Billet vert : la part du colibri

Un billet vert de Didier SCHOTT.

Ce billet est une réponse aux différentes réactions qu’a suscité mon dernier billet.

Ces réactions sont en effet très intéressantes car elles ont condensé les principales difficultés que rencontre une tentative de sensibilisation au développement durable.
Ces blocages peuvent être exprimés sous la forme d’objections que voici :

  1. « à quoi ça sert qu’on se décarcasse, on est qu’une goutte d’eau face à la Chine ou aux gros industriels. »
  2. « arrêtez de nous culpabiliser ! C’est pas nous les plus gros pollueurs (industries, USA, etc.). Il faudrait peut-être s’occuper de ça en priorité avant de nous imposer des contraintes à nous. »

Très bien, ces objections sont légitimes. Elles sont même selon moi (et d’autres) au cœur du défi qui nous attend si on veut mettre en œuvre le développement durable. Elles sont les blocages les plus fondamentaux sur lesquels on fini toujours par buter lorsque l’on essaie de faire changer les comportements.
Alors, que peut-on répondre ? La réponse n’est pas simple, car elle s’appuie essentiellement sur des arguments moraux, ce qui est dur à entendre pour les cartésiens que nous sommes. Mais essayons.

D’abord, des chiffres (tout de même)
Pollueurs, les gros industriels ?

Assurément. Si l’on regarde les émissions de gaz à effet de serre par secteur d’activités, qu’est-ce qu’on voit :

  • 25% des émissions sont dues directement aux industries contre 17% pour le transport et 9% pour le résidentiel (deux secteurs où nous intervenons directement).
    En revanche, si en plus des émissions directes, on compte les émissions indirectes dues à l’énergie consommée, que voit-on ?
  • 30 % des émissions sont dus au secteur résidentiel contre …. 30% pour l’industrie.

Pollueurs les chinois ?
Assurément.

  • La Chine émet annuellement entre 5 et 6 fois plus de gaz à effet de serre (GES) en poids que la France.
    En revanche, si l’on considère les émissions par tête, que voit-on ?
  • Un chinois émet environ 3 fois moins de GES en poids qu’un français.

Conclusion intermédiaire
Assurément, nous avons notre part dans la situation climatique et environnementale actuelle. La responsabilité ne peut pas être confortablement rejetée sur d’autres.
Mais une responsabilité, c’est dur à gérer, parfois à supporter. Alors, comment s’en sort-on ?

Eléments moraux et éthiques
Responsabilité ou culpabilité ?

Que ce soit clair, nous ne sommes pas coupables de la situation actuelle. Une culpabilité peut être établie lorsqu’il y a à la fois un lien univoque de cause à effet et une préméditation.
Or, d’une part : aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation, l’utilisateur final (nous) est de plus en plus éloigné des conséquences de ses actes. D’autre part, ce n’est pas notre acte direct qui est la conséquence des impacts environnementaux ou sociaux, mais l’accumulation de ces actes.
Nous sommes donc responsables, d’abord de façon collective, ensuite de façon individuelle comme individu autonome au sein de cette collectivité.

Responsabilité : liberté ou contrainte ?
Intéressant comme question non ? Pour moi c’est certainement la plus importante.
Car que préférons-nous ?
Vivre dans une société ou tout nous est donné, où l’on nous dit « ne vous inquiétez pas, faites simplement selon vos désirs, nous nous occupons du reste. » ?
Nous serions alors plutôt soumis à la tyrannie de nos désirs, à cette part animale qui ne connaît pas de fin, séparés de la conséquence de nos actes qui nous situe en tant qu’êtres pensants et agissants. Cela nous renvoie aussi à l’image de sociétés totalitaires (exemple du communisme) où tout est donné une fois pour toutes, déterminé en haut, quelque part, sans que nous ayons à en connaître les raisons.
Ou alors vivre dans une société sur laquelle nous pouvons agir, où nos choix ne sont pas seulement dictés, ou dirigés (par la pub ?), mais résultent d’une volonté propre ? Alors cette liberté a un prix, comme tout droit ou pouvoir devrait s’accompagner d’un devoir. Et ce prix c’est la responsabilité que nous devons assumer. Autrement dit, exercer sa responsabilité, c’est être libre.

Contrainte ou joie ?
Et puis à la fin, ces contraintes en sont-elles vraiment ? Ne pourraient-elles pas être transformées en joies ? Ne pas prendre l’avion et découvrir des petits coins près de chez soi ? Remplacer les grandes surfaces par le contact direct avec des producteurs locaux ?
Moins de viande pour la découverte de nouvelles saveurs végétariennes ?

Un pouvoir immense : la part du colibri
Oui, car la responsabilité dont on parle est bien le pendant d’un pouvoir immense : celui de pouvoir changer les choses. Par nos choix de consommation, nos actes quotidiens. A nous seul nous ne pouvons pas changer le monde, notre responsabilité est seulement de faire notre possible.
C’est ce que nous enseigne une légende amérindienne : La part du colibri
« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part » .

Bonne journée joyeusement responsable,

Didier Schott