Cette pâte noire nommée chimó

À ce qu’on dit, on le consomme de plus en plus dans les discothèques latinas de New York. Et pour cause : il permet de respecter l’interdiction de fumer, tout en continuant à profiter discrètement des effets du tabac ! C’est le chimó.

Article publié sur le site de Naturavox par Jean-Luc Crucifix

Il est vénézuélien. Ou plus exactement originaire de la partie occidentale de ce qui est aujourd’hui le Venezuela. De substance ancestrale consommée traditionnellement dans les villages andins, il est devenu produit à la mode parmi certaine jeunesse urbaine, et même produit d’exportation. Quelle est donc l’histoire de ce chimó ?

Préhispanique

L’usage du chimó remonte au passé préhispanique, comme l’attestent les témoignages des premiers découvreurs des Andes vénézuéliennes. Ceux-ci racontent comment les indigènes locaux préparaient le mó, une pâte obtenue à partir de tabac, et le mélangeaient avec du chi, une « roche blanche » pulvérisée qu’ils trouvaient au fond d’un lac. Ils obtenaient ainsi le chimó, l’une des formes de tabac à mâcher les plus anciennes qui soit. Signalons, du reste, que la combinaison de tabac et de carbonate de soude est bien connue dans d’autres civilisations : l’alcalinité du carbonate favorise l’absorption de la nicotine dans le système nerveux, accentuant ainsi ses effets.

Quatre cent cinquante ans après ces premiers témoignages, l’endroit existe toujours : il s’agit du lac de Urao (aussi appelé Yohama, de son nom indigène), situé à Lagunillas, près de Mérida. Quant à la roche blanche, une fois analysée, elle s’est révélée être du sesquicarbonate de soude. Le chimó est toujours fabriqué dans des installations artisanales ou semi-industrielles, non seulement dans la région de Lagunillas, mais aussi dans toute la partie occidentale du Venezuela.

Recette inchangée

Sa recette reste inchangée : on fait bouillir des feuilles de tabac pendant de longues heures jusqu’à obtenir par évaporation une pâte noire d’une certaine consistance, puis on y ajoute du bicarbonate de soude et quelques ingrédients supplémentaires, histoire de le condimenter. Ces ingrédients varient de région à région, ou de fabricant à fabricant : sucre brun, mélasse, farines, hypochlorite de soude, peau de banane séchée, cendres de quenettier (Meliccoca bijuga), yoco, extraits de vanille, alcool anisé, etc. Chacun y va de sa recette « authentique ».

Pour le consommer, on place une boule de cette pâte de la grosseur de deux grains de riz derrière les incisives. Le produit provoque une forte salivation et se dilue. Mais attention : on n’ingère pas le chimó, on le recrache au fur et à mesure de sa dilution. C’est ce qui explique les nombreuses tâches de couleur brun rougeâtre que l’on rencontre sur le sol là où on le consomme !. Pas toujours très ragoutant !

Produit d’entrée

Les effets du chimó sont proches de ceux de la feuille de coca. Les anciens le consommaient pour combattre la fatigue (il augmente la capacité de travail) et la faim (il diminue l’appétit), sans compter qu’il procure un certain état d’euphorie. Dans les zones rurales et dans les quartiers pauvres des villes, sa consommation est une habitude ancestrale qui se reproduit de génération en génération et fait partie intégrante de la culture traditionnelle.

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