La caisse de l’hypermarché

Toujours le même dilemme quand j’arrive à la caisse de l’hypermarché discount où j’ai la mauvaise habitude de faire mes courses. Comme le personnel est restreint – ce qui autorise les marges et permet au magasin de fixer des prix à la hauteur de la qualité des produits, c’est-à-dire bas –, les caissières sont pressées, elles enregistrent les articles à toute vitesse, elles font tout en même temps, à la fois la mise en rayons et la caisse qu’elle ne cessent d’ouvrir et de fermer, puis rouvrir et refermer selon le nombre de clients en attente. Logique marchande. Me mettre à leur rythme, répondre à leur empressement en me pressant moi-même au moment de ranger mes courses consiste non seulement à participer à l’installation des conditions de travail qu’elles subissent (et dont elles se plaignent parfois ouvertement devant les clients), mais aussi à créer un rythme qui correspond à une cadence de fond, imposée par l’air du temps, où tout doit aller vite et que je devrai moi aussi supporter une fois sorti du magasin. Logique sociale. Et ma logique d’Homme ? Elle m’amène à me situer entre les deux : tantôt je me presse pour éviter de les entraver dans leur travail, légitimant par là et malgré moi la logique marchande ; tantôt je prends mon temps pour m’opposer à cette logique et ses conséquences, tout en ayant conscience de les ralentir contre leur gré, donc de les emmerder un peu.


Cyril C.Sarot


Voir en ligne : L’Autrement Dit