’il apprécie pour sa douceur et son léger goût sucré. Comme la paysanne, qui récoltait les citrouilles dans son jardin à la tombée de l’automne, il s’en réserve toujours quelques unes, de la taille d’un melon, pour les cuire sous la cendre et les manger comme des pommes de terre au four.

Il n’empêche, les cucurbitacées sont de bien étranges plantes. Et l’ours un délicieux plantigrade !

Jean-Luc Gironde