En janvier, l’ours dort toujours.

Une chronique de JLG.

En janvier, l’ours fait comme d’habitude à pareille époque, il dort. Même la nuit de la Saint-Sylvestre où la plupart des gens se réveillent pour mieux réveillonner et se souhaiter bonne l’année, bonne la santé et bonne la gueule de bois…

Mais l’ours n’étant qu’un animal, il se trouve de facto dispensé de faire bonne figure à défaut de faire bonne chère. Et puis, il n’y peut rien : c’est son métabolisme !

Il lui arrive parfois de se comporter de la même façon le jour du 14 juillet mais ceci par simple aversion pour cet esprit cocardier qui mène à toutes les bêtises. L’ours n’aime pas les flonflons, la valse musette et l’accordéon. Il n’aime pas non plus les merguez-frites, le pas cadencé, les engins de mort et la bière sans alcool. Il a mauvaise réputation ; c’est un ours…

C’est ainsi et c’est tant mieux même si l’on dit de lui qu’il agit de la sorte parce qu’il a trop de caractère. Venant de gens qui en manquent, l’ours - et uniquement celui du Livradois-Forez - prend ceci pour un compliment.

Ainsi donc, l’ours dort en position couchée dite de la vache morte : étendu sur le dos il a les quatre pattes en l’air comme les vaches dans nos prés lorsqu’elles ont pris un coup de foudre entre les cornes. Il n’y a rien de plus ridicule que la vision d’une vache morte, le ventre gonflé et les sabots dressés vers le ciel comme une dernière supplique si ce n’est les concours de chiens, les jeux télévisés, les chaussettes trouées, la braguette ouverte, un bas qui baille, les campagnes électorales, les seins siliconés de Loana , les érudits locaux ou le sourire niais de Stéphane BERN. Mais l’ours le sait et ne craint pas le ridicule : il n’est pas une vache. Alors…

Alors, les circonvolutions oniriques de son esprit endormi - apaisé serait plus juste - le portent jusqu’aux portes de l’extase. L’esprit de l’ours voyage dans l’astral. Il voit alors des hommes manger leur chapeau - jamais un ours ne s’est plié à pareille bassesse, d’autant qu’un chapeau d’ours reste un article hors de prix - ; il entend des avions aux ailes de géants lâcher des bombes sur des maisons de torchis. Il entend, il entend …le silence ponctué de son seul ronflement d’ours endormi. A cet instant précis, l’ours se réjoui d’être seulement un ours. Rien d’autre qu’un ours. Et il rêve…

JLG

 

Chronique publiée sous licence creative commons