Important, ça, le temps.

Un marqueur essentiel de la nature des lieux comme de l’activité des hommes. Se le réapproprier semble une urgence : le quotidien est réglé, les rythmes s’imposent ; il nous échappe. Le temps appelé « temps libre » n’est plus constitué que des restes et des déchets du temps de travail. La pâle copie d’un temps réellement libéré, l’inverse d’un temps “skolaïque” qui en serait la parfaite illustration (« le temps de la maîtrise du temps, un temps dans lequel l’action peut se dérouler à loisir, prendre son temps, se donner le temps au lieu d’être emportée par lui, comme à l’accoutumée : un temps libre et souverain »). Se le réapproprier nécessite un vrai pas de côté. La volonté de s’accorder le temps de la respiration, de la réflexion, de la pensée, de l’étude, de la contemplation, de la divagation, du rêve. Le désir de ne plus se sentir expulsé du monde par le déroulement minuté des activités quotidiennes, mais au contraire de s’y ancrer, s’y enraciner au plus profond. Car c’est bien de cela dont il s’agit : derrière notre rapport au temps, c’est notre rapport au monde qui est en jeu. Notre capacité à le vivre et à l’habiter pleinement. On en conviendra : plus qu’un détail.


Cyril C.Sarot


Voir en ligne : L’Autrement Dit