L’Eglise Saint-Symphorien du Moutier

Dans le bas de la ville de Thiers, l’église du Moutier dédiée à Saint-Symphorien (jeune martyr d’Autun) dépendait d’une ancienne abbaye bénédictine. Les origines de cette communauté religieuse (placée sous la règle de Saint Benoît) remontent au VIII siècle.

Au début du XX siècle, à plusieurs mètres de profondeur, dans son proche périmètre, furent découvertes des poutres calcinées. D’où provenaient-elles ? De la première église brûlée vers 532 ? De l’église détruite par les Sarrazins d’Abd-el-Raman vers 732 ou des bâtiments incendiés en 1568 par les huguenots ? Elles ont gardé tout leur mystère.

Mystère aussi sur les quelques cheveux et les trois cailloux marqués du sang de Saint Symphorien que rapportèrent, d’après la légende à la fin du II siècle, certains hommes pieux témoins du supplice. Ces reliques enfermées dans une châsse furent déposées dans l’église en bois et sauvées lors de l’incendie perpétré par Thierry fils de Clovis en 532. Cette châsse fut placée ensuite dans une église nouvellement construite en pierre au VIII siècle.

Un berceau de l’art roman auvergnat

Au XI siècle, et en partie grâce aux libéralités de Guy II, Vicomte de Thiers, l’église édifiée avec hardiesse devient une des plus vastes d’Auvergne avec ses 45 m de long et 14 m de large (rapport de Propser Mérmiée qui la visita en 1838), pour atteindre 18 m de largeur à hauteur de la chapelle de Montboissier (xx du dessin).

Cette chapelle fut construire en saillie côté sud de 1499 à 1504 par Guillaume de Montboissier, abbé commendataire du Moûtier, dont les armoiries figurèrent sur la clé de voûte.
Celles-ci sont actuellement placées dans le chœur de l’église.

Plus ancien est le chœur avec, à l’arrière, son petit sanctuaire carré remontant vraisemblablement à l’époque mérovingienne et sous lequel subsistent les débris d’une très vieille crypte servant de cave. Un étroit passage voûté éclairé par une étroite ouverture cintrée conduisait à un autre caveau situé sous le chœur actuel.

Le long du côté nord (avenue Joseph Claussat) et à l’arrière, du côté sud, sont des piliers servant aujourd’hui de contreforts ainsi que des arcs de voûte. D’anciennes parties obstruées engendrent de nombreuses questions. Certaines parties auraient-elles pu dépendre de l’abbaye ?

Peut-être se pourrait-il aussi qu’à une certaine époque l’église ait été dotée de deux clochers ; mais aucun texte ne corrobore cette hypothèse. Toutefois le procés-verbal du 12 janvier 1568, après le passage des troupes huguenotes, fait état de "clochiers".

La nef, avec ses voûtes et ses bas-côtés remonte au XI et XII siècles. C’est à cette époque que l’abbaye bénédictine du Moûtier allait briller aux feux de Cluny.

Le narthex possède de très beaux chapiteaux du type ordinaire du byzantin fleuri. A l’ornement végétal s’ajoute une faune réelle et fantastique : cigognes, enfants nus, colombes et grappes de fruits.

Le démantèlement de 1882

Vers 1870, l’église du Moutier était fissurée, ébranlée, notamment dans la maîtresse-voûte. D’importantes réparations devenaient nécessaires et le prix approximatif de celles-ci était évalué à 35 000 francs.
Deux projets de restauration étaient en présence : l’un supprimait le chœur, la partie la plus ancienne de l’édifice, l’autre le conservait dan son intégralité moyennant un accroissement des dépenses de 6 000 francs.

Le Conseil Municipal de Thiers et le Conseil Général du Puy-de-Dôme avaient insisté pour que l’église fût conservé intacte. Sur la dépense qui, dans cette hypothèse, devait s’élever à 27 000 francs, le Conseil de Fabrique en avait offert 11 000.

Tous les efforts furent inutiles et l’église fut amputée de ses deux travées du chœur, avec les collatéraux, de son sanctuaire carré et de la chapelle de Montboissier (collatéral sud). On laissa tomber en ruines les parties abandonnées et nous devons à Monsieur l’Abbé Courtine, curé du Moutier, décédé en 1951, que les ruines elles-mêmes n’aient pas péri.

Fort heureusement, nous possédons quelques clichés pris avant l’amputation par Monsieur Eleuthère Brassard, de la Diana de Montbrison, ainsi qu’un plan dessiné par Mallay en 1882.

Du transept (nef transversale d’une église qui coupe la nef principale et donne à l’édifice une forme symbolique de croix), il ne demeure que des traces indétectables.
Le sanctuaire aujourd’hui en tient la place. Les documents antérieurs à 1882 rappellent pourtant que les deux piliers cruciformes supportaient un arc triomphal séparant l’ancien sanctuaire du transept. Un côté de l’une de ces piles apparaît encore aujourd’hui au fond du nouveau chœur.

Au début de l’année 1951, la façade de l’église côté clocher fut restaurée. La restitution de l’entrée amena une découverte imprévue, celle de peintures murales sur le tympan du portail et sur les côtés de l’arc en maçonnerie qui l’encadrent.

Les scènes représentées sur le tympan de la porte extérieure de l’église ont été réalisées à des époques différentes, XV et XVI siècle. En partant de la gauche, on voit un homme agenouillé, les mains jointes devant un billot, tandis qu’un soldat, brandissant une épée, semble se préparer à lui couper la tête ; cette scène représente sans doute le martyre de Saint Symphorien. Une autre représenterait un donateur.

A la fin du XX et au tout début du XXI siècle l’église actuelle, devenue dangereuse, vient d’être consolidée.
La rénovation de certaines fresques, de chapiteaux et l’apport d’enduits de couleurs la rajeunissent en atténuant son aspect austère originel. Une toiture neuve recouvre les restes de la chapelle Montboissier.
En quittant l’édifice dans lequel nous prenions quelques photos nous avons rencontré une charmante jeune vieille dame qui nous a conté ce qui suit : "je suis thiernoise et fille du Moutier. J’ai fait ma première communion dans cette église. Je m’y suis mariée. Vous voyez cette partie décoiffée dans laquelle nous sommes, qui était paraît-il l’ancien chœur, pour moi c’était mon patronage. Lors de petites pièces théâtrales, toute gamine, avec des amis de mon âge, j’ai dansé sur l’estrade, là devant nous (elle désigna l’ancien petit sanctuaire). Ici, pour mon mariage, un apéritif a été servi".

Synthèse réalisée avec le concours de Jacques Ytournel, Georges Therre, Jacqueline et Georges Rochias.