Des moutons et des hommes L’identification électronique des animaux consiste à associer à chaque animal une puce électronique RFID. On commence par nous encourager à pucer les animaux. Aucun inconvénient, que des avantages. Puis on nous propose de pucer les humains. Tous les dispositifs qui s’appliquent au bétail s’appliqueront un jour aux hommes, avec pour objectif que le troupeau humain se comporte normalement, et non librement.
Il est possible de refuser de pucer ses animaux, comme d’autres refusent le prélèvement ADN malgré les poursuites judiciaires. Il ne tient qu’à nous de nous insoumettre pour enrayer ces processus. Nous avons les moyens de nous y opposer, individuellement ou collectivement.
Par Nicolas Bonanni.
Cet été, j’étais berger. A deux, nous gardions un troupeau de 1700 brebis dans les Alpes de Haute-Provence. Cinq éleveurs et éleveuses rassemblés en groupement, qui envoient leurs bêtes à 2000 mètres d’altitude de fin juin à mi-octobre. Au final, les brebis ne dorment en bergerie que de janvier à mai.
Les brebis nées avant 2006 portent à l’oreille une boucle en plastique qui indique le numéro de l’exploitation où elles sont nées et leur numéro personnel. Idem pour celles nées en 2006, sauf qu’elles portent deux boucles, une à chaque oreille, et que la numérotation a changé. Je savais déjà qu’un jour il ne s’agirait plus d’un simple « bouclage », mais d’un dispositif électronique, peut-être implanté sous la peau. Beaucoup d’éleveurs attendent cette réforme avec impatience, vu le côté contraignant et inesthétique des boucles aux oreilles (les trous aux oreilles s’infectent fréquemment, la numérotation des boucles a récemment changé et beaucoup d’éleveurs ne comprennent pas pourquoi on les embête avec ces satanées boucles). Il paraît que les puces électroniques vont permettre d’en finir avec ces boucles. Peut-être. En tous cas, cette réforme sera mise en place dans un an seulement, en janvier 2008.
Un sujet monopolise toutes les discussions de bergers, toutes les conversations dans les foires et les tee-shirts édités par les chambres d’agriculture. Ce sujet c’est le loup. Pourtant je crois que ces puces devraient bien plus inquiéter les éleveurs. Parce que « mille milliards de mouchards » sont peut-être beaucoup plus dangereux que quelques gros prédateurs.
Je ne suis pas éleveur, juste un berger occasionnel. Peut-être que ça ne me concerne pas directement. N’empêche, ça me tracasse. Je voulais vous expliquer pourquoi, alors j’ai pris le temps d’écrire ce texte. Ne vous attendez pas à un catalogue de toutes les raisons de refuser ces puces : j’ai simplement mis des mots sur mon refus.
Le puçage des animaux
L’identification électronique des animaux (domestiques ou d’élevage) consiste à associer à chaque animal une puce électronique miniature. Il s’agit d’une puce électronique un peu particulière, appelée « transpondeur RFID » (pour Radio Frequency Identification Device, du nom de la technologie utilisée). A la différence d’une puce de carte bancaire ou de téléphone, pas besoin de coller le lecteur contre elle pour lire les données : une puce RFID est lisible « à distance », de quelques centimètres à plusieurs centaines de mètres. Souvent comparée à un code-barre amélioré, « il s’agit en fait d’un minuscule ordinateur communicant, d’une puissance équivalente à celle des PC produits en 1985 » corrige Le Monde.