Euro comme un ours qui dort !

Une chronique de JLG, publiée en février 2002...

Euro comme un ours qui dort ! Car c’est de manière indolore que l’ours du Livradois-forez aura vu ses derniers francs devenir monnaie de singe : le sommeil évite bien des soucis même si bien souvent le réveil n’en est que plus brutal. Mais pour l’heure laissons l’ours rêver encore à un rouge limonade à 3 francs, à un loto à 10 francs, à ces petites choses qui coûtaient trois francs, six sous : une pomme, le Mont Saint-Michel sous la neige -tombante- dans un petit aquarium plastique, le prix d’un couteau donné par un ami, un tour de manège, un ticket de métro demi-tarif pour amener les enfants voir les ours au Jardin des Plantes… Et laissons cette réplique tonitruante de Jean Gabin dans La Traversée de Paris (de Claude Autant-Lara qui tourna de bons films avant de mal tourner) « … je veux 2000 francs, Jambier, 45, rue de Poliveau !!! Jambier !! Jambier !!… » au panthéon de l’art cinématographique français en noir et blanc – à ce propos et en aparté, honte aux coloristes de film, chacals poly-chromés, massacreurs pelliculaires, fossoyeurs du cinémascope-.
Le grisbi ressemble désormais à des billets de Monopoly, c’est le prix de la modernité paraît-il, alors, soyons modernes et payons cache, pardon cash !
Et puis, pour être franc, la nostalgie vaut-elle si elle se veut autre chose qu’une tendresse moqueuse portée sur soi-même ?
L’euro est là et l’ours dort, voilà l’essentiel. C’est d’ailleurs un gros problème pour le chroniqueur des faits et gestes de cet auguste plantigrade. Car pendant qu’il roupille du sommeil du juste, le plumitif lui, creuse son restant de matière grise avec le zèle d’un condamné à perpette découvrant une lime à ongle dans son croûton de pain. Il gratte, il gratte. Il en rêve la nuit à cet ours maudit qui lui, rêve en permanence ! Parfois, il s’imagine étendue sur sa dépouille. Là, entouré de succubes lascives il s’abreuve d’un Badoulin frais, il …
Mais il faut raison garder et surtout ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Laissons l’ursidé profiter pleinement d’un repos bien naturel dans sa famille. Et puis, réjouissons-nous : les jours commencent à augmenter et février n’en compte que 28. On tient le bon bout.

Vivement le printemps !

Jean-Luc Gironde

Chronique publiée sous licence creative commons