Coutelier

Extrait de l’Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers
Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert
Volume IV

Coutelier, s. m. ouvrier qui a le droit de faire & vendre des couteaux, ciseaux, rasoirs, & autres instruments de Chirurgie, de quelque espèce qu’ils soient, en qualité de membre d’une communauté appellée communautè des Couteliers. Les statuts de cette communauté sont de 1505. Ils ont quatre jurés qui se succèdent deux à deux tous les ans. Les maîtres ne peuvent faire qu’un apprentif à la fois. Celui qui vent se faire recevoir doit faire chef-d’œuvre ; il n’y a que le fils de maître qui en soit exempt. Chaque maître a sa marque. Les veuves peuvent tenir boutique, mais ne peuvent faire d’apprentis ; elles continuent seulement ceux que leurs maris ont commencé.

Les principaux outils du coutelier, sont une enclume à bigorne d’un côté & à talon de l’autre, sa forme est du reste peu importante ; il suffit qu’elle soit bien proportionnée & bien dure. Une forge semblable à celle des Serruriers, des Taillandiers, des Cloutiers, & autres Forgerons ; des tenailles & des marteaux de toutes sortes ; des meules hautes & basses ; des polissoires pareillement de différentes grandeurs ; des brunissoirs, des forêts, des arçons, des limes, des pierres à aiguiser, à repasser, & à affiler, des grands étaux, & des étaux à main, &c.

Voyez à l’article Rasoir, une des pieces de Coutellerie les plus difficiles à bien faire, le détail de presque tout le travail que le coutelier ne fait qu’appliquer diversement à d’autres ouvrages. Voici comment il s’y prend pour faire un couteau à guaine. Il a une barre d’acier, il y pratique une entaille fur le quarré de l’enclume ; il forme la scie du couteau de la portion d’acier comprise au-dessus de l’entaille ; il conserve de l’autre part autant de matière qu’il en faut pour la lame : dans cet état cela s’appelle une enlevure de couteau ; il forge la lame ; il acheve la scie : quand on vouloit des coquilles, on avoit des mandrins & des enclumettes à l’aide desquelles les coquilles se faisaient : on dresse le couteau à la lame ; on le trempe, on l’émout, & on le polit ; les meules & les polissoires doivent être très-hautes pour cet ouvrage dont la lame est très-plate ; elles ne doivent être ni trop ni trop mal rondes. On peut rapporter presque tous les ouvrages du coutelier à cette espèce de couteau ; au rasoir, voyez Rasoir, & au ciseau, voyez Ciseau.

COUTELIERE, s. f. (Guainier.) étui de bois couvert de cuir, où l’on met les couteaux de table. Ce sont les maîtres Guainiers qui font ces étuis, & de qui les maîtres Couteliers les achetent. Ils font aussi partie du négoce des Quincailliers, qui vendent de la coutellerie foraine.

Les couteaux, cuillieres, & fourchettes que l’on met dans les étuis, dont l’intérieur est tapisse de velours ou de quelqu’autre étoffe de laine, comme, par exemple, la ratine, sont séparés les uns des autres par de petites cloisons vêtues & couvertes des mêmes étoffes.

COUTELLERIE, s. f. (Art méch. & Comm.) ce terme a deux acceptions ; il se prend premièrement pour l’art du Coutelier, en second lieu pour ses ouvrages. Il entend très-bien la coutellerie. Il a un grand magasin de coutellerie.


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