Le grand cirque de Mauricia de Thiers

Femme parmi les femmes, sa silhouette gironde et ses exploits fascinèrent le monde entier. Elle faisait des loopings en voiture, sautait dans l’eau avec un cheval et s’envoyait en l’air dans un panier d’osier. Aux jeux du cirque Mauricia Bétant fut une déesse. Elle connut Utrillo, Derain, Bonnard, Picasso, Chagall… Toute une (belle) époque.

Ah ! Qu’elle était joie la belle marocaine de 20 ans qui en cette année 1900 vendait des produits d’Afrique du Nord à l’exposition universelle de Paris ! Pourtant, du Maghreb, Anaïs Mauricette, dite Mauricia, Bétant, née à Thiers en 1880, n’en connaissait rien. Mais comme elle ne manquait pas de culot et avait décidé une fois pour toutes de vivre sa vie, donner l’illusion qu’un sang maure coulait dans ses veines, fut pour elle, un jeu d’enfant. Il lui suffit de se taire, de cligner de l’œil et d’indiquer de l’index le prix de l’objet demandé pour donner le change. Ce qu’elle fit avec un certain talent.

Sans doute le désir de plaire s’insinua-t-il dans les méandres de cette peau belle et blanche que des formes pour le moins arabesques rehaussaient superbement. Ça sentait le Byrrhe et la cannelle dans ce Paris de 1900 où l’on croisait –merveille !- la jambe leste de La Goulue, celles plus courtes de Toulouse-Lautrec, le canotier de Renoir et le galure de Bruant. Mauricia avait 20 ans en ce début de 20ème siècle et un appétit de vivre grand ouvert où s’engouffraient les frous-frous parfumée de cette époque mythique.
Mauricia voulait l’aventure, elle ne fut pas déçue. Tout bascula –c’est le terme- pour elle lors de sa rencontre avec Diavolo, quidam devenu célèbre par son numéro de bicyclette appelé « Looping in the loop ». Car Mauricia se targua d’en faire autant. Avec la collaboration d’Alonzo Perez, peintre et ingénieur à ses heures, elle mit au point l’époustouflant numéro intitulé « L’auto-météore ». Ce jeu de casse cou consistait à se placer dans une petite voiture fixée sur des rails et qui se retrouvait projetée entre ciel et terre à vingt-deux mètres de hauteur avant de redescendre. Ce spectacle qui durait… huit secondes s’arrêta le 11 juin 1906, quand la voiture de Mauricia s’écrasa à Lisbonne devant la fine fleur de l’aristocratie portugaise. Par la suite, elle se contenta d’un saut périlleux à cheval et du fameux bilboquet, terrible saut de quarante mètres dans le vide dans lequel « mademoiselle Mauricia après avoir pris place dans le fauteuil fixé sur la boule, produit un déclenchement. La boule est alors brusquement lancée dans le vide. Arrivée au point culminant, elle décrit un saut périlleux et complet et vient se planter sur le poteau placé à douze mètres de hauteur ». On connaissait l’homme canon, voilà qu’arrive la femme bilboquet. Revenue sur terre quelques années plus tard et mariée en secondes noces au critique d’art Gustave Coquiot, elle vécut une vie riche de rencontres en croisant Rodin, Degas, Renoir, Matisse, Utrillo, Chagall, Picasso, Modigliani, pour ne citer qu’eux.

Elle s’éteignit en 1964 à Othis en Seine-et-Marne, commune dont elle était maire. Cette thiernoise bien trempée n’avait pas la langue dans sa poche et il est vrai qu’elle gagne à être connue. « Un jour d’été – raconte-t-elle- je grimpais sur des arbres posés en tas sur le bord de la route. Je n’avais pas de pantalon. Un vieux monsieur s’arrêta et me morigéna sévèrement : « tu n’as donc point de pudeur ? me dit-il avec un geste indigné. « Hé ! - répliquai-je- si tu ne levais pas les yeux, tu ne verrais pas mon portefeuille ! ». Culottée la gamine, non ?

Jean-Luc Gironde

Pour mieux connaître ce personnage haut en couleur, plongez-vous dans le livre d’Alain Woodrow « La femme bilboquet » publié aux Editions du Félin.

Chronique publiée sous licence creative commons

Portfolio

  • image prise rue de la Coutellerie à Thiers