L’opportuniste importuné impuni Auteur : Laurion Coralexis
Catégorie : Humour
Licence : Contrat Creatives Commons (by-nd)
Une petite histoire délirante certainement dictée par des volutes bleutées taquines en mal de tolérance.
The scene takes place in 2020. Ce n’est pas si loin de nous. Jack est attablé à la terrasse d’un café parisien. Sur le boulevard les voitures passent lentement. La vitesse maximale vient d’être fixée à 25 km/h. Encore une nouvelle résolution due à la sagesse du pouvoir législatif en application du principe de précaution face à la recrudescence d’accidents impliquant des grand-mères traversant les axes urbains avec des poussettes. Non pas que le gouvernement redoute qu’il n’y ait plus de place pour nos ainés dans les cimetières mais simplement parce que le pouvoir d’achat est toujours la priorité et que cela passera par une augmentation de la population active et donc de la natalité. Préservons les bébés !
Jack sirote son café décaféiné avec lenteur. C’est vrai que ça n’a plus de goût mais au moins ça ne stresse pas et c’est meilleur pour le cœur. Il est content de lui car il a bien travaillé cette semaine. Il a mis fin aux actes d’une bande de dangereux activistes pro-tabac. C’est son job. Il est nez. Pas nez pour les vins, ça n’existe plus puisque le vin est interdit pratiquement partout sauf en privé. Il est nez dans la brigade anti-tabac du XXème arrondissement.
Son travail consiste à dépister au seul moyen de son appendice nasal les contrevenants qui se mettent hors la loi en fumant du tabac dans les rues. Parce qu’en 2012 il est interdit de fumer dans les rues. C’est encore toléré en privé à condition d’équiper son appartement d’un extracteur filtrant aux charbons actifs sans charbon parce qu’il y a des risques de cancer pour les voisins de palier qui pourraient éventuellement coller leur visage à l’intérieur du caisson en aluminium et respirer à fond pendant 2 heures tous les jours durant 2 ans et ainsi augmenter de 0,4 % leur probabilité de développer un cancer du tarin entre 80 et 82 ans 1/2.
Si Jack a un si beau métier c’est grâce à une abnégation de tous les instants. En 2008 lorsque l’interdiction de fumer a été instaurée dans tous les établissements publics, il était patron d’un débit de tabac. Les ventes diminuant rapidement, le durcissement de la réglementation étant à l’ordre du jour, lorsque la préfecture de police a lancé le recrutement d’agents spéciaux chargés de la répression, il a sauté sur l’occasion. Il a été pris de suite grâce à ses antécédents. C’est sur, il connait bien les fumeurs. Il les a côtoyés tant d’années. Il leur vendait leurs doses et observait leurs visages, leurs habitudes, leurs tics. Les fumeurs ne sont pas des gens comme nous, pensait-il. Ils ont le vice dans la peau, des petits yeux chafouins et prennent plaisir à intoxiquer leur entourage. Fort de ces éléments, il a rapidement prouvé son efficacité dans son service. Mais les tableaux d’honneur ne lui suffisaient pas car Jack a également le sens des affaires.
En 2014 alors que la confédération « des habitants qui logent sous les terrasses des bars et qui ne peuvent pas ouvrir leur fenêtre en été ou qui doivent prendre une grande inspiration avant de sortir de l’immeuble tout ça à cause de ces salauds de fumeurs qui font rien qu’à s’agglutiner là pour se droguer » a obtenu l’obligation pour les fumeurs de déambuler sur une distance de 10 mètres au moins entre chaque bouffée, Jack a aussitôt investi dans des points de vente de chaussures éphémères et de parapluies jetables. Son pactole commençait sa croissance.