A un poète. La Blessure des Mots

Né à Toulouse le 30 mars 1958, d’ascendance maternelle auvergnate, Thierry Cabot est l’auteur d’un livre intitulé ’La Blessure des Mots’. Attaché aux règles de la prosodie et de la versification, il n’en a pas moins, de propos délibéré, pratiqué quelquefois le vers libre ou la prose poétique. Les thèmes abordés dans son oeuvre font une large place aux interrogations de l’homme face à une existence à la fois traversée d’angoisses et pétrie de sublimité.

Pourquoi cette nouvelle édition de La Blessure des Mots ?
La réponse à la vérité est fort simple. Des thèmes jamais abordés se sont imposés à moi. Quelques-uns ont été développés ou approfondis.
Le chemin, dit-on, fait souvent l’objectif. Et par strates successives, à la lumière des pièces déjà écrites, j’ai senti la nécessité de donner un prolongement et une impulsion nouvelle à ma démarche poétique.
En fait, ces trente-et-un poèmes sont venus s’ajouter aux précédents de manière quasi naturelle. Ils forment eux-mêmes l’élargissement d’une vision, d’un regard, d’un questionnement sur le monde et sur la vie. Ils ne peuvent nullement être dissociés des autres. Grâce à un phénomène de capillarité, lesdits poèmes non seulement dialoguent entre eux mais ont vocation à se fondre dans le creuset des textes composés plus tôt.
D’autre part, toujours en conformité avec mes orientations esthétiques, je suis demeuré fidèle à la métrique traditionnelle ; de l’emploi du tétrasyllabe à l’alexandrin, sans oublier l’impair. En écrivant, la recherche inlassable de l’expressivité m’a conduit également à privilégier quatre axes fondamentaux à mes yeux : l’image, l’émotion, le rythme et l’euphonie.
Entre inspiration et transpiration, le travail sur la langue ne semble d’ailleurs jamais finir. C’est le dur lot des poètes qui s’efforcent au milieu des affres de la création de fourbir leurs armes de lumière.
Ce qui est donné ne pèse pas lourd au regard de ce qui est conquis.
Chacun essaie de faire pour le mieux.
Au terme de cette nouvelle étape, me voilà quelque peu saisi par le vertige. L’aventure n’est donc pas terminée. La Blessure des Mots poursuit son chemin, vaille que vaille.
Puisse-t-elle, chers amis lecteurs, trouver une petite place dans votre cœur !
Thierry Cabot

Extrait

A un poète
Lève le camp. Il meurent tous de ne point vivre.
Chez eux, à coups félons, halète la rancoeur.
À les voir écumant, l’oeil jaune et le poing ivre,
Qui ne leur jetterait son idéal au coeur ?

Oh ! cependant, il est quand même aussi des hommes
Dont le rêve à tâtons secoue un pan du ciel
Et que, loin de l’alcôve où laidement nous sommes,
Le temps fait rayonner comme l’amour sans fiel.

Poète, sois des leurs dans ta musique ardente.
La bouche de l’ignoble enfante les vieillards.
Deviens celui qui poste un fabuleux andante
Sur les chemins fourbus et noyés de brouillards.

Sois tout ce que d’aucuns voudraient t’empêcher d’être.
L’abominable siècle osera-t-il jamais,
Au fond de l’avalanche obscène du paraître,
Ensevelir ta voix promise aux blancs sommets ?

Non, ce n’est pas demain que se tairont les anges.
Des ailes tour à tour ébauchent leur envol.
Les vivants sont ailleurs nés pour d’autres vendanges
Et doués d’une flamme à soulever le sol.

Nul mieux que toi ne court du brin d’herbe à l’étoile ;
Nul ne raconte mieux le sublime et le saint ;
Nul encore, quand l’aube immobile se voile,
Ne sait mieux conquérir quelque mouvant dessein.


Voir en ligne : La Blessure des Mots en version papier chez Accents Poétiques