Et pourtant tout est là

Et pourtant tout est là. Il y a l’ailleurs sous nos regards impromptus. Il y a le feu dans les couleurs de l’automne. Il y a la lune, pleine et ronde comme un judas pour pouvoir transpercer la nuit et regarder derrière. Il y a la matière et les objets qui dégoulinent, se fondent, se coulent les uns dans les autres par l’effacement des lignes bordant les choses. Il y a les toits et leurs tuiles en écailles qui préparent leurs étals pour une criée gigantesque. Il y a ce vaisseau-cathédrale et noir en plein cœur de la ville, qui décollera un jour pour laisser en son centre un trou, béance dans laquelle seront aspirés, tels des couverts venant avec la nappe sur laquelle on tire, des zones les plus centrales au plus périphériques, les rues et les quartiers, les résidences, les barres d’immeubles, les maisons et les âmes dans un fracas de pierres et d’os brisés. Il y a la peur mortellement blessée par nos rires en éclats. Il y a mon ombre qui s’accroche à un clou et qui en conserve un accroc. Il y a le monde au large de tout imaginaire.


Cyril C.Sarot


Voir en ligne : L’Autrement dit, Cyril C.Sarot - D’absence et de regret