Bestiaire fantastique

Philippe KAEPPELIN, bestiaire fantastique : sculptures et collages, exposition du 17 mars au 29 avril 2017 à Chamalières.

KAEPPELIN est sculpteur jusqu‘à l’os. Il n’imagine que par volumes. Il ne voit jamais qu’avec ses doigts. Il refait la réalité... La réalité frappe son regard, puis sort de ses doigts, réinventée comme une plaisanterie monstrueuse. Ironique, caricaturale, bougonne, cocasse et tourmentée. C’est pourtant elle, à n’en pas douter. Poétique, lyrique, compliquée : simplifiée en même temps. Synthétique et charmante. Elle tient du cauchemar, de Daumier, de l’humour noir, et du rire d’enfant.
Alexandre VIALATTE - LE BESTIAIRE DE P. KAEPPELIN

Vers 1960 je crois, je fis un premier animal sculpté : un coq à qui il manquait un nom. Il lui manquait Vialatte qui le baptisa et le nomma « Poulet métaphysique », car, disait-il, « dans un poulet on peut voir l’apocalypse ». Et ceci est très exact. Le poulet, autonome et bipède, que ses jambes et ses doigts-de-pied écartés mènent droit devant lui, à l’endroit que lui dissimulent ses yeux bilatéraux, cependant que son minuscule cerveau doit essayer de rassembler les deux paysages qu’il perçoit de part et d’autre, est bien un oiseau riche de symboles obscurs et angoissants. C’est ainsi que commença ce Bestiaire, dans le désordre, mais toujours présent et toujours remis à plus tard quant à sa réalisation. En attendant, il cherchait dans l’homme le signe animal familier, les totems petit- bourgeois surtout, avec une malice attendrie ; quant à moi je fabriquais moins gentiment des bêtes hybrides à notre ressemblance. Cela se faisait dans un étonnement constant. Car c’est un problème non résolu : chaque espèce possède quelque chose des autres, et il faut bien en arriver à la technique du « collage » pour définir celle du Créateur ; mille petits éléments répandus sur une table, et le jeu commence. On assemble au hasard, car le hasard est de la partie, il en sort des créatures composées, assemblées, dont l’homme, tantôt belles, tantôt affreuses à voir, dévoreuses ou dévorées, immenses ou minuscules, de la plus folle variété, mais de la même famille.

Philippe KAEPPELIN, 10 octobre 2001


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