La disparue de Mazunte

Editions de l’Aube, parution 2 février 22017. Daniel Quirós né en 1979, est un écrivain costaricien. Il vit aujourd’hui en Pennsylvanie, USA, où il enseigne la littérature espagnole à l’université. Troisième roman, traduit par Roland Faye, traducteur thiernois.

Aujourd’hui âgé de trente-six ans, Julio Flores est natif du Costa-Rica. Avec sa jeune sœur Mariana, ayant deux ans de moins, ils ont été élevés par leurs parents appartenant à la classe moyenne. Un milieu sans prétention, mais assez cultivé et doté d’ambitions. À l’issue de ses brillantes études, Julio a été parrainé par Don Victor, le père de son meilleur ami, Alejandro. Après des débuts dans la finance en Floride, Julio s’est installé depuis une dizaine d’années à Los Angeles. Son temps est largement consacrée à son métier, dans un environnement californien qui lui convient plutôt bien. Bien que restant en contact avec sa mère par Internet, Julio n’éprouve aucune envie de retourner dans son pays d’origine. Il aide financièrement ses parents et sa sœur, ce qui suffit à lui donner bonne conscience.
Très intelligente également, Mariana a toujours exprimé un caractère différent de celui de son frère. Ensemble, ils partageaient la passion du cinéma, adorant les classiques. Mais Mariana se montra plus désinvolte que Julio lors de sa scolarité. Si elle avait le niveau, il lui manquait un objectif concret pour l’avenir. Non-conformiste dans l’âme, Mariana traîna avec de soi-disant intellos rebelles, que son frère trouvait fort peu sympathiques. Leurs parents n’appréciaient pas cette marginalité relative de leur fille. Adulte, mais peut-être pas vraiment mature, elle exerça sans enthousiasme quelques emplois. Elle acheta même un petit appartement pas trop coûteux, que sa famille contribuait à payer. Aux États-Unis, Julio suivait son parcours sans interférer, acceptant l’indépendance de sa sœur.
Mariana a disparu au Mexique dans le naufrage d’une vedette touristique, avec d’autres passagers, rares étant les rescapés. Ça faisait déjà un certain temps qu’elle s’était exilée sans explication dans la région côtière de Mazunte. S’il n’est pas indifférent à ce drame, Julio n’ignore pas qu’on est impuissant face à la fatalité. Bien qu’il n’ait pas souhaité rentrer au Costa-Rica pour un hommage à Mariana, il va être contraint d’y revenir. Car il est l’héritier des biens de sa sœur, et la procédure exige sa présence. C’est l’occasion de mieux approcher ce que fut l’univers de la jeune femme, de découvrir des lettres qu’elle lui écrivit sans les envoyer. Renouant avec Alejandro, Julio peut-il espérer trouver un poste dans les milieux financiers au Costa-Rica ?
Julio a senti la nécessité d’aller dans la région mexicaine, aux environs d’Oaxaca, où sa sœur a disparu. Le périple jusqu’à Mazunte n’est pas simple, sous la pluie torrentielle. Là-bas, bien des choses sont étranges et mystérieuses. Telle cette ville fantomatique, avec ses chaumières misérables et ses exclus. Tel cet inaccessible Hôtel du Roi, encore mieux protégé qu’une prison. Tels ces gueux vivotant en se cachant dans le secteur, adoptant Julio comme s’ils le reconnaissaient. Mariana laissa-t-elle une trace dans ce décor sombre, un quelconque signe ?…

Le simple fait d’imaginer ma sœur, une athée pure et dure, devant supporter ces rites absurdes, me rendait malade. Et pourtant, il en était ainsi avec ma famille. Elle s’en remettait à la volonté de Dieu.
C’est pour toutes ces raisons que je n’irais à aucune cérémonie, religieuse ou non. Ma sœur n’aurait même pas apprécié le geste. Elle l’aurait plutôt considéré comme maladroit et déplacé. Elle aurait été de mon côté. Et puis après tout, avait-on besoin de rites et de cérémonies pour dire adieu à une personne ? Était-ce nécessaire de remplir une pièce de gens ? Il valait mieux être seul et sans tout ce cirque. Si mes parents voulaient l’organiser, c’était leur affaire. Moi, je ne pensais pas rentrer au pays pour l’occasion. Encore moins en l’absence de corps…


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