Billet vert : de l’eau dont on fait les bouteilles

Entièrement plongé dans la finalisation de mon travail, j’avais choisi de délaisser pendant quelques temps mes chroniques.

Mais une pub récente envoyée par un ami a remué cette source intérieure qui se devait d’être exprimée. Une pub disais-je, diffusée par les vendeurs de ce produit pour tenter d’enrayer la chute (louable) des ventes de cette abomination que représente l’eau en bouteille.

S’il est un sujet qui me tient à coeur depuis longtemps, et qui est bien susceptible de me faire sortir de ma réserve, c’est notamment celui-là.

Mais alors, qu’est-ce donc qui se cache derrière ces anodines bouteilles qui fleurissent sur nos tables bien mises ? Allons voir ça.

De l’eau qui pollue

  • Les bouteilles en plastique sont fabriquées avec du pétrole et du gaz naturel, c’est-à-dire avec des ressources non renouvelables. Pour mettre l’eau en bouteille, nous utilisons chaque année 1,5 million de tonnes de matière plastique.
  • Les bouteilles sont hautement recyclable et ce, à moindre coût énergétique. La majorité des bouteilles en plastique ne sont cependant pas recyclées et s’amoncellent lentement dans toutes les parties du monde.
  • les bouteilles, il faut bien les transporter, souvent à l’encontre du bon sens. A quoi sert-il en effet d’acheminer à grand frais de l’eau des Alpes dans des régions qui bénéficient de sources pures ? On se le demande. Mais cela va plus loin. Un quart en effet des 89 milliards de litres d’eau mis en bouteille chaque année dans le monde sont consommés à l’extérieur de leur pays d’origine. On boit de l’Evian jusqu’en Chine !

Mais alors, qu’est-ce qui nous fait donc dédaigner notre fidèle robinet pour ces satanées bouteilles ?

-Un bienfait pour la santé ?
C’est évident, si l’on boit de l’eau en bouteille, c’est pour ses minéraux, pour ses oligoéléments issus des montagnes millénaires. Mais qu’en est-il réellement :

  • une étude de l’Université de Heidelberg a montré en mars 2006 des taux en Antimoine (un métal toxique) 95 à 165 fois plus élevés dans l’eau en bouteille que dans l’eau du robinet, contaminée par le plastique de la bouteille.
  • une enquête de la DGCCRF de mars 2007 a également relevé la non-conformité de 22% des eaux minérales échantillonnées, pour déficit par rapport aux teneurs indiquées ou pour dépassement par rapport à des normes maximales.

A contrario, l’eau du robinet est l’eau la plus contrôlée par les pouvoirs publics, et donc celle qui offre aujourd’hui le plus de garanties.

Un point sur le chlore
Vous êtes parfois embêtés par un léger goût de chlore ?
Notons déjà que les taux sont suivis et ne représentent aucun danger pour la santé.
Ensuite pour s’en débarrasser, versez l’eau dans une cruche et laissez l’eau s’aérer environ 1 heure. Le chlore est plus léger que l’eau, il s’évapore.

Des économies ?
Oui bon, on sait bien qu’on ne fait pas des économies en achetant ces belles bouteilles stylisées, mais tout de même. L’eau en bouteille est en moyenne 1000 fois plus chère que l’eau du robinet. 1000 fois !!! Pour un service rendu on l’a vu équivalent, voire moindre. On se demande comment une telle aberration économique a pu se maintenir.

Vous êtes face à une paire de chaussures à 40€, vous vous dites : non merci, je vais plutôt prendre celles-ci à 40 000€, elles sont emballées dans un plus joli carton, et puis elles viennent des Alpes où l’air est plus pur. Dingue.

Mais alors alors alors, pourquoi en boit-on, de l’eau en bouteille, la question reste brûlante ?

Je ne vois qu’une réponse : les publicitaires font bien leur travail.

Et l’éthique dans tout ça ?

L’eau dans le monde … et nous

  • Il y a seulement 50 ans, pas un seul pays au monde n’enregistrait un niveau d’alimentation en eau « catastrophique ». Aujourd’hui, près de 35% de la population mondiale vit dans cette situation.
  • selon un rapport du PNUD de 2006 environ 2 millions d’enfants meurent chaque année de diarrhée faute d’accès à une eau potable, et ce sont 2,5 milliards d’individus dans le monde qui sont privés d’accès à un assainissement de qualité.

L’eau est rare, elle est un bien précieux. Elle a également liée à quelques conflits (plateau du Golan, Israël-Palestine). Dans ce contexte, l’eau dont nous disposons est une chance dont nous devrions nous réjouir et profiter.

Au lieu de quoi nous réservons cette eau potable à nos toilettes et baignoires, et nous ruons sur les vertus imaginaires de produits commerciaux. Produits commerciaux qui contribuent au réchauffement climatique par le transport induit, et réchauffement climatique dont souffrirons au premier chef… les mêmes pays en voie de développement qui pour beaucoup ne disposent pas d’une eau potable de qualité (double peine donc).

Il est ainsi remarquable que les principaux pays consommateurs d’eau en bouteille sont également ceux qui bénéficient des meilleurs systèmes d’assainissement.

Quand le destin s’acharne.

Nous pouvons agir
Arrêtons d’acheter de l’eau en bouteille quand notre eau du robinet est souvent d’une qualité supérieure.

Et si ce n’est pas le cas (mais en Auvergne ça l’est), choisissons une eau produite localement (il y a des sources même en Bretagne, où l’eau du robinet est généralement parfaitement potable - sauf alertes localisées).

Didier Shott