Entre Voltaire et Maupassant L’authentique du P3 - Entre Voltaire et Maupassant
Auteur : Agnès Andersen
"C’est l’histoire banale d’une femme banale. Une histoire quotidienne. Aussi répétitive qu’ordinaire. La recherche déçue d’un amour qui n’existe pas. Donc forcément, c’est l’histoire d’une cause perdue. Et la cause perdue, c’est moi.
Ma "nostalgie des étoiles" me rendrait-elle nostalgique tout court ? Fuyante ? Inadaptée ? Vagabonde prise dans la quête sans fin de mon identité qui me ramène invariablement à cette lumineuse merveille stellaire : Véga ? Véga !
La soeur équinoxiale de Sirius.
Quel mystérieux Mage des temps modernes m’avait-il prétendu que je venais de Véga ? Moi ! Pauvre cendre cosmique du peuple végan, larguée le temps d’une vie terrestre dans ce corps de chair féminin qui me va si mal ?
Je m’étais bien reconnue dans cette description.
Véga ! Toi, la plus scintillante étoile de la constellation de la Lyre… Escale temporaire de la précession des équinoxes… Pourquoi m’avoir abandonnée ?"
Judith relut son texte, à haute voix, comme à chaque nouvelle lecture. Agencement de phrases, corrections, style coulant en cascade, images poétiques, expressions pures d’un langage authentique… Autant de règles qu’elle s’imposait à respecter pour chacune de ses oeuvres littéraires. Celles qu’elle écrivait "elle".
Besoin de perfection ? Pas vraiment. Plutôt celui de lire ce dont elle avait envie.
- Je ne trouve jamais de romans qui répondent totalement à mes attentes ! avait-elle une fois plaisanté. Alors, je les écris moi-même.
Cette boutade n’en était pas vraiment une. Plutôt la réalité de sa vie. La recherche du toujours plus ? Du toujours mieux ? Du toujours ailleurs ? Du toujours impossible, de toute façon.
- Et si tu te contentais du possible ? C’était la philosophie de son dernier ami, compagnon de vie durant quelques mois, trop différent, trop matériel pour qu’elle puisse le supporter longtemps.
Se contenter du possible ? Elle avait bien essayé. Mais si le possible était une relation sans amour, elle préférait y renoncer. Comment vivre avec un homme que l’amour ne faisait jamais délirer ?
Judith se perdait dans ses divagations, presque léthargique, flottant, coupée de tout, dans son macrocosme imaginaire. Un espace qui ne lui mettait aucune entrave.
- C’est là que dorment les romans que j’écrirai demain. C’est là que j’entasse les petits riens que je vis aujourd’hui. Minuscules insignifiances qui deviendront peut-être les moments rares que je décris dans mes livres. Mon univers à moi, plus riche qu’une mine de diamant, plus secret que la grotte du Nibelung, plus lointain que… Véga ?