La fumisterie du bioéthanol Écrit par Matt Lechien - 2007 © Les infos réalistes
Jusqu’où pourront bien aller les industriels et les politiques pour maintenir le consommateur à la pompe ? Visiblement ils ne reculent devant rien sous l’œil décidément fort complaisant des journalistes qui feraient bien de se documenter un peu plus ou de carrément annoncer au public qu’ils sont les lécheurs de bottes patentés du pouvoir économique. Comment a-t-on pu laisser dire autant de conneries sur le soi-disant bio éthanol ? La question est posée et je vais m’empresser d’y répondre afin de remettre vite fait bien fait les choses à leur place.
Le bioéthanol est aussi bio que le pétrole et l’uranium le sont avant leur processus de transformation chimique. Employer le préfixe bio pour un produit chimique qui est tout sauf écologique c’est induire volontairement le consommateur en erreur. Pour vous en convaincre, voici comment est fabriqué cette saleté de carburant :
Le bioéthanol ce n’est jamais que de l’éthanol. Autrement dit de l’alcool. Schématiquement, comment fait-on pour en obtenir ? C’est tout simple. On fait fermenter des matières biologiques jusqu’à obtenir 18 % maximum d’alcool que l’on fait ensuite évaporer pour le séparer du reste. C’est le principe de l’alambic.
A partir de ça, les industriels et les producteurs de betteraves nous disent que c’est super – sans jeu de mots. Effectivement, par rapport à l’essence, l’éthanol rejette 75 % de gaz à effet de serre en moins. Mais quid de sa production ? Là où le bât blesse, c’est que pour faire pousser la biomasse destinée à la transformation il faut en passer par l’agriculture intensive. Ensuite il va falloir utiliser beaucoup d’eau douce qui devient une denrée rare. Et, comble du comble, pour extraire l’éthanol il va falloir chauffer les matières fermentées. Donc utiliser beaucoup d’énergie pour produire de l’énergie. Ce qui oblige à recourir soit au nucléaire, soit à des énergies fossiles. Cherchez l’erreur….
Alors quel est le véritable impact du bioéthanol sur l’environnement ? On va tout passer en revue, y compris la partie immergée de l’iceberg.
1) Le bioéthanol est produit à partir de l’agriculture intensive. Il en découle donc une grande consommation d’eau et l’utilisation d’engrais chimiques et autres produits phytosanitaires qui sont eux-mêmes très polluants à produire. Cela induit aussi un épuisement des sols et soulève le problème de l’utilisation d’OGM.
2) Pour produire ce faux produit écologique il va falloir utiliser beaucoup d’eau durant sa transformation. Cela soulève le problème de la pollution de l’eau douce pour la deuxième fois. Mais le meilleur reste à venir… Récupérer 18 % d’éthanol c’est bien beau, mais qu’est-ce que l’on fait du reste (le tourteau) ? A l’origine, la plante n’était pas destinée à la consommation, ce qui peut justifier que l’on charge un peu plus en produits chimiques et que l’on utilise des OGM soi-disant pour sauver la planète. Et là où il y a un gros problème, c’est que ce tourteau se retrouvera indirectement dans votre assiette après transformation en engrais ou bien alimentation animale.
3) Il existe deux façons d’extraire l’éthanol. L’une encore très peu utilisée est un procédé chimique qu’il ne vaut mieux pas connaître et l’autre plus répandue qui consiste à chauffer. Ce qui signifie une grosse demande énergétique globale supplémentaire. Pour ce processus les raffineries utilisent de l’électricité. Autrement dit du nucléaire, du pétrole, du charbon et juste un petit chouia de renouvelable histoire de faire bien.
4) Dernier point, et non des moindres, pour répondre à la demande les pays occidentaux se penchent sur l’importation. Ce qui signifie que l’on va demander aux pays pauvres qui n’ont même pas assez à manger pour eux de se serrer encore plus la ceinture pour pouvoir produire du carburant pour nous. Avouez que c’est ignoble. Mais ce n’est pas tout. La où ça devient encore plus pathétique, c’est que pour pouvoir transporter ce bioéthanol jusqu’à nous, il va falloir utiliser des tankers et des camions citernes qui brûleront du gasoil pour l’acheminer jusqu’à la pompe. Je recommande donc très franchement aux compagnies pétrolières qui se sont engouffrées dans ce secteur de remballer leurs publicités à connotation écologique et d’annoncer la couleur.
Aux vues de tous ces éléments on comprend aisément pourquoi plusieurs dirigeants des pays du Sud s’élèvent contre cette fumisterie. Une fois de plus, l’occident a trouvé un bon moyen de dépouiller les pays pauvres et par la même occasion de nuire à leur développement en réduisant leur espace cultivable pour les denrées alimentaires et en polluant durablement les sols. Si le bioéthanol parait alléchant de très loin sur le papier, ce n’est ni plus ni moins qu’un bon moyen de passer du pétrole à autre chose tout en conservant la même rentabilité. L’automobiliste est une vache à lait et l’État ne peut se passer de ce budget.
Bien que cette cochonnerie de bioéthanol soit intrinsèquement très proche de la vodka, il n’en a ni l’ivresse ni le flacon. Ce n’est pas une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain, il existe d’autres biocarburants qui eux sont vraiment respectueux de l’environnement. Mais de ceux la on ne vous en parle pas, parce que vous seriez susceptible de subvenir vous-même à vos besoins pour un coût dérisoire. Mais ceci est une autre histoire que vous pourrez découvrir dans de prochains articles.
Par cette contribution, j’espère vivement vous avoir fait économiser l’achat d’un kit. Pour avancer dans le bon sens, c’est de vraies alternatives dont nous avons besoin et non de bidouillages ignobles accommodés d’écologie de comptoir.