Belle - C’est toi que j’aime, Christine. Et tu ne pourras rien y changer.
Je regarde s’éloigner la personne qui vient de me refaire cette étrange déclaration.
Etrange…
Elle se retourne un instant pour me regarder. Malgré la distance, je devine l’intensité de son regard mouillé de larmes. Ses yeux brillent encore plus.
Silhouette gracile qui disparaît bientôt dans la foule.
Définitivement.
Isabelle…
Je me souviens de ma surprise, traversée par l’indéfinissable, la première fois qu’elle m’avait fait cet aveu, quelques saisons plus tôt.
Moi, Christine, j’étais courtisée par une femme.
C’est une amie qui m’a présenté Isabelle.
Nous étions à une soirée, mon amoureux et moi. Une de ces rencontres de copains d’autrefois où le temps passe en évocations des souvenirs communs, rires, plaisanteries. Ambiance festive et chaleureuse dont chacun revient le coeur plus rayonnant d’avoir su garder le meilleur d’il était une fois.
Nous nous connaissions tous, habitués à nous retrouver depuis bien des années. Alors, l’arrivée d’Isabelle nous parut comme un éclat de neuf, l’entrée d’une nouvelle adepte dans le clan traditionnel, un vent léger de fraîcheur sur une eau dormante.
Isabelle, la soeur de… Je ne sais plus.
Elle fut accueillie comme tout le monde avec, en plus, l’invitation de se fondre dans notre communauté pour y prendre sa place.
Je la ressentis comme une femme fragile au visage enfantin, au sourire angélique. Son comportement effacé, d’une discrétion presque maladive, sa façon d’évoluer silencieusement parmi nous, son "absence dans sa présence" au cours du repas, tout en elle reflétait un mystère, une particularité qu’elle semblait vouloir dissimuler.
La soirée se passa comme d’habitude : animée, joyeuse. Mais lorsque vint le moment de quelques slows, blottie contre mon amoureux qui ne me refusait jamais ce bonheur, perdue dans la musique et la chaleur de ses bras, je ressentis un regard pénétrant sur moi. Je me retournai.
C’était Isabelle.
Assise près de sa soeur, elle avait refusé toutes les danses.
Et là, je me posai la question. Une aussi jolie jeune femme n’avait-elle pas de fiancé pour l’accompagner ?
Au contraire, elle paraissait faire le vide autour d’elle.
Son regard intense recherchait le mien et lorsqu’elle y plongea quelques secondes, je compris qu’Isabelle n’était pas une femme comme les autres.