Jatropha curcas : l’or vert du désert

’Greening the world...’ Dans le contexte du changement climatique et de la flambée du baril de pétrole, le recours à des énergies alternatives est très attendu. Jatropha curcas est une plante des zones tropicales arides dont les fruits sont riches en huile et qui permet d’envisager des rendements supérieurs à 1800 litres d’huile à l’hectare. Avantage considérable par rapport au Colza ou au Tournesol : sa culture n’entre pas en compétition avec les cultures à vocation alimentaire ou avec les forêts à biodiversité élevée.

Article publié sur le site de Naturavox par Olivier Daniélo

Jatropha curcas (également appelée pourghère, pignon d’Inde ou médicinier), est une euphorbiacée aux propriétés médicinales originaire d’Amérique centrale et aujourd’hui répandue dans le monde entier. Cultivée en Amérique centrale depuis l’époque pré-colombienne, elle est appelée bagani en Afrique, piñon de tempate, coquillo, coquito, ou encore cotoncillo dans le monde hispanophone et Pinhão de Purga ou Pinhão de Paraguai dans le monde lusophone (Brésil, Cap vert, Portugal). Le mot tempate dérive d’un mot náhuatl (la langue des aztèques) qui signifie médecine de la bouche, en référence à l’usage de la plante pour soigner des infections buccales.

Composition chimique et utilisations de la plante

Au marché des plantes médicinales de Ver-o-Peso de Belém, Brésil, cette plante est vendue mélangée avec la cucurbitacée Luffa operculata et utilisée lors de rituels afro-brésiliens. L’écorce contient un saponoside stéroïdique. Le fruit, la graine, l’écorce et les racines contiennent de l’acide cyanhydrique, extrêmement toxique, ainsi qu’une lectine, plus précisément une toxalbumine très toxique appelée curcine, molécule proche de la ricine du ricin (les lectines sont des protéines qui ont la capacité de se lier à des glucides et qui sont utiles à la protection de la plante, par exemple contre les insectes). Les fruits (ainsi que les 2 ou 3 graines qu’ils contiennent) ont des propriétés contraceptives.

Au Gabon, les graines moulues et mélangées avec de l’huile de palme sont utilisées pour tuer les rats. Plusieurs intoxications sévères furent décrites dans la littérature chez de jeunes enfants mais tous eurent une issue rapidement favorable. Cependant, la très forte toxicité de la curcine rend toujours possible un décès par consommation de Jatropha curcas. Du fait de la mauvaise odeur que dégage la plante et de sa toxicité, les animaux ne la consomme pas et elle est donc utilisée, au Mali par exemple, pour faire des haies.

Jatropha curcas produit un fruit riche en huile (le fruit entier contient 25% d’huile et les graines 37%). L’huile est non siccative et est constituée des glycérides des acides stéariques, palmitique, myristique, oléique et linoléique, d’une résine amorphe et un sistostérol, d’un mucilage composé de xylose, rhamnose, acide galacturique et enfin de curcine.

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L’huile peut être utilisée pour produire du carburant vert, des substituts d’huiles industrielles, du savon (avec de la soude caustique, ou, de manière plus rustique, avec des cendres de bananes brûlées), des bougies ou encore du vernis (après oxydation avec des oxydes de fer). Elle est par exemple utilisée pour l’éclairage public de rues près de Río de Janeiro et pour alimenter des groupes électrogènes de nombreux villages au Mali. Les fruits séchés et couverts d’huile de palme s’utilisent comme torches qui peuvent être utilisées même avec des vents puissants. L’huile est aussi utilisée comme purgatif, par exemple au Portugal (huile produite au Cap vert)...Mais à utiliser en très petite quantité, la méthode est radicale et la consommation d’une trop forte quantité est très dangereuse. Elle est aussi utilisée pour soigner des maladies de la peau et pour calmer les douleurs rhumatismales. Le latex possède également des propriétés antiseptiques.Un extrait éthanolique de Jatropha curcas a été confirmé in vitro et in vivo efficace contre la leucémie.

Le jus de la feuille a une couleur rouge et colore les tissus d’une couleur noire indélébile. L’écorce contient 37% de tanins qui donnent une couleur bleu obscur (le latex contient également 10% de tanins). Les tourteaux obtenus après extraction de l’huile par pressage à froid sont de très bons fertilisants (teneur en azote égale à celle des fiante de volaille). La plante est fixatrice d’azote (bactéries symbiotiques au niveau de son appareil racinaire). Détoxifiés, ils peuvent servir pour nourrir le bétail ou les volailles compte-tenu de leur teneur protéique élevée (55-58%). Cette plante qui pousse en zone tropicale aride ou semi-aride permet de lutter contre l’érosion des sols et est utilisée à cette fin en zone sahélienne, au Cap Vert et en Bolivie. A Madagascar, elle sert de tuteur pour la culture de vanille.

Jatropha : l’or vert du désert

L’énorme avantage écologique de Jatropha curcas dans la perpective d’une production en masse de carburants verts est que sa culture en zone aride n’entre pas en compétition avec les cultures alimentaires ou les forêts. Le développement des carburants verts classiques a un impact environnemental non négligeable : en Malaisie, des forêts très riches sur le plan de la biodiversité et habitat notamment de l’Orang outan sont détruites pour planter des palmiers à huile. Au Mexique, le prix de la tortilla, aliment de base de la population, a flambé récemment du fait de l’achat du maïs par les USA pour produire de l’éthanol).

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