La guerre 1939-1945

Fernand Planche : émouleur et écrivain
par Georges THERRE

Après ses années d’enfance douloureuse, c’est la deuxième période noire pour notre compatriote. P.V. Berthier connaissait particulièrement bien cet épisode. L’histoire commence de manière rocambolesque : dans les premiers mois de 1939, Fernand Planche accueille un parmi cent, un inconnu qui s’apprête à s’établir à Stockholm et lui demande un lettre d’introduction pour un des correspondants de Planche. Sans malice, Fernand fait le mot et oublie l’inconnu. La guerre éclate, l’individu reste en Suède, il est déclaré déserteur. On perquisitionne chez sa mère en France, on trouve une lettre qui mentionne la lettre d’introduction de Planche. Celui-ci a beau protester de sa bonne foi et rappeler que la lettre a été écrite en période de paix, on perquisitionne chez lui, on trouve une lettre parlant du roman Faux Passeport de Charles Plisnier. Vu les idées de Planche, on le prend pour un faussaire et on l’enferme à la Santé. Il y passe tout l’hiver 39-40, particulièrement froid, dans une cellule non chauffée. Fernand bat la semelle, boit du lait et se plaint du vin qui est mauvais. Il médite de sa mésaventure et entrevoit une défense : « ce n’est tout de même pas un billet qui lui a permis de quitter la France !... Le plus grand responsable de sa fuite c’est celui qui lui a délivré son passeport ! » Et il écrit froidement au Garde des Sceaux pour demander l’arrestation du Préfet de Police ! Grand scandale ! On sort Fernand des oubliettes mais c’est pour le jeter dans le camp de concentration de Maisons-Laffitte qui détient de véritables malfaiteurs et des malchanceux comme lui.
Lors de la débâcle de 1940, le camp est évacué et les détenus s’en vont en colonne à pied, encadrés et suivis de soldats qui ont pour ordre de fusiller les traînards. Un bombardement à Meung-sur-Loire provoque le sauve-qui-peut, et Planche, hagard, s’enfuit à Issoudun à bicyclette et se dirige vers Issoudun, à 120 Km de là. Où habite son ami P.V. Berthier. Il y parvient, le 18 juin au soir, épuisé, couvert de poux affamé. Enfin il peut se laver et manger.
Et voilà notre Fernand à nouveau bavard et jovial !
Quelques jours après, il pédale joyeusement en s’écriant, le visage fendu par un large sourire : « Le petit ange, je suis le petit ange ! » Il repartira d’Issoudun avec dans ses bagages un gros saucisson et le Code Napoléon qu’il vient de découvrir avec ravissement ! Il parcourt à vélo les 240 Km qui le séparent de Paris et retrouve Laure et son magasin.

Enfin la paix pensez-vous ? Pas du tout. La justice française s’acharne sur son histoire de désertion, Fernand a fermé le magasin et travaille en usine : il apprend un soir à la sortie du travail qu’on l’attend à la maison pour l’arrêter. Or, à l’époque, être arrêté, c’est être mis sur une liste d’otages qu’on livre aux Allemands quand ceux-ci veulent se venger d’un attentat. Alors Planche erre des jours entiers dans Paris, sans chercher à trouver refuge pour ne compromettre personne. Comment sortir d’une pareille impasse ? Eh bien il trouve une solution ahurissante dans son désarroi de fuyard pour survivre… Il se présente à un bureau chargé de recruter les travailleurs volontaires pour l’Allemagne et signe pour un an ! C’est la politique de Gribouille qui plonge dans la mare pour échapper à la pluie. La solution peut déplaire aux héros idéalistes mais elle a au moins le mérite de l’imagination et de l’efficacité !
Le voilà tout de suite à Berlin, terrorisé par l’Allemagne nazie, il travaille dès le début comme un forcené pour être à la hauteur des autres et passer inaperçu… Et les ouvriers allemands lui font comprendre qu’il doit faire moins de zèle ! C’est ce jour-là que Fernand remonte de l’abîme moral dans lequel il est plongé. Il est bien traité car il est l’un des rares à savoir travailler l’acier au tungstène. Il reprend si bien courage qu’il essaye même de faire évader un ami prisonnier. Il ne renouvelle pas son contrat, et rentre à Paris en 1942, où enfin on classe définitivement son affaire en justice. Ses amis anarchistes l’ont soutenu, montrant par là qu’ils ont bien compris qu’en fait, Fernand n’a pas trahi leur cause mais seulement cédé à la nécessité.
Mais la guerre ne l’oublie pas complètement. Le 3 mars 1942, un bombardement endommage le 42 de la rue de Meudon. On reloge les sinistrés dans Paris. C’est la dernière grande secousse. Le 3ème étage où il loge désormais prend tout naturellement le nom de « Comptoirs Thiernois » ! Et le va-et-vient avec la cité thiernoise reprend tant bien que mal. Enfin, en août 44, au coin de sa nouvelle rue, il voit les trois premiers tanks de l’armée Leclerc. Un page est tournée.

A suivre La cité Dupetit-Thouars - La carrière littéraire